Économie

Loterie: l’opium du peuple

Temps de lecture : 2 min

Plus on est pauvre, plus on finance l'Etat en jouant à la loterie

Les boules de l'Euromillion en 2004. REUTERS/ Charles Platiau.
Les boules de l'Euromillion en 2004. REUTERS/ Charles Platiau.

L’an dernier, les Américains ont dépensé, dans les 43 Etats où la loterie est légale, 70 milliards de dollars dans ces jeux. Cela représente plus de 230 dollars pour chaque homme, femme et enfant qui vivent dans ses Etats et 300 dollars par adulte.

Selon la North American Association of State and Provincial Lotteries, son chiffre d’affaires a atteint exactement 70,1 milliards de dollars l’an dernier. Un chiffre supérieur à ce que les Américains des 50 Etats, cette fois, ont dépensé la même année en achat de livres, vidéos, musique, jeux vidéo et billets pour les événements sportifs!

Aux Etats-Unis, les loteries consacrent environ 40% de leur revenus à financer les budgets d’aide sociale des Etats et notamment en matière d’éducation. En plus, les gagnants de plus de 600 dollars payent une taxe de 45% qui rentrent dans les recettes des Etats. Comme au casino, la banque gagne toujours.

Les vrais perdants, ce sont toujours les pauvres. Le tiers des ménages les moins favorisés achète la moitié des billets de loterie selon une étude de la Duke University faite dans les années 1980. Plus récemment, une autre étude réalisée en Caroline du Nord par NC Policy Watch confirme que se sont les personnes vivant dans les comtés les plus pauvres qui achètent le plus de tickets. «Sur les 20 comtés les plus pauvres, 18 ont des ventes moyennes de tickets de loteries qui dépassent la moyenne de 200 dollars par an et par adulte dans l’Etat».

Une étude réalisée en 1986 en Californie concluait que les joueurs se répartissaient à parts égales entre ceux qui voulaient s’amuser et ceux qui espéraient, rêvaient, gagner de l’argent pour changer de vie. Mais la proportion de ceux qui étaient avant tout motivés par l’argent était de plus en plus importante plus leurs revenus étaient faibles. Les chercheurs avaient aussi établi, comme en Caroline du nord, que les ventes de tickets de loterie augmentaient avec le niveau de pauvreté dans un quartier, mais pas les ventes de ticket de cinéma. En d’autres termes, les loteries ne sont pas une forme de distraction ou de loisirs de substitution, mais avant tout une prière contre la pauvreté. Et les Etats ont réussi à ce que leurs citoyens les plus désespérés développent une addiction au jeu et payent ainsi une partie des services sociaux!

La vraie raison du développement des loteries ne se trouve évidemment pas seulement dans les quartiers pauvres, mais dans les gouvernements des Etats. Il y a 50 ans, le jeu était interdit aux Etats-Unis dans tous les Etats sauf le Nevada dont Las Vegas assurait une grande partie des revenus. Encore en 1980, seuls 14 Etats américains avaient des loteries. Ils sont aujourd’hui 43! Pourquoi? Parce que cyniquement, il s’agit d’une politique publique efficace. Elle rapporte des recettes importantes et aucun lobby ne s’oppose aux prélèvements de ces taxes déguisées sous forme de jeux.

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