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La Chine veut aussi une base militaire à Djibouti

La marine chinoise recueille des réfugiés chinois ayant fui les combats au Yémen  REUTERS

La marine chinoise recueille des réfugiés chinois ayant fui les combats au Yémen REUTERS

La France, les Etats-Unis et le Japon sont déjà présents militairement dans ce pays stratégique.

S’il était nécessaire d’illustrer le rôle géopolitique grandissant de la Chine, cette information y suffirait. La Chine veut une base militaire à Djibouti et négocie avec Ismail Omar Guelleh, le Président de ce petit Etat de la corne de l’Afrique situé à un emplacement stratégique à l’entrée de la mer rouge et non loin du Golfe Persique. Djibouti permet notamment de surveiller le célèbre détroit de Bab el-Mandeb entre l’Afrique et la péninsule arabe.

Les Etats-Unis, la France et le Japon possèdent déjà des bases militaires à Djibouti, ancienne colonie française. Les militaires américains, français et japonais pourraient ainsi se retrouver avec une base chinoise à proximité, une situation inédite. Les Chinois veulent s’installer à Obock, un port au nord du pays.

Les Américains sont présents à Djibouti depuis 2002. Ils ont récupéré le camp Lemonnier, une ancienne base de la Légion étrangère française. Il leur sert à contrôler l’entrée de la mer rouge et Canal de Suez, à lutter contre la piraterie maritime et à mener les opérations contre le terrorisme islamique au Yémen et dans la corne de l’Afrique, notamment en Somalie.

Djibouti et Beijing ont déjà conclu un accord militaire en février 2014 permettant à la marine chinoise d’utiliser le port de Djibouti ce qui avait fortement irrité le gouvernement américain.

«La présence française est ancienne et les Américains ont trouvé que la position géographique de Djibouti pouvait les aider dans le combat contre la terrorisme dans la région», a déclaré Ismail Omar Guelleh. «Les Japonais veulent se protéger contre la piraterie et maintenant les Chinois veulent défendre leurs intérêts et ils sont les bienvenus» a-t-il ajouté

L’influence économique de la Chine dans la corne de l’Afrique ne cesse de grandir. La Chine finance plusieurs projets importants d'infrastructures, pour plus de 9 milliards de dollars, de ports, d'aéroports et de lignes de chemins de fer pour désenclaver l'Ethiopie dont l'accès à la mer passe par Djibouti.

Mais la Chine tient avant tout à cette base pour protéger son approvisionnement en pétrole. Coïncidence qui n’en est pas une, la Chine est devenue pour la première fois le mois dernier le premier importateur mondial de pétrole brut devant les Etats-Unis. Et l’essentiel du pétrole importé par Beijing provient du Moyen-Orient et du Golfe Persique, plus de 50% d’Arabie Saoudite, d’Iran et d’Irak. En avril, la Chine a ainsi importé 7,4 millions de barils de pétrole par jour contre 7,2 millions pour les Etats-Unis qui depuis des décennies étaient le premier importateur de pétrole mondial. Et comme la production de pétrole ne cesse d’augmenter aux Etats-Unis, via notamment le pétrole de schiste, leurs importations vont se réduire. En revanche, la Chine dont l’économie se transforme et se développe dans les services et moins dans l’industrie va continuer à consommer plus de pétrole même si sa croissance ralentit.

La Chine sera donc économiquement mais aussi militairement de plus en plus présente au Moyen-Orient. Et cela est un effort considérable pour un pays qui se dote aujourd’hui d’une marine de guerre mais est avant tout une puissance terrestre contrairement par exemple aux Etats-Unis, à la France ou au Japon. «En dépit de tous ses efforts de diversification énergétiques, la Chine va rester fortement dépendante du pétrole et du gaz du Moyen-Orient dans les 30 à 40 prochaines années au moins», prévient Bruce Jones, directeur du programme de politique étrangère de la Brookings Institution et auteur du livre The Risk Pivot.

 

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