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Les partis politiques méritent rarement leur nom

À gauche, Nicolas Sarkozy le 24 avril 1999, président par intérim du RPR (REUTERS); à droite, le 29 mars 2015, président de l'UMP (REUTERS/Christian Hartmann)

À gauche, Nicolas Sarkozy le 24 avril 1999, président par intérim du RPR (REUTERS); à droite, le 29 mars 2015, président de l'UMP (REUTERS/Christian Hartmann)

Nous prenons peut-être un peu trop au sérieux le nom que se donnent, en toute liberté et fantaisie, les partis politiques français.

La polémique provoqué par l’intention de Nicolas Sarkozy de rebaptiser l’UMP «Les Républicains» est largement vaine. Formellement, la manœuvre est effectivement condamnable. L’historien Jean-Noël Jeanneney s’est indigné de «l’affirmation d’un monopole, qui rejette tous les autres hors de ce nom lumineux» de République. La gauche s’est également alarmée d’une tentative de «captation d’héritage».

C’est peut-être prendre un peu trop au sérieux le nom que se donnent, en toute liberté et fantaisie, les partis politiques français. C’est aussi oublier que la droite de notre pays, n’osant jamais se présenter comme telle, s’est de longue date réfugiée sous le drapeau républicain.

Étiquettes décollables à droite

Une magnifique illustration du peu de sens affecté au nom d’un parti est donnée par la genèse de l’actuelle UMP. Formation réunissant la plupart des courants de la droite française à l’occasion de l’élection présidentielle de 2002, l’UMP signifia d’abord platement «Union pour la majorité présidentielle». L’impératif électoral gommait toute connotation idéologique.

Cherchant, par la suite, à conserver le signe UMP, ses dirigeants la rebaptisèrent «Union pour un mouvement populaire». Une définition sociologique plutôt plaisante eu égard au profil, pas particulièrement défavorisé, des adhérents et électeurs de ce parti. Sa branche junior, les «Jeunes populaires», a tôt pris conscience du comique de la situation, préférant astucieusement se faire appeler «jeunes pop»...

La droite gaulliste, on le comprendra aisément, s’est longtemps affirmée en défense de la Ve République. D’où l’UNR (Union pour la Nouvelle République) des années 1960 puis l’UDR (Union pour la défense de la République) des années 1970 et enfin le RPR (Rassemblement pour la République) des années 1980 et 1990.

Nécessité périodique de redorer le blason

La référence à la République est constante au milieu de changements de sigles qui doivent beaucoup à la nécessité périodique de redorer le blason terni d’une formation régulièrement aux prises avec de pénibles scandales. La marque imprimée par un nouveau chef incite aussi à trouver un nouveau nom. Les «Républicains» de Sarkozy s’inscrivent, de ces différents points de vue, dans une filiation peu contestable.

Nominalisme partidaire à gauche

À gauche, le rapport au nom des partis n’est guère plus sain, mais en sens inverse. Dans ce camp-là, on vénère d’autant plus l’étiquette que le contenu du flacon politique varie. Le Parti socialiste porte ce titre depuis 1969. Une fidélité sémantique qui ne l’a pas empêché de naviguer de la «rupture avec le capitalisme» des années 1970 à l’ambition de «retrouver l’esprit industriel du capitalisme» aujourd’hui.

Révisionniste à visage ouvert, Manuel Valls avait suggéré d’abandonner une référence «socialiste» devenue obsolète. Il verrait bien le PS se muer en Parti démocrate. Mais Jean-Christophe Cambadélis n’a pas manqué de se poser en gardien du temple. Plus le mot socialiste est vidé de son contenu et plus les militants, voire les sympathisants du parti, y restent sentimentalement attachés.

Le Parti communiste français est ainsi nommé depuis 1920. Les adversaires du PCF se sont longtemps moqués de son nom. L’extrême droite dénonçait le PC«F» tandis que les maoïstes ironisaient sur le P«C»F. Le «communisme» auquel le discours de ce parti ne fait pratiquement plus jamais référence est relégué au range de symbole idéologique perdu dans son abstraction.

Les Front nationaux

On l’oublie souvent, le Front national fut un mouvement de la Résistance intérieure, impulsé par le PCF en 1941-42, avec le titre complet de «Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France». Curieusement, les communistes de l’époque avaient repris le titre de «Front national» utilisé par les ligues nationalistes dans les années 1930 pour appeler leur organe de coordination.

Jeux d'étiquette

Le FN est revenu à l’extrême droite en 1972 avec la création du parti dirigé par Jean-Marie Le Pen. L’expression est assez mensongère si l’on songe que cette formation n’a jamais précisément unifié la nation française. Ce marquage historique du FN justifie la volonté de changer le nom d’une formation en évolution depuis la présidence de Marine Le Pen –et plus encore depuis la mise à l’écart de son père.

Le directeur de cabinet de Florian Philippot, l’influent vice-président du FN, a récemment déposé le titre «Les Patriotes» à l’Inpi. Il jure que ce n’est pas dans la perspective d’un changement de nom de sa formation mais cette proposition pourrait paraître séduisante à certains néofrontistes. Là encore, on hurlerait certainement à une odieuse tentative de hold-up sur le patriotisme. Mais peut-être serait-il préférable d’observer tous ces jeux d’étiquette avec un large sourire.

 

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