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Le débat sur l'éducation nous rend schizophrènes

A dilemma, par Julia Manzerova  via Flickr

A dilemma, par Julia Manzerova via Flickr

En janvier, après les attentats, on réclamait à corps et à cri une école plus républicaine, plus égalitaire, qui formerait mieux tous les enfants... Maintenant que le ministère de l'éducation propose une réforme qui va dans ce sens on ne pense plus qu'au latin et au grec.

Nous avons assisté à une succession, assez rapide dans le temps, de deux débats scolaires qui semblent refléter des angoisses très fortes. Et qui se contredisent totalement.

D’un coté, en janvier,  la peur panique que l’école ne réussisse pas, plus, à intégrer un certain nombre des enfants de la République au sein son modèle. Que cette école ne garantisse pas l’unité de la nation.

De l’autre, aujourd’hui, en mai, que cette même école soit un vrai collège unique, plus uniforme. Un collège qui donnerait moins de possibilités à certains de se distinguer par le jeu des options et tournerait le dos à l’élitisme républicain. 

Il faut dire qu’en France une partie de la droite ne s'est jamais remise de la loi Haby (1975) –cette année-là, la loi Haby, énorme réforme de démocratisation scolaire, institue un collège unique pour tous les petits français. Auparavant, il y avait les CES (collèges d'enseignement secondaires qui remplaçaient les premiers cycles du lycée) et les CEG (collèges d'enseignement général). 

L'ancien ministre Bruno Le Maire, qui veut également carrément supprimer ce collège unique, a lancé un texte à l’assemblée suivi d'une pétition dans lequel il accuse François Hollande de brader le collège: 

«Avec cette réforme, votre majorité abandonne l'excellence républicaine et choisit le nivellement par le bas»

Nicolas Sarkozy semble lui aussi hyper, mais vraiment hyper inquiet: «l’école va devenir médiocre» déclarait-il dans unmeeting le 11 mai. L’ancien Président reste difficile à entendre sur le sujet car il restera celui qui a supprimé 80.000 postes, ainsi que la formation des enseignants... Mais cela souligne la tournue très politique que prend ce débat sur le collège. 

Le texte publié par Bruno Le Maire a fait le plein à droite (il recueilli 231 signatures ce mardi), les députés s’invectivent à l’Assemblée. Les débats médiatiques qui au début de la réforme faisaient s’affronter des spécialistes et des intellectuels font place aux politiques, on a pu par exemple entendre Olivier Faure ou Franck Riester, s’exprimer longuement sur un sujet dont ils ne sont pas spécialistes. 

Les parlementaire UMP ne sont les seuls à critiquer vivement la réforme, le syndicat majoritaire du second degré, le SNES, lui reproche notamment de rendre l’organisation des cours plus complexe. Il défend, comme il l’a toujours fait la logique disciplinaire arguant que les matière traditionnelles vont être affaiblies par les nombreux nouveaux modules: enseignement interdisciplinaire, travail en groupe ou d’accompagnement personnalisé: en tout 20% du temps hebdomadaire.

La presse s’affole. Outre les critiques assez attendues du Figaro ou du Point ou l’Express, on se souviendra de la Une de Marianne, titrée «Massacres des innocents»...

Après Charlie

Et pourtant… On avait déjà beaucoup parlé d’école cette année. Après les évènements du 7 janvier toute la France a semblé se tourner vers les enseignants. Dans toutes les émissions d’actualité, on invitait des profs. Des profs pour raconter comment leurs élèves avaient parlé des attentats, pour raconter aussi l’exclusion, la relégation. Le manque de moyens dans des établissements éloignés des centres. Des collèges dans lesquels, par ailleurs, presque aucun n’élève n’ouvre jamais un journal.

Les profs eux apparaissaient alors comme des vigies de la République qui pouvaient raconter, expliquer. Dédramatiser aussi souvent. Des profs qui disaient combien leurs élèves avaient besoin d’eux. Besoin de l’école. Et que cette école soit aussi moins un ghetto.

A ce moment là tout le monde semblait d’accord avec eux. Et puis au mois d’avril suivant on aura surtout parlé des petits latinistes et des germanistes. Nous avons simplement changé de séquence médiatique. Pourtant c’est toujours de la même école qu'il s’agit. Mais désormais la recherche d'intégration sociale, d'égalité, ce serait la médiocrité? Ce serait le nivellement par le bas?

La réforme n’est pas parfaite. Mais la ministre parle vraiment d’égalité républicaine. Avez-vous remarqué que Najat Vallaud-Belkacem était très peu relancée quand elle abordait ces questions? Pourtant elle défend ce point à chacune de ses interventions. Aujourd’hui, tous ceux qui ont droit à la parole, journalistes, intellectuels, commentateurs, parents audibles dans les médias, n’en ont visiblement plus rien à faire.

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