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Les métropoles du «désert français» à l'épreuve du développement territorial

Fourvière | Jean-Raphaël Guillaumin via Flickr CC License by

Fourvière | Jean-Raphaël Guillaumin via Flickr CC License by

L'espace est devenu une matière première de la productivité collective, comme en témoignent les travaux de l'Economie urbaine. Sur ce sujet, est sorti en février 2014 un livre qui, une fois n'est pas coutume, s'attarde sur les atouts de la France vue par des auteurs canadiens sous l'angle de sa géographie économique. Une réflexion stimulante, à rapprocher de l'idée de polycentrisme territorial, développé par la Datar à la fin des années 1990, qui y voyait une des clefs de la croissance française du futur.

La France avantagée: Paris et la nouvelle économie des régions

de Mario Polèse, Richard Shearmur et Laurent Terral

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Cet ouvrage venu d’ailleurs est un antidote salutaire au déclinisme de tous horizons qui encombre une scène médiatique par trop complaisante, entretenue par les sondages qui laisseraient apparaître que le Front national se nourrit en partie du désespoir des espaces ruraux délaissés par la France d’en haut.

Les auteurs ne sont pas des défenseurs de la notion d’égalité des territoires, car les territoires sont différents, complémentaires, et intégrés dans un ensemble. Au contraire de l’égalité des chances et des personnes, car les inégalités sociales au sein des grandes métropoles sont plus importantes que les inégalités entre régions ou entre villes et campagnes.

«Paris et le désert français», c’est fini, si cela a jamais existé autrement que dans des fantasmes urbanophobes et un tantinet conservateurs pour ne pas dire plus. Les Rastignac de la recherche ou de la nouvelle économie «descendent» désormais autant à Toulouse ou à Grenoble qu’ils ne «montent» à Paris. Mieux encore, la géographie de notre pays est un atout pour son avenir économique et social. Et celui-ci ne s’annonce pas si sombre si on sait tirer avantage des richesses humaines de nos métropoles.

En prenant ainsi le contre-pied des idées reçues, l’objectif de nos amis canadiens, associés à un chercheur français, est d’ouvrir la «boîte noire» du développement territorial. 

Une aubaine dans le monde de demain

La thèse des auteurs est que de nombreux éléments permettent aujourd’hui de projeter autrement dans le futur le phénomène de métropolisation, en raison d’une complexité croissante du phénomène urbain à travers le monde avancé, la montée des activités de proximité, des nouveaux choix résidentiels motivés par le soleil et le style de vie, et de la tendance de la localisation des activités à s’inscrire dans un processus de concentration-diffusion. Concentration des activités lors de leur émergence comme activités innovantes, et développement et diffusion dans l’espace au cours de leur maturité. Une donnée bien connue des économistes urbains.

Le capital territorial diversifié de la France, sa «géographie chanceuse», sont une aubaine dans le monde de demain, d’après les auteurs, dès lors que nos espaces sauront mieux se situer dans la compétition internationale. En particulier, la pleine mobilisation des atouts de notre pays dans un territoire hexagonal désormais renouvelé suppose assurément des métropoles dynamiques. Que faire pour cela?

Comme toujours, quand il s’agit de la dimension prescriptive de la connaissance économique, les auteurs ouvrent un débat. Il faut investir dans des politiques de changement culturel «au diapason des multiples réalités qui fourmillent derrière les grandes tendances». Car les clés de la prospérité des grandes métropoles forment un trousseau complexe, où sont essentiels à la fois des transports publics efficaces, une offre de logements à la hauteur des besoins, des institutions sociales et éducatives performantes, des entrepreneurs confiants, une dynamique de l’innovation et une volonté collective d’aller de l’avant comparable à celle des grandes plateformes mondiales citées partout en référence. 

Pourtant, les jeunes s'exilent

Et la base en est une gouvernance métropolitaine solide, visible et visionnaire que l’on peut trouver dans certaines grandes métropoles comme Lyon. Car la nouvelle économie «repose sur les rencontres, les échanges d’idées et la proximité physique des acteurs» et les capacités de «capter les retombées de l’innovation sont hautement localisées».

Mais question dérangeante pour des dirigeants lucides: pourquoi des milliers de jeunes Français qui ont pourtant de bien plus belles et agréables métropoles s’exilent-ils à Londres, New York, ou en Australie pour se lancer en affaires? C’est quand nous auront su apporter une réponse solide à ces questions de nos amis canadiens que la prophétie de nos amis venus de la Belle Province pourra s’accomplir, une France «vraiment avantagée» par sa géographie dans le monde de demain. Mais ce n’est pas gagné d’avance…

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