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Comment les médias ont faussement associé un lycée texan pro-abstinence à une épidémie de chlamydia

Attention aux infections sexuellement transmissibles | Pedro Figueiredo via Flickr CC License by

Attention aux infections sexuellement transmissibles | Pedro Figueiredo via Flickr CC License by

Cet article est une mise à jour d'un premier article paru le 6 mai et titré «Épidémie de chlamydia dans un lycée texan qui prône les bienfaits de l'abstinence». Comme nous l'expliquons ci-dessous, cette information était largement exagérée.

C'était l'histoire parfaite pour dénoncer l'hypocrisie du discours pro-abstinence: une épidémie de chlamydia dans un lycée texan dont les cours d'éducation sexuelle mettent l'accent sur les bienfaits de l'abstinence.

Toute la presse avait relayé l'affaire en s'amusant de cette coïncidence, y compris Slate.com et nous-mêmes, à Slate.fr. Mais il s'avère qu'au lieu des vingt cas d'infection mentionnés dans un premier temps par Jim Rumage, le directeur du lycée, il n'y en avait que quatre.

Le directeur a donné le chiffre de 20 à une télévision locale, en citant des autorités médicales de la région. «Le directeur du lycée de Crane a confirmé vingt cas de chlamydia», pouvait-on lire sur le site local de CBS.  Sur 300 élèves, cela faisait beaucoup, et c'était assez pour officiellement parler d'épidémie.

Les autorités scolaires avaient même envoyé une lettre pour informer les parents que plusieurs cas de chlamydia avaient été détectés. «Le nombre de cas dans les comtés de Crane et Upton est important», pouvait-on lire.

Après que cette information est devenue virale sur Internet, The Guardian a contacté les experts de santé publique de l'Etat, qui ont dit ne pas savoir d'où Rumage avait sorti le nombre de 20 infections avérées.  

Quelques jours plus tard, Rumage a en effet expliqué à une autre télé locale:

«Ils ont testé de nombreuses personnes, mais ils n'avaient pas encore eu les résultats, et nous avons mal compris de quoi il s'agissait

Trop tard. Dans les médias et plus largement sur Internet, la ville était déjà devenue le symbole des méfaits de l'éducation pro-abstinence. Ce malentendu a changé la réputation de Crane et de ses 3.685 habitants: sur Google.com, une recherche des mots lycée Crane et Texas (en anglais) mène à deux articles sur les chlamydia dès la première page.

Interviewé par le magazine Vice, le professeur de musique de l'école a décrit la situation sur place:

«Tout cela a été très perturbant pour les lycéens et les habitants… Certains de nos élèves ont commencé à être méchants et à s'accuser les uns les autres sans aucune preuve. Maintenant, la ville et les élèves tentent de faire front ensemble en disant: non ce n'est pas vrai, et nous allons restés unis. Ça a été très douloureux.»

Sur Facebook, quelques parents ont commencé à poster des messages positifs sur la ville avec le hashtag #liftingupcrane (élever Crane).

Jusqu'ici, l'école avait un programme d'éducation sexuelle pro-abstinence trois jours par an, mais depuis les 4 cas avérés de chlamydia (et la fausse épidémie), certains ont évoqué le besoin d'avoir plus de leçons sur le sujet.

Vice a interviewé Jose Medina, le porte-parole d'une association qui lutte contre l'emprise conservatrice dans les écoles du Texas:

«Selon nos recherches, très peu de districts scolaires enseignent l'éducation sexuelle, et ceux qui sont pro-abstinence donnent des informations trompeuses, par exemple de faux chiffres sur le taux de préservatifs qui craquent.»

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