Partager cet article

«Notre fille n'était pas réellement désirée»

Détail de L'Espoir II de Gustav Klimt  via Wikipedia, License CC

Détail de L'Espoir II de Gustav Klimt via Wikipedia, License CC

Cette semaine, Lucile répond à un homme qui a une petite fille avec la femme qu'il aime, mais plusieurs difficultés pour s'épanouir tout à fait.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes

Je suis en couple avec ma copine depuis presque quatre ans (le mois prochain). Elle a bientôt 27 ans, et moi j'ai eu mes 24 cette année. Nous nous aimons littéralement, et avons eu une adorable petite fille il y a un an.

Le problème (majeur), qui ajoute une partie de complication: notre fille n'était pas réellement désirée.

Je sais pertinemment que l'envie d'avoir un enfant était bien présente en moi.

Mais pour ma copine, cela ne l'était pas du tout, en tout cas pas pour l'instant. Elle voulait un enfant, mais elle voulait surtout que les choses soient plus propices pour être sûr que l'enfant ne manque de rien.

Du coup, il n'est pas si rare que notre fille fasse quelques caprices de présence, sauf que… Ma copine, elle pense (et elle ne l'a pas dit qu'une seule fois) qu'elle n'est pas faite pour être maman.

C'est une chose réellement blessante pour moi. Et je ne sais pas quoi en penser; ni en conclure. Je me «bloque» sur ces paroles.

Le problème secondaire, mais tout aussi important.

Notre couple, n'est plus le même qu'il y a 4 ans. Bien entendu les choses se tassent, les implications personnelles pour l'autre aussi.

Néanmoins, il n'empêche que l'amour (au moins le mien) ne s'est pas évaporé.

Seulement voilà, quand je fais un bref résumé de nos points en communs, il n'y a pas grand chose.

Lorsque je l'ai rencontrée, je savais que nous n'avions pas tellement en commun, mais justement, c'est ce qui m'a attiré chez elle.

Pour ce deuxième problème, là encore je ne sais plus quoi penser, quoi faire.

Puis vient le troisième, et dernier problème, nos cursus professionnels.

Concernant ma copine, elle est intérimaire, elle prend du travail là où il se trouve. C'est une bonne chose selon moi, cela aurait pu être pire, par exemple si elle ne travaillerait absolument pas.

En y songeant, je me demande si elle a un quelconque projet professionnel, ou si elle veut seulement continuer ainsi.

Pour ma part je suis en fin de cursus professionnel de ma 4e année en alternance en tant que technicien d'étude du bâtiment.

Seulement voilà, après un premier échec l'année dernière, tout ce qu'il se passe dans mon esprit, l'incertitude d'obtention de mon diplôme est omniprésente en moi.

J'ai de réelles ambitions, de vrais projets futurs, mais j'ai besoin d'aide pour faire un peu de tri dans mon esprit, car je suis vraiment confus avec tout cela, et n'y arrive pas à le faire seul.

J'ai besoin d'un avis d'une personne extérieure à la situation.

Nathan

Cher Nathan,

C’est le moment d’avoir avec votre compagne une grande discussion. Il va falloir qu’en amont, vous reveniez sur tous ces points, sur vos envies, sur votre fille, sur votre vie.  Quelle est l’image que vous avez de votre famille dans 5/10 ans? Où vous situez-vous? Avez-vous le désir d’avoir un jour un autre enfant? Comment définiriez vous la relation idéale que vous souhaitez établir avec une partenaire (pas forcément cette partenaire)?

Vous êtes jeunes mais vous êtes à cet instant charnière où beaucoup se décide. Un premier pas dans la vie active, un enfant, voilà qui définit pas mal à quoi vont ressembler les quelques années futures. Et si vos envies étaient finalement aux antipodes? Seriez-vous prêt à accepter que votre compagne n’ait ni les mêmes désirs ni les mêmes rêves que vous et de continuer de partager vos différences? Voulez-vous au contraire quelqu'un qui profite de la parentalité avec vous? 

Je crois au dialogue, à la mesure, et aux concessions. Je crois, qu’au côté de l’autre année après année, on écoute moins ses propres désirs, pour arriver à une sorte de consensus simple et rassurant, comme un cocon. Les personnalités se transforment. Avec de la chance, elles s’enrichissent. Quand le couple n’est pas équilibré, elles se nécrosent.

Je crois au pouvoir du dialogue mais je crois aussi qu’un couple se construit sur des bases solides, des objectifs et des rêves communs. Si vous avez l’intention de passer 50 ans avec quelqu’un, l’amour seul ne suffit pas.

J’ai eu aussi une petite fille qui n’était pas planifiée dans un monde où de plus en plus les enfants sont des données qu’on colle sur le planning annuel quand toutes les conditions sont réunies. J’ai décidé de garder cette petite fille parce que je la voulais et qu’au fond de moi je l’attendais. J’étais jeune, en train de divorcer, et en couple depuis quelques semaines à peine avec celui qui était son père. J’ai décidé de la garder pour moi. Lui, qui a toujours voulu des enfants, a accepté la surprise. Nous avons donné une chance à notre couple, presque sans y croire, mais nous avons signé tout de suite pour la tâche de parents. Depuis la découverte de la grossesse, ce fait n’a jamais été remis en cause: nous sommes parents. Jamais la surprise ou la «non-planification» ne sont revenus sur le tapis.

Votre compagne le deviendra aussi peut-être un jour. Peut-être qu’elle trouvera son équilibre quand votre fille aura quitté l’état de bébé. La première année est toujours si difficile. En attendant, si vous aimez votre fille, vous ne devriez pas la laisser grandir dans un foyer où sa propre mère récuse son existence. Idéalement, un enfant n’a jamais à sentir qu’il est un poids ou qu’il n’a pas été désiré. Mais vous dites vous-même que votre compagne la voulait mais pas dans ces conditions. Ressent-elle de la culpabilité? Des angoisses? Des inquiétudes? Vous devez en parler ensemble pour voir ce qui est perfectible dans votre relation et dans la cellule familiale que vous construisez.  

Vous ne devez pas oublier non plus que la maternité n'est une chose forcément facile que dans les fantasmes que l'on veut bien nous vendre, mais que le baby blues est une réalité, qu'il dure parfois bien au-delà des premières semaines, que l'attachement à son enfant pour une mère n'est pas l'évidence que l'on entend parfois.

Vous avez besoin d’avoir une longue discussion où vous partagez vos doutes, vos espoirs, vos réserves quant à cette phrase (et cette attitude?) qui vous dérange. Proposez lui de l’aide si elle en a besoin, y compris une aide extérieure (des psychologues consultent dans les pmi, c’est accessible à tous et toujours proche de chez vous). Envisagez toutes les possibilités, même la séparation (provisoire ou définitive). Si vous n’êtes pas heureux, si votre avenir vous paraît flou, une mise au point est à faire. Et parce que vous partagez votre vie, que vous avez un enfant ensemble, cette mise au point ne peut se faire sans votre partenaire. Si la discussion vous paraît impossible ou qu’elle s’enlise, n’hésitez pas à aller voir un conseiller conjugal. Vous débutez à peine votre vie, ce serait une erreur de le faire sans de bonnes bases solides et fiables, pour vous et pour votre fille. Des bases sur lesquelles vous pourrez toujours compter pendant les épreuves et qui vous apporterons la sérénité. 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte