Culture / Économie

Le Picasso vendu à 179 millions de dollars, indice de la montée des inégalités

Temps de lecture : 2 min

Le montant astronomique de cette vente s'explique par le creusement des inégalités de revenu et de patrimoine.

«Les femmes d'Alger» de Pablo Picasso, présenté à Hong Kong le 1er avril 2015 avant la vente à New York le 11 mai | REUTERS/Bobby Yip
«Les femmes d'Alger» de Pablo Picasso, présenté à Hong Kong le 1er avril 2015 avant la vente à New York le 11 mai | REUTERS/Bobby Yip

Lundi 12 mai, la maison de ventes aux enchères Christie’s a vendu un Picasso de 1955, Les Femmes d’Alger, pour 179,4 millions de dollars (157,8 millions d'euros), le record historique absolu pour une œuvre d’art vendue aux enchères. Les enchères du tableau ont démarré à 100 millions et n’ont duré que onze minutes. De son côté, une sculpture de Giacometti a atteint 143,1 millions de dollars (125,8 millions d'euros) lors de la même soirée, le record historique pour une sculpture.

Neil Irwin écrit sur le blog The Upshot du New York Times que le montant astronomique de cette vente «explique les inégalités globales». Aux États-Unis, les inégalités de revenu et de patrimoine se sont creusées, comme l’a montré Thomas Piketty dans son best-seller, Le capital au XXIe siècle.

Selon certains économistes, poursuit le chroniqueur, la distribution des richesses en haut de l’échelle est «fractale»: les revenus des 10% les plus riches augmentent, ceux des 1% les plus riches augmentent encore plus vite, ceux des 0,1% à un rythme encore plus soutenu, et ainsi de suite, comme les motifs de fractales se répétant à l’infini. Alors imaginez ce que ça donne sur les acheteurs potentiels d’un Picasso ou d’un Monet, c’est-à-dire les 0.001% des plus riches...

Alors que, la dernière fois qu’il avait été mis sur le marché, il n’atteignait «que» 46,7 millions de dollars en ajustant le prix à l’inflation, la valeur du tableau a explosé en une quinzaine d’années, tout simplement parce qu’il y a désormais bien plus d’acheteurs potentiels pour s’aligner sur de tels montants.

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Comme l’écrivait Anne de Coninck sur Slate.fr, la spéculation fait également rage dans l’art contemporain, alimentée par une offre qui se renouvelle continuellement et, contrairement à l’hypothèse de bulles qui pourraient s’effondrer, les acheteurs pourraient ne jamais cesser de surenchérir. Car, même en cas d’effondrement des prix, «ces collectionneurs n’auront pas besoin de vendre en catastrophe pour continuer à pouvoir remplir leur réfrigérateur». D’autant qu’à côté des motifs financiers «on trouve une bonne dose d’égo et la confirmation que [l’acheteur] appartient à un monde à part, un club d’ultra-initiés. Il est prêt à dépenser énormément d'argent juste pour pouvoir accoler son nom à celui d’un artiste star.»

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