Partager cet article

Jean-Luc Godard aime mieux dire «“Je suis Charlie”, du verbe “suivre”»

Détail de la une du numéro 30 de SoFilm.

Détail de la une du numéro 30 de SoFilm.

Dans un entretien à SoFilm, le cinéaste revient sur les attentats de janvier et rend hommage à l'économiste Bernard Maris, qu'il avait fait tourner.

Un entretien avec Jean-Luc Godard, c'est toujours la promesse d'aphorismes fulgurants et de réflexions stimulantes. Celui réalisé par Thierry Lounas dans le dernier numéro du magazine SoFilm, en kiosques le 7 mai, ne fait pas exception à la règle. Inévitablement, le cinéaste est interrogé sur l'actualité, et sur les attentats qui ont endeuillé la France en janvier. Alors, JLG est-il Charlie?

«Tous les gens disent comme des imbéciles: Je suis Charlie.” Moi, j’aime mieux dire: Je suis Charlie, du verbe suivre. Et je le suis depuis quarante ans. [...] C’est mieux de suivre que d’être.»

Le cinéaste avait fait tourner Bernard Maris, tué dans l'attaque terroriste contre l'hebdomadaire, dans son avant-dernier long métrage, Film Socialisme (2010). «Godard a lu mes livres et m'a contacté pour faire partie des figures de son film [...], déclarait alors l'économiste à L'Express. [C'] est un type adorable, humain et plein d'humour.» Au début du film, sur l'image d'un cours d'eau, on entendait Maris dialoguer avec une voix féminine: «L'argent est un bien public. – Comme l'eau alors? – Exactement.»


«Après, je ne l’ai jamais revu. C’était un homme honnête, et comme tous les gens honnêtes, il tremblait quand il jouait», déclare aujourd'hui Godard à SoFilm. Plus loin, il a cette réponse belle et étrange où, en quelques lignes, il ramasse les attentats, sa propre santé et celle d'un autre géant du cinéma dont il ne savait pas qu'il allait bientôt disparaître:

«Après les attentats de Charlie, j’ai eu une espèce d’attaque dans la colonne vertébrale, je viens de passer un mois et demi à l’hôpital. Il y a beaucoup de choses qu’on ne fait plus, cela n’a rien d’extraordinaire. Oliveira par exemple, il a fait de belles choses et, petit à petit, il ne peut plus. Il voudrait, il continue, on l’aide mais il se force, ça fait de la peine.»

Godard a plusieurs fois fait part de son intérêt pour Charlie Hebdo. «À des moments, Libé et Charlie Hebdo sont les Radio Londres, les Voix de la France», lançait-il en 1998 à Libération. Ou encore«Les meilleurs journalistes qui existent sont les trois ou quatre dessinateurs de Charlie Hebdo. Car alors, l'œil et la main participent de la même manière au processus de fabrication.» En 2012, au moment de l'affaire du film L'Innocence des musulmans, le dessinateur Luz avait caricaturé dans Charlie Hebdo le cinéaste en train de filmer le prophète Mahomet, fesses à l'air, lui lançant la célèbre réplique de Bardot à Piccoli dans Le Mépris: «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses?»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte