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A peine musulmans, déjà radicaux: qui sont les convertis qui rejoignent l'Etat islamique?

Arrestation à Manille en juillet 2014 de Michael Cerantonio, converti à l'islam et recruteur islamiste. REUTERS/ Romeo Ranoco

Arrestation à Manille en juillet 2014 de Michael Cerantonio, converti à l'islam et recruteur islamiste. REUTERS/ Romeo Ranoco

Un sixième des 4.000 Européens partis en terre de djihad rejoindre Daech seraient des convertis.

Il y a cette apprentie rappeuse néerlandaise, qu’on appelle Betsy, et qui finit par abandonner la musique et les sweats siglés BITCH pour aller épouser un soldat de l’Etat islamique en Syrie; Deso Dogg, ce chanteur de hip-hob berlinois qui chante aujourd’hui les louanges du djihad; Elton Simpson, cet Américain qui a ouvert le feu il y a quelques jours à Garland, au Texas, en bordure d’un concours de caricatures de Mahomet, et beaucoup d’autres encore. Le Washington Post est allé sur les traces de cette frange des convertis qui forme aujourd’hui le contingent le plus radical des troupes islamistes.

4.000 Européens sont déjà partis grossir les rangs du Califat autoproclamé. Parmi ces transfuges, près d’un sixième sont des convertis. En France, le ratio est plus important: un sur quatre, selon RFI. Du jamais vu, même si l’article du Washington Post rappelle que le converti américain Adam Gadahn avait rejoint al-Qaida après le 11-Septembre, et John Walker Lindh avait renforcé les Talibans en Afghanistan.

Les réseaux sociaux permettent de faire circuler la propagande, bien sûr. Mais les procédés de recrutement sont beaucoup plus larges, et implique une approche plus directe des nouvelles recrues potentielles. Anthony Faiola et Souad Mekhennet, les journalistes du Washington Post, ont enquêté aux Pays-Bas, du côté de La Haye.

Là-bas, ils ont rencontré Jamal Ahjjaj, imam de la mosquée As-Soennah. Son lieu de culte accueille les convertis, mais il a de la concurrence:

«Quand on organise des cours de religion pour les convertis, parfois il y a des personnes, les mauvaises personnes, qui attendent devant pour les saluer.»

Pour lui, le cas de la rappeuse Betsy n’est pas surprenant, dans la mesure où 70% des 97 convertis que comptait sa mosquée en 2014 étaient des femmes. Une chercheuse de l’université Erasmus de Rotterdam, Marion van San, va plus loin dans la description:

«On voit que beaucoup des convertis qui rejoignent l’EI sont des filles, des filles à problèmes, des anciennes prostituées, des filles avec des problèmes psychologiques ou comportementaux, parfois avec des personnalités fragiles.»

L’idéologie de l’islam radical a un attrait puissant pour une minorité des nouveaux musulmans: elle donne à des jeunes en plein doute un fort sentiment d’appartenance, une structure claire et un ensemble de règles bien défini. Car le succès de l’Etat islamique chez les convertis dépend autant de la stratégie du groupe que des problèmes sociaux et sociétaux des pays européens.

Un trentenaire néerlandais qui a purgé plus de huit ans de prison pour avoir trempé un temps dans le djihad, propose un élément de réponse:

«Les parents néerlandais ont tendance à donner une éducation très libérale. Ils ne répondent pas clairement sur ce qui est bien ou mal, donc certains d’entre nous vont ailleurs trouver ces réponses. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que de rencontrer quelqu’un qui peut écarter tous vos doutes, a des arguments convaincants et vous dit: “C’est la bonne voie, mon frère, tout ce que tu as à faire c’est la suivre.”»

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