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Le prix du pétrole baisse mais l'automobiliste ne s'en rend pas trop compte

Station essence | Louis Concorde via Flickr CC License by

Station essence | Louis Concorde via Flickr CC License by

Pour les automobilistes, la baisse du prix du baril a des effets plutôt limités. D’autant que les cours de l’or noir se sont sensiblement redressés. La baisse de l’euro, associée à la fiscalité, a des effets boomerang.

L’automobiliste a de quoi être un peu déçu. Après qu’on lui a rebattu les oreilles de la baisse du prix du pétrole, qui, début 2015, avait atteint 50% en six mois, il pouvait raisonnablement espérer que ses pleins de carburant à la pompe lui coûteraient moins cher.

Certes, il ne pouvait espérer une diminution dans les mêmes proportions, bien sûr, à cause des taxes. D’autant qu’elles ont augmenté en début d’année. En effet, depuis début janvier 2015, la taxe carbone a été relevée de 2 centimes par litre sur tous les carburants, et le gazole a subi en plus une augmentation de 2 centimes pour compenser la perte de l’abandon de l’écotaxe sur les poids lourds.

Toutefois, même si le poids des taxes sur un litre de carburant a augmenté en 2015, on pouvait imaginer que le différentiel resterait largement à l’avantage du consommateur. Mais il y a de quoi déchanter. Parce que les taxes ne sont pas seules en cause.

5% de baisse à la pompe

Par rapport aux niveaux constatés il y a un an (1,302 euro le litre pour le gazole, 1,517 euros pour le SP95), avant la chute des cours du pétrole, les prix moyens des carburants à la pompe aujourd’hui (respectivement 1,232 et 1,437 euro) relevés par l’Ufip (Union française des industries pétrolières) n’affichent que 5% de baisse. Pas énorme… comparativement au prix du baril.

Il est vrai que celui-ci s’est réévalué: alors que le baril de Brent (pétrole de la mer du Nord) était tombé jusqu’à 46,6 dollars en janvier, perdant 57%, il est remonté début mai à 63,6 dollars. Par rapport à mai 2014, la baisse –en dollars– n’est plus que de 42%. Mais dans l’intervalle, l’euro a également perdu 20% de sa valeur par rapport au dollar. De sorte que, exprimée en euros, la baisse du prix du pétrole en un an n’est plus que de 27%!

Le consommateur a été protégé par l’euro fort, qui a amorti les hausses du prix du baril pendant les périodes de pétrole cher, mais la baisse de la monnaie européenne ne lui permet pas de profiter pleinement du recul du prix du brut. Heureusement, cette fluctuation de la monnaie a d’autres avantages, notamment à l’exportation, puisqu’elle permet au «made in France» d’être plus compétitif hors de la zone euro. Mais pour les importations et notamment de matières premières, c’est l’effet contraire.

27%

C'est la baisse du prix du pétrole exprimée en euros entre mai 2014 et mai 2015 (contre 42% en dollars)

En outre, cet avantage de 27% pour le consommateur ne s’applique qu’à un petit quart du prix des carburants à la pompe, selon la fondation d’entreprise du groupe Alcen. Plus précisément, la part du produit hors taxes représente 23% des prix à la pompe pour le SP95 et 27% pour le gazole. Le reste du prix à la pompe est constitué de taxes (61% pour le SP95, 56% pour gazole) qui intègrent la TIPCE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), plus élevée sur le diesel que sur le super, et la TVA (20%, qui s’applique aussi bien sur le produit que sur la TIPCE). Viennent également s’ajouter les coûts de raffinage et de distribution, pour environ 15%.

Une baisse en euro de 27% du prix du pétrole brut sur un quart des prix des carburants à la pompe: on est bien, début mai, sur un écart de l’ordre de 5% pour les automobilistes en un an.

Un avantage pour l’écologie et la facture énergétique

Cette baisse très modérée du prix des carburants peut être toutefois considérée comme un élément favorable aux économies d’énergie, dans la mesure où elle incite les ménages à poursuivre leurs efforts de réduction de consommation d’hydrocarbures.

De fait, sur les trois premiers mois de 2015 selon l’Ufip, les automobilistes ont même légèrement réduit leur consommation de carburants routiers: 0,2% de moins sur le trimestre, avec toujours une part prépondérante pour le gazole, qui représente plus de 80% des ventes.

Si les baisses étaient plus marquées aux pompes, les solutions plus économes en énergie, avec des véhicules modernes moins gourmands, des systèmes d’auto-partage ou des reports sur les transports publics, deviendraient moins pertinentes pour le public. Et les consommations pourraient repartir à la hausse.

Hors de question pour le trésor public de diminuer les taxes

Même chose pour les voitures électriques: moins les carburants sont chers, moins elles sont susceptibles de retenir l’attention des particuliers. Or, sur le premier trimestre de l’année, avec 4.629 véhicules concernés, indique l’Association pour la mobilité électrique, elles ont représenté à peine 1% des immatriculations de voitures en France. Le marché est encore confidentiel. Pour que la mise en place depuis début avril du nouveau bonus de 10.000 euros (pour le remplacement d’un vieux véhicule diesel par une voiture électrique ou hybride) soit efficace, il serait malvenu qu’une chute trop marquée du prix des carburants en lamine l’intérêt.

Ainsi, tant pour lutter contre la pollution et les émissions de gaz à effet de serre que pour alléger la facture énergétique, la politique des pouvoirs publics ne consiste pas à favoriser de fortes baisses sur les prix à la pompe. Rappelons que, l’an dernier, les importations d’hydrocarbures ont pesé pour 44 milliards d’euros dans le déficit de la balance commerciale française.

Et, surtout, le seul poste qui pourrait jouer le rôle de variable d’ajustement est celui des taxes. Or, il est hors de question pour le trésor public de diminuer les recettes de TIPCE, qui lui ont rapporté 13,4 milliards d’euros l’an dernier. La tendance, à l’occasion de l’actualisation annuelle de cette taxe par litre consommé, est inverse.

Enfin, les cours du Brent, qui avaient touché un plancher dans les premiers jours de janvier, tendent à repartir à la hausse: début mai, le baril a repris 14 dollars, soit une remontée des cours de quelque 30% en quatre mois. Une tendance qui n’est pas encore intégralement répercutée sur les prix à la pompe, mais qui aura bien sûr une incidence et grignotera encore les petits 5% de baisse pour l’automobiliste. Autant dire que, pour son porte-monnaie, les fluctuations des cours du pétrole se limiteront cet été à pas grand-chose: une économie de 2 euros ou moins pour un plein de 40 litres par rapport à l’été 2014.

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