Monde / Économie

Le poids exorbitant de la finance est un poison pour l’économie

Temps de lecture : 2 min

La croissance démesurée de l'industrie financière depuis des décennies n'a rien apporté à la société. Au contraire!

Chicago, janvier 2014. REUTERS/Jim Young
Chicago, janvier 2014. REUTERS/Jim Young

Il ne s’agit pas d’un énième pamphlet de nostalgique du marxisme sur les méfaits du capitalisme. Non, il s’agit des conclusions de travaux très sérieux menés par Luigi Zingales un professeur d’économie très réputé de l’Université de Chicago, un établissement qui en plus est l’un des berceaux du libéralisme économique. Et ces conclusions sont sans appel. Rien en théorie et en pratique ne permet de dire «que la croissance du secteur financier au cours des 40 dernières années a apporté le moindre bénéfice à la société».

«Depuis la façon dont le taux Libor était trafiqué en passant par les manipulations sur les marchés de change, depuis le prix faussé de l’once d’or jusqu’à la fraude massive dans les prêts immobiliers subprimes, il ne se passe pas un jour sans un nouveau scandale financier», écrit Luigi Zingales. Il considère qu’une grande partie de l’industrie financière des pays développés (banques, assurances, marchés financiers, marchés dérivés, marchés des matières premières…) est inutile, corrompue et socialement destructrice. Et il met en garde ses confrères économistes qui mettent leur crédibilité en jeu s’ils ne reconnaissent pas cette vérité.

Timothy Taylor, du Journal of Economic Perspectives, défend la même thèse et cite dans son blog, Conversable Economist, Stephen Cecchetti de la très austère Banque des Réglements internationaux de Bâle qui soulignait il y a trois ans que l’explosion du crédit avant le krach de 2008 avait mis l’économie en péril et totalement faussé sa logique et même celle de la société.

«Les rémunérations considérables de la finance attire les meilleurs des meilleurs. Quand j’étais étudiant, mes camarades rêvaient de guérir le cancer, d’unifier la physique de l’infiniment grand et de l’infiniment petit ou d’envoyer un vaisseau spatial sur Mars. Aujourd’hui, leurs équivalent veulent devenir gestionnaire de hedge fund… Est-ce l’allocation de talents la meilleure pour de telles ressources aussi rares? J’en doute», écrit Stephen Cecchetti.

Pour Luigi Zingales, les enseignants et notamment les professeurs de finance sont aussi une partie du problème. Ils expliquent à leurs étudiants que les gains financiers sont le seul objectif légitime. «Nous apprenons à nos étudiants comment maximiser les avantages fiscaux de l’endettement et comment exploiter chaque opportunité d’arbitrage. Les consommateurs sont souvent considérés non pas comme des êtres humains à respecter mais comme des contreparties à lessiver…».

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Et il met en garde une industrie financière «démesurée et méprisante» qui n’a pour seul raison d’être que sa propre existence parasitaire plutôt que de servir les secteurs productifs de l’économie. C’est une situation intenable qui va se traduire par un rejet de plus en plus grand de la finance qui atteindra les proportions de celui qui a suivi aux Etats-Unis la crise de 1929.

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