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La moitié des coups d'Etat se terminent comme au Burundi: par un échec

Supporteur de Nkurunziza et soldat à Bujumbara, au Burundi, mai 2015. REUTERS/ Goran Tomasevic

Supporteur de Nkurunziza et soldat à Bujumbara, au Burundi, mai 2015. REUTERS/ Goran Tomasevic

A l'image de la tentative de prise de pouvoir contre le président Nkurunziza, plus d'un coup d'Etat sur deux n'aboutit pas à ses fins, selon les chiffres compilés par des chercheurs.

La situation au Burundi se décante peu à peu. Mercredi 13 mai, le général Niyombaré a tenté de destituer le président en exercice Pierre Nkurunziza, en déplacement en Tanzanie. Mais en deux jours, la tentative de putsch semble avoir fait long feu. La plupart des officiers séditieux se sont rendus et ont été arrêtés tandis que le chef de l’Etat a regagné la capitale Bujumbura. Un scénario loin d’être inattendu, car en moyenne, une majorité de coups d’État échouent.

La masse des tentatives de coups de force (qu’ils échouent ou connaissent le succès) forme un amas d’évènements difficiles à détricoter. Beaucoup sont maintenues dans l’obscurité, faute de documentation. De plus, entre guerres civiles, interventions étrangères, viols de la Constitution et autres violences politiques diverses et variées, il peut être difficile de dégager une notion claire du coup d’Etat. Mais le travail de deux chercheurs en sciences politiques, Jonathan M. Powell, à présent enseignant à l'université de Floride, et Clayton L. Thyne, de l'université du Kentucky, permet d’y voir plus clair.

Pour eux, «un coup d’Etat est une entreprise illégale conduite par des militaires ou par les membres d’une élite appartenant à l’appareil d’Etat dans le but déclaré de renverser le pouvoir exécutif en place». Ils ont ainsi répertorié 457 coups d’Etat (succès ou échecs) entre 1950 et 2010. 227 d’entre eux ont effectivement renversé le gouvernement voire le régime, soit 49,7% de l’ensemble. Les ratés sont donc légèrement plus nombreux, avec 230 occurrences et 50,3%.

Ces soixante dernières années, 94 Etats ont été concernés par des putschs. Sans surprise, l’Afrique est la région du monde la plus instable: 169 coups d'Etat, soit 36,5% des cas dans le monde, avec un taux de réussite de 51,5%. A l'extrême opposé, la vieille Europe a été le cadre de 12 coups d'Etat, avec un taux de succès de 33%.

Les coups d'Etat dans le monde, par Jonathan M. Powell et Clayton L. Thyne. 

Déclin du nombre de putschs depuis la fin des années 1960

La pratique du coup d’Etat est irrégulière: elle connaît des progressions, des pics et des périodes de déclin. Le travail de Jonathan Powell et Clayton Thyne met en évidence que le nombre de putschs a augmenté continuellement de 1950 au milieu des années 1960 avant de décliner, malgré quelques rebonds, comme aux alentours de l’année 1985 ou au début des années 1990. Le nombre de coups d’Etat est revenu à la hausse pour la période 2003-2010, avec 18 tentatives dont 12 ayant abouti.

Fréquence et taux de réussite des putschs entre 1950 et le début des années 2010 (Jonathan M. Powell et Clayton L. Thyne).

Le centre de recherches Center for Systemic Peace a mené ses propres études. Ses spécialistes ont même recensé les conjurations déjouées avant d’avoir pu tenter de s’emparer du pouvoir, ainsi que ces complots dont on n’apprend l’existence que par les canaux officiels des régimes en place.

Les éléments recueillis nous montrent que la France de l’après-guerre n’a pas été inactive dans ces domaines. On se souvient du putsch d’Alger en 1961, lors duquel «un quarteron de généraux à la retraite», selon les termes de Charles De Gaulle, avait pris le contrôle de la ville afin d’empêcher l’indépendance du pays, et menacé d’étendre son action à la métropole. Mais les données du Center for Systemic Peace signalent un autre complot, celui du «maquis noir», tenu notamment par le comte Edme de Vulpian. En Bretagne, d’anciens résistants s’étaient réunis à d'ex-collaborateurs sur la base d’un anticommunisme virulent pour tenter de renverser la IVe république. Le 30 juin 1947, le gouvernement Ramadier dévoile la conspiration et y met fin. C’est le dernier exemple d’événement de cette nature en métropole. 

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