Il ne faut pas oublier les femmes noires tuées par la police américaine

Des personnes manifestant contre les violences policières, suite à la mort de Freddie Gray, le 3 mai 2015 à Baltimore. REUTERS/Jim Bourg

Des personnes manifestant contre les violences policières, suite à la mort de Freddie Gray, le 3 mai 2015 à Baltimore. REUTERS/Jim Bourg

Aux États-Unis ces dernières années, plusieurs femmes noires, qui n'étaient pas armées, ont été tuées par des policiers dans l'indifférence la plus totale.

Tout le monde connaît les noms de Michael Brown, Eric Garner, ou Freddie Gray, ces hommes noirs devenus malgré eux les symboles de la violence policière aux Etats-Unis. Mais qui a entendu parler de Mya Hall, Tanesha Anderson, Miriam Carey, Yvette Smith, Natasha McKenna et Rekia Boyd? Elles aussi ne portaient pas d’arme, elles aussi sont noires, et elles aussi ont été tuées par la police. «Mais leur histoire a été largement ignorée dans les discussions, plus que celles des hommes», explique le site Mic.

Quelques jours avant le décès de Freddie Gray, Mya Hall, transexuelle, atterrit avec une amie par erreur en voiture près des bureaux de la NSA à Baltimore. Les autorités ont expliqué qu’ils ont ouvert le feu et tué Mya Hall parce que sa voiture se serait avancée vers le véhicule de police au lieu de s’arrêter. Mya Hall avait vraisemblablement volé cette voiture, et une arme a finalement été retrouvée dans le coffre après coup, mais rien ne semble justifier le dénouement tragique de cet accrochage. Sauf que personne n'a parlé de cette affaire, ou presque. The DailyDot explique que, «alors que les manifestations de Baltimore nous rappellent que la vie des noirs “compte”, la vie des femmes noires semble être moins importante quand il s’agit de créer de l’indignation publique contre leur décès».

On pourrait aussi évoquer Natasha McKenna. Cette détenue souffrant de schizophrénie et de trouble bipolaire a été tasée à mort par un policier en février alors qu’elle traversait une crise. L'enquête a conclu à un accident. 

En avril, c’est le policier Dante Servin qui est ressorti libre du box des accusés après avoir tiré sur Rekia Boyd, une femme noire qu’il pensait armée et qui est décédée après avoir reçu une balle dans la tête.

«Dites vous qu’avant chaque affaire importante d’homicide de la part de la police, il y a eu une femme tuée et nous ne savons pas ce qu’il leur est arrivé, explique à Mic Kimberlé Crenshaw, de l’African American Policy Forum. Leurs funérailles n’ont pas donné lieu à des protestations, leurs mères n’ont pas été invitées au discours sur l'État de l'Union ou à la Maison Blanche pour symboliser la lutte contre ce problème. Cet effacement envoie un message disant que ces vies perdues ne comptent pas.»

Et les médias n’ont pas suivi ces affaires comme ils l’ont fait avec Michael Brown, Eric Garner ou Freddie Gray. C’est pour cela que des campagnes ont été lancées sur Internet et via les réseaux sociaux pour remettre ces histoires sur le devant de la scène médiatique et publique. C'est la mission que s'est donné le mouvement #SayHerName («dites son nom»), qui souhaite aussi élargir le spectre des violences policières et dénoncer la violence sexuelle, les négligences et les meurtres dont sont coupables certains membres des forces de l’ordre américaines. 

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