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Un journaliste américain livre une autre version controversée de l’assassinat de Ben Laden

Barack Obama et son équipe en train de suivre le raid chargé d'assassiner Oussama Ben Laden, le 1er mai 2011 | REUTERS/Ho New

Barack Obama et son équipe en train de suivre le raid chargé d'assassiner Oussama Ben Laden, le 1er mai 2011 | REUTERS/Ho New

Seymour Hersh, grande figure du journalisme américain, affirme que l’administration Obama a donné une fausse histoire du déroulement de l’opération.

Dans un long article publié dans la London Review of Books, le journaliste d’investigation Seymour Hersh affirme que le gouvernement américain a menti sur la version officielle de l’assassinat du chef d’al-Qaida Oussama ben Laden. «L’histoire de la Maison-Blanche aurait pu être écrite par Lewis Carroll», explique-t-il, avant d’ajouter:

«La Maison Blanche maintient que la mission était une affaire 100% américaine et que les généraux de l’armée pakistanaise et ses services secrets n’ont pas été mis au courant du raid à l’avance. C’est faux, tout comme beaucoup d’autres éléments de la version de l’administration Obama.»

Selon lui, les Pakistanais savaient depuis 2006 que Ben Laden était à Abbottabad et collaboraient depuis avec les Américains pour planifier son assassinat. L’histoire selon laquelle Ben Laden a été repéré en traquant son courrier serait également fausse.

«En août 2010, raconte Seymour Hersh, un ancien officier des services secrets pakistanais a approché Jonathan Bank, alors chef du bureau de la CIA à l’ambassade américaine d’Islamabad. Il a proposé de dire à la CIA où trouver Ben Laden en échange de la récompense que Washington avait offerte en 2001.»

Les Américains auraient alors versé 25 millions de dollars à cet homme pour avoir «brisé le secret» de la localisation de Ben Laden. Il serait à présent consultant à Washington pour la CIA. On y apprend également qu’aucun échange de coup de feu lors du raid n’a eu lieu et que l’enterrement en mer serait aussi un mensonge.

Négociations avec le Pakistan

Mais plus que ces détails, le journaliste américain insiste sur un point: la mort de Ben Laden serait le fruit de longues négociations avec le Pakistan. Les dirigeants pakistanais, après avoir subi un chantage, auraient bénéficié de plusieurs concessions en échange de leur aide s'ils gardaient la manœuvre secrète. Selon une source anonyme pakistanaise citée par Hersh, «il y a eu un accord avec [les] dirigeants [américains]»:

«Nous étions très réticents, mais cela devait être fait, pas pour un enrichissement personnel, mais parce que tous les programmes d’aide américains auraient été coupés. Ils ont dit qu’ils allaient nous affamer si nous ne l’autorisions pas [le raid] et l’accord a été donné alors que Ahmed Shuja Pasha [le directeur général des services secrets pakistanais] était à Washington. L’accord ne prévoyait pas seulement de garder les robinets ouverts, on avait dit à Pasha qu’il y aurait plus de choses pour nous.»

Seymour Hersh n’en est pas à son premier coup d’éclat. Comme l’explique Slate.com, on doit à cette grande figure du journalisme américain les révélations sur le massacre de M Lai, en 1968, et sur les tortures des prisonniers d’Abou Ghraib, en 2004.

Mais le site précise aussi que Seymour Hersh est connu pour ses papiers controversés, notamment à cause de son usage de sources anonymes et parfois douteuses, impossibles à recouper ou à vérifier. Le New York Magazine rappelait il y a quelques temps que Seymour Hersh modifiait souvent sa version d’une histoire lors de ses prises de parole en public… Difficile donc, pour le moment, de tirer des conclusions sur ce nouveau coup d’éclat du journaliste américain. 

De son côté, la Maison-Blanche a réagi en niant évidemment chaque élément avancé par Seymour Hersh:

«Il y a trop d'imprécisions et d'affirmations sans fondement dans cet article pour vérifier chaque point», a déclaré le porte-parole de la Sécurité Nationale Ned Price. [...] La notion selon laquelle l'opération qui tué Oussama Ben Laden était autre chose qu'une mission américaine unilatérale est clairement fausse. [...] Comme nous l'avions dit à l'époque, l'existence de cette opération n'a été confiée qu'à un très petit cercle d'officiels américains. Le président avait décidé très tôt de n'informer aucun autre gouvernement, y compris le gouvernement pakistanais, qui n'a été averti qu'une fois que le raid s'est déroulé.»

Article mis à jour le 11 mai 2015 à 18h30 pour inclure la réaction du gouvernement américain.

 

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