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La médecine cubaine intéresse les Occidentaux

Radiographie de poumons atteints de fibrose | IPFeditor via Wikipédia CC License by

Radiographie de poumons atteints de fibrose | IPFeditor via Wikipédia CC License by

La fin de l'embargo à La Havane ouvre la porte aux avancées médicales réalisées sur l'île. Les Américains se sont déjà saisi d'un traitement contre le cancer du poumon.

C'est un des paradoxes du régime cubain: peu de liberté, mais une implication de l'État en matière de santé ou de scolarité qui ferait des envieux dans les pays les plus développés. Aujourd'hui, la levée de l'embargo cubain pourrait bénéficier à la médecine mondiale. Un traitement fait particulièrement parler de lui: le Cimavax, vaccin thérapeutique contre le cancer des poumons, développé par le Centre d'immunologie moléculaire (CIM) de La Havane.

Les premières phases de test ont montré que le traitement est peu toxique et peu coûteux. Attention, il n'empêche pas le développement du cancer le plus mortel au monde, avec 1,59 million de décès en 2012 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le vaccin n'est pas préventif mais thérapeutique, c'est-à-dire qu'il s'attaque à une maladie déjà présente et en réduit les effets pour prolonger l'espérance de vie. En l'occurrence, le Cimavax libère dans l'organisme une molécule stimulant la production d'anticorps qui limitent la propagation des cellules cancéreuses. En 2008, la deuxième phase de test montrait une augmentation de l'espérance de vie de quatre à six mois.

L'OMS citait en 2013 le docteur Augustin Lage Davilla, directeur général du CIM:

«Les biotechnologies sont essentielles pour que le cancer cesse d’être une maladie mortelle pour devenir une maladie chronique.»

Le vaccin a fait ses preuves au point d'intéresser de près les chercheurs américains de l'Institut Roswell Park contre le cancer, peut-on lire sur le magazine US Wired.  Les Américains viennent de finaliser un accord avec le CIM pour développer le vaccin et entamer une phase de test au États-Unis. Premier objectif: faire valider le traitement par l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA). Les chercheurs américains espèrent par la suite élargir les perspectives du remède vers un traitement préventif du cancer des poumons et d'autres cancers, ce que les Cubains n'avaient pas pu entreprendre jusque-là pour des raisons économiques.

Une Silicon Valley des biotechnologies à Cuba

Bien qu'isolé et économiquement contraint, Cuba a investi dans la recherche médicale, et notamment dans les biotechnologies, comme l'explique l'OMS:

«Même en période de difficultés économiques, le gouvernement cubain a toujours apporté son soutien politique et financier aux biotechnologies. Il a investi environ un milliard de dollars dans la recherche-développement au cours des vingt dernières années.»

L'île s'est montrée à la pointe, notamment pendant l'épidémie d'Ebola. Le plus gros contingent de médecins envoyés par un État provenait de La Havane, avec plus de 400 médecins mandatés en Afrique de l'Ouest, rapportait le quotidien Sud-Ouest.

La France est également intéressée. La société de biotech Abivax travaille depuis cinq ans avec des médecins cubains au développement de vaccin contre l'hépatite B chronique et le virus de la dengue. Interrogé par RTL, le président d'Abivax, Philippe Pouletty, vante les qualités des centres de recherche de l'île:

«Ce qui les caractérise, c'est qu'ils ont des brillants chercheurs, de très bons ingénieurs et techniciens et que Fidel Castro, au début des années 1980, en même temps que la révolution des biotech démarrait aux États-Unis et en Europe, avait décidé d'en faire partie.»

L'entreprise française faisait d'ailleurs début avril le pari de développer une «Silicon Valley» des biotechnologies à Cuba. Le Centre de génie génétique et de biotechnologie cubain, fondé en 1983 après l'épidémie de dengue qui a frappé 350.000 Cubains, compte parmi les plus importants laboratoires de recherche au monde, rapporte Le Monde, avec 1.400 chercheurs et plus de 1.200 brevets. Devant les cigares et le rhum qui font la réputation de l'île, la santé représente le deuxième secteur d'exportation cubain.

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