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On connaît désormais le visage d'Apollinarija Jakubowa, le grand amour déçu de Lénine

Apollinarija Jakubowa / Archives nationales de la Fédération russe

Apollinarija Jakubowa / Archives nationales de la Fédération russe

Cela faisait des décennies que les spécialistes de la révolution russe cherchaient en vain à savoir à quoi ressemblait l'institutrice Apollinarija Jakubowa, le grand amour déçu de Lénine. L'inconnue a désormais un visage, grâce à l'historien britannique Robert Henderson, qui est tombé par hasard sur une photographie alors qu'il effectuait des recherches sur le révolutionnaire russe Vladimir Burtsev aux archives nationales de la Fédération russe, à Moscou.

Pour l'historien, il ne fait aucun doute que la jeune femme aux traits doux et au regard figé qui pose les cheveux relevés en chignon et vêtue d'une sévère robe noire à col de dentelle soit bien Apollinarija Jakubowa, comme il l'affirme à l'hebdomadaire Der Spiegel:

«Je suis absolument sûr qu'il s'agit de Jakubowa. Son nom était inscrit à la main à l'arrière de la photo.»

Née en 1870 dans l'oblast de Vologda, la même année que Lénine, Apollinarija Jakubowa se rend à Saint-Pétersbourg à l'âge de 20 ans pour y étudier les mathématiques et la physique, avant de devenir institutrice. C'est à cette période qu'elle fera la connaissance du révolutionnaire, dont elle partage les convictions politiques. Leurs échanges se feront plus intenses en 1895. Lénine la surnommait «Kubochka» et «Lirochka», deux variations affectueuses autour de ses nom et prénom.

Bien qu'il n'existe aucune preuve matérielle que Lénine l'aurait demandée en mariage, les historiens s'accordent sur l'hypothèse selon laquelle Apollinarija Jakubowa aurait repoussé ses avances. C'est à la même époque que Lénine fera la connaissance de celle qui deviendra sa femme, la militante bolchevique Nadejda Kroupskaïa. Lénine ne fera pas montre de la même tendresse vis-à-vis d'elle, l'affublant du sobriquet de «ryba» («le poisson»), sans doute à cause de ses yeux globuleux.

Le cliché en noir et blanc d'Apollinarija Jakubowa a vraisemblablement été pris dans un camp de prisonniers en Sibérie, où la jeune révolutionnaire a été internée en raison de ses activités politiques. Elle parvint à fuir et à émigrer à Londres, où elle reprit contact avec Lénine et sa femme. Apollinarija Jakubowa se maria et rentra en Russie en 1908 avec son époux. Sa trace se perd à partir de cette date. Selon les sources, elle serait décédée en 1913 ou en 1917.

Lénine se consola à partir de 1913 dans les bras de la communiste d'origine française Inès Armand, dont il fait la connaissance près de Cracovie, en Pologne, où il s'est exilé avec sa femme. D'après un long portrait que l'hebdomadaire français L'Express consacra en 1996 à Inès Armand, cette passion secrète était un des secrets les mieux gardés de l'URSS:

«Pendant soixante-dix ans la correspondance intime entre Lénine et sa maîtresse Inès fut l'un des secrets historiques les mieux gardés de l'Union soviétique. La raison? Rien ne devait porter atteinte à l'image d'un Lénine à la fois écolier modèle, révolutionnaire idéal et parfait époux, véhiculée par la propagande, et d'une Inès présentée au regard de l'Histoire comme une simple “camarade de lutte” de Lénine. Aujourd'hui encore les lettres les plus intimes du couple sont conservées dans un fonds secret des archives de l'Institut du marxisme-léninisme.»

D'après un article paru dans le quotidien suisse Le Temps en 2011, elle aussi eu droit à un joli surnom: Lénine l'appelait «Blonina», dérivé du mot polonais «blon» désignant les prairies dans lesquelles ils se promenaient tous deux dans les environs de Cracovie.

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