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«Bas les pattes»: d’autres témoignages sur le sexisme ordinaire en politique

Le bâtiment de l'Assemblée nationale française, sur les bords de Seine à Paris. | Véronique PAGNIER via Wikimedia Commons CC License by

Le bâtiment de l'Assemblée nationale française, sur les bords de Seine à Paris. | Véronique PAGNIER via Wikimedia Commons CC License by

Après leur tribune dans les colonnes de Libération, des femmes journalistes ont détaillé ce que couvrir la politique (et côtoyer des hommes politiques aux remarques et comportements déplacés) signifiait.

Lundi 4 mai, le journal Libération mettait en ligne une tribune signée par plusieurs dizaines de femmes journalistes politiques de différents médias français. On pouvait y lire le récit de leur quotidien, parsemé des remarques sexistes d’hommes politiques, que ce soit dans la salle des quatre colonnes à l’Assemblée nationale ou lors de déplacements officiels.

«Dans une usine visitée au pas de course, c’est un ministre qui s’amuse de nous voir porter des chasubles bleues réglementaires et glisse que “ce serait mieux si vous n’aviez rien en dessous”. Ou un conseiller ministériel qui demande, au retour des vacances, si nous sommes “bronzée vraiment partout”.»

Ces moments sont loin d’être isolés, poussant ces journalistes à prendre la parole, indignées par «les contraintes du sexisme ambiant: pas de tête-à-tête ou le moins possible, des tenues passe-partout et une vigilance permanente pour conserver le vouvoiement afin de maintenir ainsi la bonne distance entre un journaliste et son sujet».

Un même quotidien

Certaines de ces journalistes ont ensuite pris la parole sur d’autres médias, pour relayer la tribune et raconter un peu plus leur quotidien. Laure Bretton, journaliste à Libération, était l’invitée du 5-7 de France Inter mardi 5 mai pour expliquer cette démarche et donner plus de détails sur son vécu en tant que journaliste politique:

«Cela va de l'inoffensif texto qui nous propose de discuter de l’actualité ou du sujet que l’on prépare autour d’un dîner plutôt qu’un déjeuner à des attitudes et des comportement complètement déplacés, comme les mains baladeuses, les commentaires sur la façon dont on s’habille, les réflexions lors d’une conférence de presse devant l’intégralité du gouvernement ou du reste de la presse: “Ça c’est une question de femme!” ou “Est-ce que vous comprenez vraiment la finance internationale?”.»

Cela va de l'inoffensif texto qui nous propose de discuter de l’actualité autour d’un dîner aux mains baladeuses

Laure Bretton, journaliste à Libération

Sur son blog, la journaliste Lénaïg Bredoux évoque de son côté les difficultés qu’entraîne ce genre de comportement dans son propre travail. Elle explique notamment avoir dû renoncer à contacter certaines sources par peur de créer une ambiguïté qui n’existe pas:

«Oui, sous couvert de compliments, j’ai parfois rougi comme une pivoine et je n’ai pas su où me mettre. Je m’en suis sentie mortifiée, comme renvoyée à ce que je suis : une femme, en ce qu’elle reste dominée, inférieure, silencieuse. Oui, parfois, j’ai évité de rappeler certaines sources parce que je craignais d’entretenir une ambiguïté que je ne recherchais pas. Oui, j’évite certains rendez-vous tardifs pour la même raison. Non, ce n’est pas systématique –heureusement!»

Le blog du Monde Big Browser a également demandé à sa journaliste Hélène Bekmezian, qui couvre l'actualité du Parlement, d’expliquer pourquoi elle et d’autres journalistes ont décidé de publier cette tribune. Ses collègues de Libération «savaient que beaucoup de femmes journalistes politiques de terrain partageaient à peu près le même quotidien et, en passant des coups de fil à plusieurs d’entre elles –dont [elle]–, cela s’est confirmé».

Elle répond également aux critiques qui leur reprochent de ne pas dénoncer les politiques machistes. Il fallait, selon elle, «ne pas en faire une histoire de personnes et ne pas braquer les projecteurs sur tel ou tel responsable». Big Browser note que, dès la publication de l’article, beaucoup de politiques ont exprimé leur soutien, essentiellement des femmes. 

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