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La tragédie du «Cap Arcona», paquebot de luxe transformé en camp de concentration flottant

Paquebot de luxe | Der Vollstrecker via Flickr CC License by

Paquebot de luxe | Der Vollstrecker via Flickr CC License by

Les survivants de certains camps de concentration ont été parqués par les nazis sur un ancien paquebot de luxe. Une marche de la mort sur la Baltique.

Durant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, face à l'avancée des troupes russes et britanniques, les nazis évacuèrent un à un les camps situés le plus à l'est, jetant sur les routes des milliers de prisonniers en direction de l'ouest. Beaucoup d'entre eux ne survécurent pas à ces marches de la mort. Ne sachant que faire des survivants des camps de Neuengamme, au sud d'Hambourg, et de Fürstengrube, près d'Auschwitz, les nazis les parquèrent sur un ancien paquebot de luxe, le «Cap Arcona».

Construit dans les années 1920, cet élégant bateau à vapeur de 206 mètres de long reliait l'Allemagne à l'Amérique du Sud avant que n'éclate la guerre. Il avait été conçu pour accueillir 850 passagers à son bord, précise l'hebdomadaire Der Spiegel. Au printemps 1945, environ 4.600 prisonniers furent parqués à bord du paquebot, transformé dès lors en camp de concentration flottant. Les conditions de détention à bord étaient effroyables:

«Les prisonniers végétaient dans leurs propres excréments, au milieu des cadavres, rendus à moitié fous par la soif et la faim.»

Coulé par les troupes britanniques

Le 3 mai 1945, cinq jours avant la capitulation des nazis, alors que le «Cap Arcona» naviguait dans la baie de Lübeck, sur la Baltique, il fut bombardé par les avions de l'armée britannique. Le navire s'embrasa, puis sombra. La plupart des prisonniers périrent dans les flammes. À peine 500 d'entre eux survécurent au naufrage, rejoignant la terre ferme en nageant dans une eau qui ne dépassait pas 7 degrés.

Les bateaux de pêche qui prêtèrent assistance aux naufragés n'acceptèrent à leur bord que les hommes en uniforme, repoussant les prisonniers à la mer. Certains d'entre eux furent même abattus lorsqu'ils atteignirent le rivage.

Le «Cap Arcona» ne fut pas le seul camp de concentration flottant à avoir été coulé ce jour-là par les troupes britanniques, rappelle l'hebdomadaire Focus. Les 200 avions de la Royal Air Force, qui coulèrent ce jour-là une centaine de navires allemands, touchèrent également le cargo «Thielbeck», à bord duquel se trouvaient 2.400 prisonniers du camp de Neuengamme.

À la fin de la guerre, d'anciens officiers SS ont prétendu avoir voulu les transporter vers la Suède. Une version des faits que Der Spiegel qualifie de peu plausible, avançant deux hypothèses: soit les bateaux auraient été utilisés de manière provisoire en attendant de trouver un autre endroit pour enfermer les prisonniers, soit «les SS auraient voulu couler les bateaux avec à leur bord les prisonniers». Cette dernière hypothèse est confortée par le fait qu'aucun pavillon qui aurait permis aux soldats britanniques de distinguer le «Cap Arcona» des bâtiments utilisés par la marine allemande pour le transport des troupes n'avait été hissé sur le navire.

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