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Hollande le «bouclier» et Valls le «glaive»: le douteux parallèle historique de Jean-Christophe Cambadélis

Jean-Christophe Cambadélis dans l'émission Questions d'Info.

Jean-Christophe Cambadélis dans l'émission Questions d'Info.

En comparant le duo exécutif à un «bouclier» protégeant la France et à un «glaive» visant à la reconquérir, le premier secrétaire du PS emprunte aux pétainistes une théorie visant à réhabiliter le maréchal.

Ignorance de l'histoire politique française ou référence douteuse? Invité de Questions d'info, émission coproduite par France Info, LCP, l'AFP et Le Monde, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a respectivement comparé François Hollande et Manuel Valls à un «bouclier» et un «glaive», reprenant une métaphore utilisée après guerre par les partisans du maréchal Pétain.

«On s’apercevra à la fin du quinquennat que [François Hollande] est un homme qui a protégé les Français, y compris d’eux-mêmes», commence par dire Jean-Christophe Cambadélis. Jusque là, tout va bien, le chef du PS défend sa chapelle. Les choses se corsent quand les journalistes l'interrogent sur l'écart de popularité entre le Président et son Premier ministre, Manuel Valls, qui le devance par exemple de dix points dans le dernier baromètre Harris Interactive (40% contre 30%).

«François Hollande est un bouclier pour les Français et Manuel Valls est un glaive dans les réformes. Il coupe, il avance.» Déjà, la démonstration paraît floue (si François Hollande est le président protecteur, pourquoi n'est-il pas plus populaire que son Premier ministre?), mais là où le bât blesse vraiment, c'est que l'image du «glaive» et du «bouclier» a une histoire politique. Et elle appartient aux partisans du maréchal Pétain. 

Cette théorie visait à présenter le régime de Vichy comme une protection pour les Français face à l'occupant nazi (le «bouclier»), pendant que la Résistance extérieure emmenée par De Gaulle (le «glaive») préparait la libération du territoire. Reprise récemment par Eric Zemmour comme Jean-Marie Le Pen, elle appuyait l'idée d'une concertation entre Pétain en France et le général de Gaulle en Angleterre.

Un des meilleurs spécialistes de la France occupée, l'Américain Robert Paxton, rappelait en 1997, juste avant le procès Papon, que cette image avait été utilisée par Pétain lui-même pendant son procès: «J'ai été un bouclier pendant que de Gaulle a été une épée», s'était-il justifié. Paxton, dont les travaux ont été décisifs dans la prise de conscience de la politique de collaboration entre Vichy et l'Allemagne, soulignait que «Vichy espérait [...] que la France aurait une position importante dans l'Europe dominée par les Allemands, en tant que principale puissance coloniale et maritime.» Pas vraiment la même idée que  l'«épée» en question.

Jean-Christophe Cambadélis a-t-il fait ce parallèle à dessein ? Pour Pascal Riché, qui rappelle par ailleurs dans Rue89 que le premier secrétaire du PS s'était auparavant signalé par des propos «sans ambiguïté» sur la période, «il n’est pas interdit de s’interroger sur la perception inconsciente qu’il a de Manuel Valls et surtout de François Hollande...»

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