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Le plein emploi? Il suffirait de le vouloir vraiment!

Le stand Pôle Emploi lors d'un forum à Nice en octobre 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Le stand Pôle Emploi lors d'un forum à Nice en octobre 2014. REUTERS/Eric Gaillard

En appliquant cinq réformes (indissociables), on pourrait réduire significativement le chômage de masse, explique Jacques Attali.

Tout le monde baisse les bras devant le chômage, ou nous vante des recettes que personne n'oserait jamais appliquer, sans voir qu'il serait possible, si on le voulait vraiment, de régler le problème de façon concrète et socialement équitable.

Ni le modèle américain, ni le modèle allemand

La solution la plus radicale pour y parvenir serait, comme l'ont fait certains pays, de réduire massivement les allocations chômage (en les limitant à six mois de salaire net, et à deux fois le smic), de rendre facile le licenciement en supprimant le contrat à durée indéterminée au profit d'un contrat de travail unique, d'exclure des statistiques du chômage, et de toute allocation, toute personne travaillant au moins une heure par semaine et de rémunérer moins que le smic les jeunes sans formation.

Ces moyens, qui ont permis de réduire massivement le chômage en Grande-Bretagne, en Allemagne, ou aux États-Unis, ne sont heureusement proposés par aucun parti en France. Dès lors, ne prenons pas en exemple la politique de l'emploi de ces pays: personne en France n'est prêt à agir ainsi.

De même, contrairement aux discours enflammés de l'extrême droite, personne n'exclura tous les étrangers du marché du travail, puisqu'on se retrouverait immédiatement avec des millions d'étrangers interdits de travailler et pourtant en situation régulière. Quant à l'accueil des demandeurs d'asile, il obéit à des conventions internationales, que la France applique déjà de façon extrêmement restrictive.

En réalité, en France, les modèles allemand ou américain ne sont pas applicables. Notre pays préfère des chômeurs bien payés à des travailleurs mal payés. C'est de ce principe qu'il faut débattre: veut-on le maintenir explicitement ou le remettre en cause?

Cinq réformes

Sans employer les moyens extrêmes évoqués plus haut, il serait possible de réduire significativement, et très rapidement, le chômage de masse, sans dépense nouvelle. Il conviendrait pour cela d'associer les cinq réformes suivantes, indissociables:

  • 1. Tout chômeur sans formation engagé par une entreprise doit être payé par elle à hauteur de 80% du smic; le reste du salaire, qui doit être au moins égal au smic, étant payé par les budgets de la formation permanente, puisque cet emploi est aussi une formation.
  • 2. Tout chômeur ne doit pouvoir recevoir une allocation chômage que pendant un an. Cette allocation est plafonnée à 3 fois le smic mensuel, et seulement si le demandeur d'emploi suit une formation professionnalisante, financée aussi sur les fonds, largement gaspillés, de la formation permanente. Au bout d'un an, l'indemnité n'est maintenue pendant six mois supplémentaires que si le chômeur se trouve dans l'incapacité physique ou intellectuelle de prendre un emploi, quel qu'il soit, ou de créer une entreprise.
  • 3. Tout chômeur doit recevoir une formation et une incitation à créer une entreprise. Si son projet est viable, un financement doit lui être proposé.
  • 4. Toute indemnité accordée en cas de licenciement par l'employeur ou par les prud'hommes doit être limitée à six mois de salaire, plafonnée à 3 fois le smic mensuel, et intégralement déduite des allocations chômage versées ensuite.
  • 5. Toute entreprise ou personne recourant au travail au noir doit se voir infligée des amendes dissuasives.

Si ces mesures étaient appliquées avec constance et efficacité, dans un consensus national pour l'emploi, le chômage régresserait très vite, sans que cela coûte un euro de plus aux contribuables.

Pourtant, tout cela, on ne le fera pas; parce que trop d'intérêts s'y opposent: les patrons ne veulent pas qu'on touche aux ressources de la formation permanente réservées à leurs employés et au financement de leurs organisations; les syndicats croient défendre les salariés en maintenant à un niveau très élevé les coûts du licenciement; les partis politiques n'imaginent pas de proposer la réduction du moindre avantage acquis d'un électeur potentiel.

Pour réussir mieux encore, il faudrait aussi mettre en œuvre toutes les autres réformes que chacun sait nécessaire, mais que rendent impossibles des milliers d'intérêts catégoriels. On ne le fera pas sans révolution, plus ou moins violente.

Alors, qu'on ne prétende pas qu'en France la réduction du chômage est une priorité: le pays préfère vivre son lent déclin et laisser glisser toute sa jeunesse vers le chômage, le désespoir, l'exil, et les innombrables formes de l'extrémisme.

Cette chronique est initialement parue dans L'Express.

 

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