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A Cannes, la parité arrivera par les petites sélections

©FDC/ L. Fauquembergue

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Thierry Frémaux a eu beau insister au départ sur le fait qu'il y avait autant de réalisatrices que de réalisateurs français en compétition, ses propos ont été vite démentis par des ajouts de dernière minute, et la sélection officielle sera encore bien mauvaise pour la parité. A Cannes, plus les sélections sont pauvres, plus elles sont paritaires.

Lors de la conférence de presse du 16 avril, Thierry Frémaux semblait se féliciter de la parité au sein des cinéastes français en compétition pour la Palme d’Or. Deux femmes (Valérie Donzelli, Maïwenn) pour deux hommes (Jacques Audiard, Stéphane Brizé): ce beau 50/50 allait forcément ravir cette masse belliqueuse de féministes se plaignant année après année de la faible présence des réalisatrices à Cannes...

Quelques jours plus tard, l’ajout du film de Guillaume Nicloux allait –sans surprise– faire peser la balance du côté des hommes, détruisant la seule petite parcelle de parité détectable dans ce cru 2015. L’équilibre hommes–femmes de la délégation française n’aurait de toute façon été que l’arbre qui cache la forêt: Donzelli et Maïwenn sont en fait les deux seules femmes de la compétition, se mesurant à pas moins de dix-sept hommes.

10,5% de femmes: un score assez consternant mais qui, en étudiant toutes la composition des sélections depuis 2001, se trouve légèrement au-dessus de la moyenne. Sur les quinze dernières années, le pourcentage moyen de femmes en compétition est d’environ 8,7%, soit 28 femmes sur 323 cinéastes ayant prétendu à la récompense suprême.

Chaque année, Thierry Frémaux affirme dur comme fer qu’on lui présente assez peu de films de femmes, et que c’est une simple règle de proportionnalité qui fait qu’elles sont chaque année entre zéro (somptueux records des années 2005, 2010 et 2012) et quatre (2011) sur une vingtaine de compétiteurs. S’il ne faut pas nier les problèmes en amont (selon le dernier rapport du CNC sur le sujet, 23% des films sont réalisés par des femmes), on peut sérieusement douter que la parité fasse partie des chevaux de bataille du sélectionneur et de ses équipes. Ce fameux taux de 23% n’a jamais été atteint en sélection, y compris en 2011 (19%).

Au-delà de la compétition

Du côté d’Un Certain Regard, sélection bis elle aussi menée par Frémaux, les chiffres sont bien évidemment loin de l’équilibre, mais néanmoins moins consternants. 17,5% de femmes sur les 15 dernières années, avec un pic à 44,4% en 2013. La barre des 50% n’a hélas jamais été atteinte. 

Pourquoi y a-t-il tout de même plus de femmes à Un Certain Regard qu’en Compétition? Est-ce parce que les femmes font de moins bons films, puisque cette sélection est parfois vue comme celles des médailles d’argent, films trop modestes ou pas tout à fait assez brillants pour mériter de lorgner vers la Palme? On pense pourtant à Naomi Kawase, cette année à un certain regard, l'an dernier en compétition officielle... 

Est-ce parce que la majorité femmes n'auraient pas les épaules? On a entendu Thierry Frémaux décrire Un Certain Regard comme une sélection permettant d’éviter à certains films fragiles de se faire dézinguer par la presse et les festivaliers (les sifflets, huées et autres polémiques n’étant jamais aussi forts et nombreux qu’en Compétition). 

Les sélections parallèles se tiennent elles aussi à bonne distance de toute notion de parité. En témoigne le chou blanc de la Semaine de la Critique, avec un zéro pointé en matière de femmes présentes. Si la Quinzaine des Réalisateurs, avec un ratio de 3 sur 17, fait légèrement mieux, il n’y a cependant pas de quoi se réjouir. En 15 ans, la Semaine a présenté 20% de réalisatrices, contre 17,9% pour la Quinzaine. Une femme pour quatre ou cinq hommes: c’est le bilan tristement déséquilibré de ces sélections parallèles.

Finalement, c’est le petit poucet de Cannes qui donne l’exemple, même s’il reste encore bien du chemin à faire. L’ACID, dont le comité de sélection est constitué de cinéates hommes et femmes, choisit environ 9 films chaque année. En 2010 comme en 2014, le palier des 50% de réalisatrices a bien été atteint, le chiffre ne descendant jamais sous les 30% depuis 2010. 

 

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