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Les critiques se multiplient contre Seymour Hersh, qui accuse la Maison Blanche d’avoir menti sur la mort de Ben Laden

Le journaliste Seymour Hersh le 1er avril 2007 lors d'un forum organisé par Al-Jazeera à Doha | REUTERS/Fadi Al-Assaad

Le journaliste Seymour Hersh le 1er avril 2007 lors d'un forum organisé par Al-Jazeera à Doha | REUTERS/Fadi Al-Assaad

Le travail du journaliste américain, contesté par beaucoup de ses confrères, soulève une nouvelle fois des questions.

Lundi 11 mai, nous vous parlions des nouvelles accusations formulées par Seymour Hersh à l’encontre de la Maison Blanche dans un article de la London Review of Books. Contrairement à la version officielle, il affirme, entre autres, que le Pakistan a aidé les États-Unis à tuer Ben Laden, que l’Arabie Saoudite a eu son rôle à jouer et qu’un indic des services secrets pakistanais leur a révélé l’emplacement du terroriste en échange de 25 millions de dollars. Mais, comme l’ont souligné plusieurs médias par la suite, son histoire rocambolesque souffre de nombreuses failles.

Le site Vox.com a ainsi fait la liste d’éléments susceptibles de remettre en question l’enquête de Seymour Hersh, notamment sur la fiabilité de ses deux principales sources. «Hersh ne fournit pas de document ou de preuve, et la crédibilité de ses sources n’est pas établie», note le site, avant d’ajouter qu'il n’a basé son enquête que sur les doutes qu’il avait à propos de l’histoire officielle.

Il faut aussi signaler les contradictions internes à l’article, qui mentionne des promesses faites au Pakistan par les États-Unis qui ne se sont pas réalisées par la suite, mais également une invraisemblable histoire de faux raid et de fausses preuves récoltées par les soldats américains dans la résidence de Ben Laden. Le site Quartz pose de son côté une question simple: «Pourquoi les Pakistanais, les Saoudiens et l’administration d’Obama ont mis en place une telle ruse

On peut aussi se demander pourquoi les soldats chargés de l’élimination auraient choisi de cacher la vérité proclamée par Hersh, ou encore pourquoi les Saoudiens auraient payé pour que Ben Laden reste dans sa résidence d’Abbottabad.

Suspicions

La liste des incohérences est longue, et ne fait qu’alimenter les suspicions autour de Seymour Hersh. Il s'agit pourtant d'une grande figure du journalisme américain. On lui doit des révélations majeures comme les tortures pratiquées par l’armée américaine en 2004 sur des prisonniers d’Abou Ghraib en Irak, le massacre de MỹLai au Vietnam en 1969, et même certains éléments dans la mythique affaire du Watergate.

Mais depuis quelques années, ses articles tombent parfois dans la théorie du complot et suscitent beaucoup de méfiance de la part des journalistes.

«Les premiers coups d’éclat de Hersh étaient vite confirmés par des reportages indépendants et des montagnes de preuves, explique Vox. […] Ce n’est plus le cas avec ses dernières histoires plus conspirationnistes. Au lieu de cela, elles sont restées isolées dans leurs affirmations, et ont fini par être démontées. Ceci n’est donc pas la première fois.»

Les attaques sont allées encore plus loin cette fois car, comme le rapporte le site Politico, une blogueuse a accusé le journaliste de plagiat. R.J. Hillhouse, ancienne professeure qui écrit sur la sécurité nationale, explique qu’elle avait déjà formulé des accusations similaires, en août 2011.

«Je fais confiance à mes sources, qui sont clairement différentes des siennes, explique-t-elle. Mais je suis profondément déçue qu’on ne donne pas le crédit à la personne qui a véritablement sorti l’histoire.»

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