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L’acteur et activiste Russell Brand, grand perdant des élections britanniques?

Ce personnage haut en couleur du show biz avait appelé à voter pour le Labour et son candidat, Ed Miliband.

Russell Brand est, au moins hors du Royaume-Uni et peut-être même en son sein, sans doute plus célèbre que le candidat malheureux des élections du 8 mai, Ed Miliband, qui a annoncé qu’il démissionnait du Parti travailliste après sa défaite. Aussi, quand le premier a interviewé le second le 28 avril peu avant l’élection, on ne savait trop qui était la star ni qui donnait la réplique à l'autre (Brand a plus parlé que son invité...). Brand, comédien (inoubliable dans un quasi-autoportrait de rock star illuminée et caractérielle) et homme de stand-up, ex-mari de la chanteuse Katy Perry, est un personnage un peu à part dans le show biz britannique, tout à la fois icône de mode, sujet de magazines people et artiste «engagé» et activiste publiant des tonnes de vidéos sur sa chaîne YouTube, dans lesquelles il s’épanche sur les affaires du monde, avec un débit de parole à couper le souffle qui amuse autant qu’il agace.

Dans sa discussion avec Miliband, Russell Brand insiste sur les thèmes politiques qui lui sont chers, avec l’enthousiasme adolescent qui le caractérise: les inégalités économiques, le pouvoir de l’establishment et des médias, en particulier celui de Rupert Murdoch, puissant patron de presse conservateur, les réformes fiscales... Il tranche par son exaltation avec la placidité de Miliband, homme effacé et peu charismatique, écartant dans l’entretien tout espoir de changement politique radical –il y a affirmé qu’il ne fallait pas s’attendre à l’euphorie s’il était élu...

Pschitt du Brand effect

À l’issue de l’interview, Brand avait à la surprise générale officiellement appelé à voter pour le Labour et son candidat. Certains chroniqueurs de gauche avaient affirmé que le soutien officiel de Brand à Miliband allait peut-être entraîner le basculement de l’opinion en faveur des travaillistes. Après tout, Brand est suivi par près de 10 millions de personnes sur Twitter, il a posté plus de 300 épisodes de son journal intime vidéo et celle encourageant à voter a été vue plus de 800.000 fois. Il est jeune ou, à tout le moins, a une image jeune (il a 40 ans) et il parle à une partie du pays que les politiciens en campagne ne touchent plus du tout! L’annonce que Miliband s’était rendu dans l’appartement de l’acteur pour enregistrer cet entretien était rapidement devenu le fait politique majeur sur lequel les journalistes politiques avaient leur mot à dire.

Las, comme le note le Spectator dans un billet post-électoral impitoyable, qui présente Russel Brand comme le gros looser de l’élection.

«D’une manière hilarante, note le chroniqueur du Spectator, les mêmes personnes qui accusent les médias de Murdoch d’effectuer un lavage de cerveau sur les lecteurs pour qu’ils votent conservateur croient qu’une célébrité avec une webcam et une présence active sur Twitter pourrait simplement claquer des doigts et faire voter travailliste aux masses».

Avec une candeur attendrissante, Brand reconnaît lui-même qu'il était très prétentieux de penser qu'il était le porte-parole des abstentionnistes et qu'il pourrait faire bouger les lignes en interviewant et en soutenant l'un des candidats à l'élection. Est-ce si surprenant? Comme le rappelait le Guardian, Brand, pour idéaliste et sincère qu’il soit, est tout de même un millionnaire qui a encouragé pendant des années ses fans à ne pas aller voter et même à ne pas s’inscrire sur les listes électorales.

Surtout, poursuit The Spectator, la «brandmania» et le fait que des éditorialistes et des observateurs aient accordé foi à un «Brand effect», un effet Brand, ne fait que révéler la fracture et la déconnexion entre les élites du Labour et la «twitterati» d'une part, et les électeurs ordinaires de l'autre, qui ont fait savoir qu’ils étaient peu sensibles aux envolées de l’acteur, en tout cas quand il s’agissait de choisir quel bulletin déposer dans l’urne –de même que les conservateurs n'ont sans doute pas gagné grâce à leur utilisation malicieuse de références à Star Wars dans la dernière ligne droite de la campagne.

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