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Il faut interdire les ascensions de l'Everest et en faire un monument protégé

L'Everest. Papa Lima Whiskey 2 via Wikimedia Commons.

L'Everest. Papa Lima Whiskey 2 via Wikimedia Commons.

En tant que correspondante du journal anglais The Times, Jan Morris a écrit les premiers articles relatant l'ascension du mont Everest par Sir Edmund Hillary et son sherpa Tenzing Norgay en 1953.

Depuis, elle regrette que ce lieu sacré ait été souillé par le tourisme et la recherche du profit. Dans un article du New Statesman, elle demande l'arrêt de toutes les ascensions afin que le sommet redevienne un espace de mystère et de grandeur et, pourquoi pas, un monument à la mémoire des Népalais morts dans le tremblement de terre du 25 avril 2015:

«Mes sentiments envers cette formidable montagne, qui a joué un rôle crucial dans ma propre vie, ont évolué un peu malgré moi. J'étais une ancienne disciple, mais la magie s'est estompée et j'en suis venue à ressentir une sorte de pitié pour le Mont Everest. La montagne me rappelle un animal sauvage qu'on aurait déguisé pour un numéro de cirque ou une émission télé.»

Jan Morris évoque notamment les ordures que laissent les touristes qui payent des guides pour pouvoir ensuite dire qu'ils ont fait l'Everest. En mars dernier, le président de l'association d'alpinisme du Népal avait révélé que chaque saison, les voyageurs laissent derrière eux d'énormes quantités d'excréments et d'urine, une accumulation qui pose des risques de santé publique.

Le mont est aussi devenu un cimetière à ciel ouvert, même si la plupart des corps laissés sur la montagne ne sont pas visibles par les grimpeurs. Il est estimé que plus de 200 personnes sont mortes en tentant l'ascension du sommet, et il y a eu de nombreux décès ces dernières années: en 2014, 13 sherpas sont décédés dans une avalanche. Le tremblement de terre du 25 avril, qui a fait environ 8.000 morts, a aussi provoqué des avalanches qui ont tué au moins 17 alpinistes.

«N'est-il pas temps que Chomolungma [l'autre nom de l'Everest, ndlr] soit reconnu non pas seulement en tant que site inscrit au patrimoine mondial, mais aussi comme Lieu de Sainteté... hors de la portée des êtres humains, et jamais plus souillé par le profit, la célébrité, les rivalités sectaires et les fiertés nationales?», demande Jan Morris.

Sur le troisième pic le plus haut de l'Himalaya, Kanchenjunga, dont la première ascension a eu lieu en 1955, les alpinistes ont pris l'habitude de ne pas marcher du tout sur le sommet, une tradition qui persiste.

Sir Edmund Hillary, qui est décédé en 2008, serait d'accord avec le cri du coeur de Jan Morris. Cinquante ans après sa première ascension, il avait déclaré:

«J'ai suggéré au gouvernement du Népal d'arrêter d'autoriser les ascensions et de laisser la montagne se reposer pendant quelques années.»

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