Partager cet article

Solutions d'accueil: pour fuir les violences conjugales, «15 jours ne sont pas suffisants»

Affiche contre la violence faite aux femmes. Denitza Tchacarova via CC License by

Affiche contre la violence faite aux femmes. Denitza Tchacarova via CC License by

Une étude menée en Île-de-France analyse le parcours des victimes de violences conjugales. Besoin prioritaire: l'hébergement.

En France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. «Il n'y a pas de profil type des victimes de violences conjugales, ça concerne toutes les femmes, toutes les catégories sociales, explique Aurélie Latourès, de l'Observatoire régional des violences faites aux femmes du Centre Hubertine-Auclert. Pour répondre à chacune, il faut des solutions variées

Une étude menée auprès de quatre dispositifs de soutien dans la région, gérés par la Fédération nationale Solidarité Femmes et ses 11 associations franciliennes, et que l'Observatoire dévoilera lundi 18 mai, donne des pistes pour faciliter les parcours de sortie des violences. Près de 8.000 femmes ont fait appel à ces dispositifs en Ile-de-France en 2013, et environ autant d'enfants sont concernés.

Scolarisation interrompue

Les solutions d'hébergement, en permettant aux femmes d'échapper aux abus physiques, moraux, sexuels et/ou économiques de leur agresseurs, occupent une place de choix dans ces parcours de sortie. Une question d'autant plus sensible que les femmes concernées ont souvent un ou plusieurs enfants. La grossesse ou la présence d'enfants sont d'ailleurs présentées, au même titre que la rupture, comme un facteur de risque supplémentaire de violence, explique Aurélie Latourès:

«La grossesse est souvent un moment où les violences psychologiques se transforment en violences physiques. On interprète ça en terme d'emprise: l'agresseur considère qu'il a un contrôle total sur la femme puisque, attendant un enfant de lui, elle ne peut plus partir.»

La problématique de la violence conjugale ne peut pas se penser sans la prise en charge des enfants, témoins de l'agressivité au sein du foyer et, dans un cas sur trois, eux-même maltraités. «J'ai peur pour mes filles, j'ai peur qu'elles croient que c'est ça l'amour», raconte une victime citée par le rapport.

Les dispositifs de «mise en sécurité» répondent aux cas de dangers graves, les menaces de mort par exemple, et impliquent parfois de quitter le département, voire la région. Pour éviter la déscolarisation des enfants, le rapport préconise de faciliter l'inscription des élèves dans une nouvelle école sans être obligé d'obtenir l'autorisation du père, comme c'est souvent le cas aujourd'hui.

Trop peu de places

571 places d'hébergement d'urgence sont disponibles dans des centres spécialisés de la région Île-de-France. Chaque résident peut y rester une semaine, renouvelable une fois. Le centre apporte un suivi psychologique, médical et administratif sur mesure. «[Il] aide à trouver une stabilité, témoigne une bénéficiaire, mais 15 jours ne sont pas suffisant pour trouver un logement.»

Et en terme de places, c'est trop peu. 1.400 demandes ont été refusées en 2013, faute de lit disponible. Certains départements en sont complètement démunis. Trois choix se présentent alors aux femmes déboutées qui n'ont pas de famille pour les accueillir: l'hôtel, les centres d'hébergement généralistes ouverts aux personnes vivant à la rue ou le statu quo, c'est-à-dire rester au domicile avec leur agresseur.

À l'autre bout du spectre, l'opération «Accès au logement» offre à des femmes en passe de quitter les problématiques de violence l'accès à un logement social. 50 appartements sont proposés chaque année. Depuis que le Conseil régional a lancé le dispositif en 2009, 500 femmes ont été relogées avec leurs enfants, soit quelques 1.200 personnes. Pour Aurélie Latourès, c'est une solution à développer: «C'est souvent la dernière marche pour la sortie des violences.» Le collectif francilien invitera les municipalités ou conseils départementaux à suivre cette voie.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte