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Le volley-ball français monte au filet

L'équipe de France féminine de volley-ball lors du Tournoi de Nancy-Open Fémina, à Vandœuvre-Les-Nancy (Lorraine) | alainalele via Flickr CC License by

L'équipe de France féminine de volley-ball lors du Tournoi de Nancy-Open Fémina, à Vandœuvre-Les-Nancy (Lorraine) | alainalele via Flickr CC License by

Ce sport, largement pratiqué en milieu scolaire, souffre encore en France d'une désaffection médiatique pour sa pratique professionnelle. Pourtant, les résultats commencent à être bons. En ligne de mire, les Jeux de Rio.

Le volley-ball français s'offre une journée de gala, samedi 9 mai, à la Halle Carpentier à Paris, par le biais de trois finales de championnat de France programmées en quelques heures: la finale masculine de la Ligue A (première division) entre Tours et Paris, la finale féminine de la Ligue A entre Cannes et Le Cannet et la finale masculine de la Ligue B (deuxième division) entre Maxéville-Nancy et Nice.

À l'ombre du basket et du hand

Ce triple feu d'artifice, qui existe depuis 2014, veut devenir l'«habitude» pour saluer l'issue de la saison professionnelle, mais il ne forme pas exactement un tout cohérent sur le plan médiatique. En effet, la finale de la Ligue B est retransmise sur le site internet de la ligue de volley-ball. La finale masculine de la Ligue A est, elle, diffusée sur Ma Chaîne Sport alors que la finale féminine de la Ligue A, qui bénéficie de la case «prime time» en commençant à 20h45, a de son côté les honneurs d'Eurosport.

«Je ne suis pas certain que mettre les deux finales, féminine et masculine, le même jour soit une bonne idée, les deux événements pouvant se “manger” l'un et l'autre», estime Yves Bouget, président de la Fédération française de volley-ball (FFVB). Jean-Paul Aloro, président de la ligue professionnelle, préfère, lui, attendre pour voir:

«C'est la deuxième année seulement et il est peut-être encore trop tôt pour tirer un bilan.»

Dans cette Halle Carpentier qui avait rassemblé 3.500 spectateurs lors des finales de 2014, le volley-ball a trouvé une sorte d'écrin chaleureux, mais modeste au regard de la capacité d'autres salles et cette exiguïté est, en quelque sorte, le reflet de sa difficulté à élargir son périmètre.

À l'ombre du basket et du handball, le volley-ball, discipline assez largement pratiquée au collège et au lycée, a du mal à s'imposer sur le devant de la scène des sports collectifs. Avec ses quelque 125.000 licenciés dont le nombre stagne, la Fédération française de volley-ball est ainsi nettement en retrait par rapport à ses homologues du basket (550.000) et du handball (520.000). Ces disciplines ont pu compter notamment sur la dynamique créée par leurs équipes de France et par l'effet d'entraînement de quelques stars comme Tony Parker, Céline Dumerc et Nikola Karabatic.

Mais en dehors du cercle des initiés, il est difficile pour le grand public d'identifier et de connaître les meilleurs volleyeurs tricolores même si les derniers Championnats du monde masculins, organisés en Pologne en 2014, ont permis à ce sport d'attraper un peu de lumière médiatique et de mettre notamment en valeur le Rennais Jenia Grebennikov, élu meilleur libéro de la compétition.

De bons résultats, mais pas suffisants

En effet, pour la deuxième fois de leur histoire, les Bleus ont accédé aux demi-finales du tournoi mondial, qu'ils ont terminé au quatrième rang quand le titre suprême est revenu aux Polonais entraînés par un Français, Stéphane Antiga, 309 fois sélectionné en équipe de France entre 1998 et 2010.

«Voilà trente ans que l'on nous dit qu'il est nécessaire que le volley-ball obtienne des résultats au plus haut niveau pour se développer dans le pays mais, à chaque fois, nous ne voyons rien venir, souligne presque avec dépit Laurent Tillie, sélectionneur de l'équipe de France masculine. Il est toujours aussi difficile de trouver des partenaires commerciaux pour l'équipe de France et, pour passer à la télévision, nous sommes souvent obligés de payer les moyens de production.»

Yves Bouget confirme, à regret, le peu d'impact de ce résultat.

«Une quatrième place ne fait pas rêver, admet-il. Finalement, ceux qui en ont le plus profité à court terme, ce sont nos joueurs, et tant mieux pour eux et le prestige du volley français, puisque cinq des six joueurs de l'équipe type évoluent désormais à l'étranger et ont fait passer leur salaire de 60.000 euros nets annuels à 200.000 ou 250.000 euros.»

Nous devons être aux Jeux de Rio et je suis optimiste

Yves Bouget, président de la Fédération

Alors que se profilent les prochains Championnats d'Europe, mis sur pied en octobre à la fois en Italie et en Bulgarie, l'équipe de France masculine sait que même une victoire continentale ne lui garantira pas une présence lors des prochains Jeux olympiques de Rio, dont le chemin, très étroit et de croix, passera par deux tournois pré-qualificatifs, en janvier et juin 2016, sachant que les féminines n'ont, elles, pas d'espoir en la matière.

Le volley-ball français, auquel il faut associer le beach-volley, affilié à la Fédération, a été complètement absent des JO en 2008 et 2012 et n'a pas donc bénéficié de cette formidable caisse de résonance médiatique, contrairement aux équipes de France de basket et de handball, qui ont profité de larges plages de diffusion en clair. «Nous devons être à Rio et je suis optimiste», affirme Yves Bouget au moment où Laurent Tillie démarre un stage d'une durée de cinq mois avec cette équipe de France qui fait face, il est vrai, à une concurrence mondialisée, ce qui n'est pas le cas du handball dans les mêmes proportions.

La part belle aux équipes féminines

Venu de l'univers de l'entreprise, Yves Bouget a été élu en janvier 2013 et a pris à rebrousse-poil un monde du volley-ball enfermé dans de vieilles habitudes et peu familiarisé à ce style de management. Depuis, son pouvoir a été remis en cause et menacé à diverses reprises et il s'attend encore à de nouvelles secousses dans la mesure où son gros chantier reste une réforme institutionnelle pour dépoussiérer un mode de fonctionnement clanique et rétif.

«Nous sortons d'une fédération qui avait le label “fermier associatif”, sourit-il. C'était comme une histoire corse avec une cinquantaine de personnes qui se passaient le mistigri et dont le projet pour le volley était surtout de ne pas en avoir. Mais je tiendrai bon.»

L'une de ses premières actions a été de densifier l'entourage technique des équipes de France, ce qui a eu un coût et n'a pas été forcément accepté de gaieté de cœur en interne. Le résultat de l'équipe de France, en Pologne, est venu accréditer sa stratégie, mais les querelles ont vite repris.

À proximité de cette bataille politique, puisqu'il est aussi vice-président de la FFVB, Jean-Paul Aloro joue, lui aussi, l'atout du renouvellement de la discipline au sein de la ligue professionnelle à travers notamment de la mise en valeur du volley féminin, qui draine une clientèle différente et aimante les médias, à l'image d'Eurosport, qui joue la carte femmes dans nombre de disciplines et a souhaité nouer un partenariat avec le volley il y a quelques mois. Avec 48% de femmes parmi ses licenciés, la FFVB est, il est vrai, l'une des fédérations les plus mixtes de France.

«Pour crédibiliser cette stratégie et faire progresser le volley féminin dans nos frontières, nous préparons notre candidature à l'organisation des Championnats d'Europe en 2019, explique Jean-Paul Aloro. De toute façon, depuis les Mondiaux masculins en 1986, nous n'avons plus rien organisé de significatif en France pour le volley-ball.»

Mondiaux 1986 qui avaient fait le plein à Bercy et que Laurent Tillie, l'un de ses acteurs, voit, près de trente ans plus tard, comme «une occasion ratée en termes de capitalisation d'image».

Le volley-ball, qui a su faire évoluer à raison ses règles avec un autre mode de comptage du score à partir de 1999-2000, demeure, à l'évidence, un terrain de conquête en France, où ce sport spectaculaire jouera gros dans les mois qui viennent. Sans croire non plus au Père Noël.

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