Partager cet article

La presse conservatrice britannique tremble devant l'homme au couteau entre les dents: Ed Miliband

Tabloïds britanniques Mikey via Flickr CC License by

Tabloïds britanniques Mikey via Flickr CC License by

Les médias conservateurs du Royaume-Uni s'affolent devant l'incertitude du résultat du scrutin, à la veille du grand rendez-vous.

34% pour le parti conservateur en 33% pour le parti travailliste dans le dernier sondage de la BBC, en date du 2 mai, 33% à égalité dans le Poll of Polls (le «sondage des sondages» qui, comme son nom l’indique, synthétise les résultats des différents instituts britanniques) réalisé par le site de la campagne le 6 mai, les élections générales anglaises s’annoncent serrées. Il semble peu probable d’ailleurs que travaillistes ou tories parviennent à constituer une majorité à eux seuls. C’est aussi l’avis du patron de presse Rupert Murdoch qui ne manque pas de souligner dans un tweet cette incertitude historique.

«Les sondages britanniques prédisent le résultat le plus serré jamais enregistré, suivi par des mois d’instabilité à moins d’un improbable report de voix de dernière minute sur Cameron.»

Si on ne peut oublier que l'homme d'affaires pense sans doute au tirage de son tabloïd, le Sun, en tirant la sonnette d’alarme sur les réseaux sociaux, on sent une certaine fébrilité chez cet Américano-Australien de 84 ans, proche des conservateurs.

Le Sun, justement, se fait l’écho de l’inquiétude qui monte en territoire tory. Dans son édition en ligne, la rédaction publie un article ainsi titré «Sauvez notre bacon: Repoussez Ed!» (accès payant), assorti d’une photo qui avait fait beaucoup de mal au candidat des travaillistes, Ed Miliband: on voit celui-ci manger maladroitement et sans trop d’élégance un sandwich au bacon. Derrière son épaule,  le Sun a rajouté une photo peu flatteuse de Nicola Sturgeon, chef de file des indépendantistes écossais (Scottish National Party, ou SNP) dont le score pourrait faire le jeu du centre-gauche et l’aider à former une majorité à la Chambre des communes. 

C’est d’Ecosse que vient le principal danger pour le gouvernement conservateur sortant: la province du nord du Royaume-Uni dispose de 59 sièges à la chambre basse du Parlement britannique et de bons résultats du SNP, qui cherche une alliance avec les travaillistes, seraient une nouvelle de poids pour le parti d’Ed Miliband.

Ce scénario est d’ailleurs qualifié de «cauchemardesque» par le Daily Mail, qui propose son propre guide du «vote tactique», procédé dont nous vous avions parlé.

«Pour des millions de gens, le cauchemar serait de voir une administration travailliste minoritaire mais appuyée par le SNP –qui réclame de creuser la dette de 148 milliards de livres pour augmenter les dépenses et la protection sociale», glapit le journal.

C’est d’ailleurs le volet économique qui suscite la plus grande peur de la presse de droite. Il y a quelques jours, le Telegraph publiait la lettre ouverte de gérants de 5.000 sociétés réclamant la poursuite de la politique économique de Cameron et de son chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances) George Osborne.

Selon The Guardian (classé à gauche), la publication serait bidon et télécommandée par le bureau central du parti conservateur. Qu’importe, l’important est de faire passer Ed Miliband pour «Red Ed», une variation sur le vieux thème de l’homme au couteau entre les dents.

Capture d'écran de la lettre ouverte des entrepreneurs parue dans le Daily Telegraph, le 27 avril.

Le réveil de la presse conservatrice

The Guardian s’emporte et pointe l’inefficacité des campagnes outrancières des journaux conservateurs. Evoquant la persistance des tabloïds à baptiser Miliband «Red Ed», Ivor Gaber écrit:

«Leur échec à trouver une quelconque résonnance auprès de la femme ou de l’homme du pub ou des cafés s’est révélé l’un des aspects les plus édifiants de leur campagne.»

Pour lui, les élections générales de 2015 marquent cependant le réveil des médias conservateurs.

«Depuis vingt ans et le début du leadership de Blair sur les travaillistes, certains d’entre nous ont pu penser que la bête furieuse (la presse conservatrice) était morte, mais ce n’était pas le cas –elle dormait à peine, réveillée à présent par le spectre d’une victoire du Labour (sous une forme ou sous une autre).»

Une nouvelle offensive donc, mais peut-être d’une ampleur largement supérieure à ce qu’avait pu connaître le Royaume-Uni en 1992.

Cette année-là, après un règne de onze ans de Thatcher et deux ans de gouvernement Major, on pense que la victoire ne peut pas échapper aux travaillistes de Neil Kinnock. Le jour même de l’élection, le Sun part tellement perdant qu’il titre: «En cas de victoire de Kinnock aujourd’hui, que la dernière personne à quitter la Grande-Bretagne éteigne la lumière», baroud d’honneur du soutien du tabloïd en faveur d’un quatrième succès consécutif des conservateurs aux élections générales depuis 1979. 

Surprise: Neil Kinnock est finalement battu et John Major prolonge son bail au 10, Downing Street, résidence des Premiers ministres britanniques. Bien que la part prise par le Sun dans l’issue de cette bataille politique soit incertaine, il n’hésite pas à fanfaronner en une le lendemain: «C'est le Sun qui a gagné!»

La presse conservatrice table à présent sur un bis repetita. 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte