Économie / Life

Comment réussir son évasion fiscale

Temps de lecture : 2 min

Ouvrir un compte en Suisse, ce n'est pas si simple.

Bercy s'est procuré fin août une liste de 3.000 contribuables français détenant des comptes bancaires en Suisse, pour un montant de trois milliards d'euros. La première question qui vient à l'esprit concernant ces fraudeurs est: comment ont-ils fait?

Si vous désirez ouvrir un compte en Suisse, ce n'est pas si simple. Vous êtes un particulier, et vous n'avez aucune intention de payer des impôts; vous vous dites: la Suisse, c'est pas si loin, ils ont des pistes de ski sympas, et le secret bancaire est garanti par la loi depuis 1934. C'est plus pratique que les îles Caïmans et le Bélize.

Etape numéro 1: Trouver un parrain. Il faut être recommandé, c'est beaucoup plus simple, parce que les banques suisses sont extrêmement vigilantes sur les personnes qui ouvrent des comptes. Vous avez bien, dans vos amis, un riche fraudeur fiscal déjà connu des banques suisses? Vous faites marcher vos réseaux, vous lui demandez gentiment: entre fraudeurs, on s'entre-aide.

Etape numéro 2: Départ pour la Suisse, vous ouvrez votre compte. Même avec votre recommandation, votre identité est passée au peigne fin. Votre argent doit être sale, mais pas trop. Il ne doit pas venir de la drogue, du grand banditisme, de la prostitution ou du terrorisme. Le mieux, c'est si vous l'avez gagné légalement, légitimement, et que vous ne voulez simplement pas le déclarer. Par exemple: vous êtes galeriste, vous avez vendu vos toiles normalement, on vous a payé en liquide, ou en chèque. Simplement vous préférez que vos gains dorment de l'autre côté des Alpes plutôt qu'à Bercy. Là, les banques suisses vous ouvrent grand les bras. Mais elles auront auparavant vérifié que votre nom est bien votre nom, que votre galerie existe à l'adresse indiquée, que l'acheteur du tableau est réel, et qu'il vous a versé la somme indiquée: que vous n'avez rien inventé (qui sait si vous êtes un journaliste en pleine investigation?).

Etape numéro 3: Déposer de l'argent sur le compte. Une fois que ce compte est ouvert, c'est simple. L'acheminer dans des valises (en portant un imper noir et un chapeau): c'est une mauvaise idée. D'abord vu le taux de rémunération des banques helvétiques, autant laisser l'argent sous votre matelas, ça ne changera pas grand chose. Ensuite vous l'aurez à disposition. Vous pouvez renflouer votre compte par virement: vous donnez le numéro de votre compte suisse à votre débiteur: il aura probablement un numéro plutôt qu'un nom, c'est l'avantage des comptes suisses (ou c'était leur avantage, jusqu'à ce que les banques suisses décident de coopérer avec la France). Ou vous déposez un chèque. Evidemment, ne soyez pas bête: pas de virement depuis vos comptes français sur votre compte suisse, on verra les mouvements au moindre contrôle fiscal.

Etape numéro 4: Laissez reposer votre argent. Allez une ou deux fois par an en Suisse, voir votre compte, et de temps en temps, rapportez-en quelques liasses pour profiter. Vous pouvez les ramener en billets, si vous ramenez moins de 10 000 euros. Vous pouvez prendre 9 999 euros, le douanier ouvrira vos valises: vous êtes en règle. S'il vous pose quand même des questions, dites que vous avez gagné cet argent au jeu (il y a des casinos en Suisse). Ne la lui faites pas trop souvent, il pourrait se poser des questions. Et pensez bien à vérifier que vous n'avez pas quelques centimes qui traînent dans vos poches: s'ils s'additionnent à vos valises de billets pour faire 10.001 euros, vous êtes cuits.

Etape numéro 5: achetez des somnifères, vous pourriez avoir du mal à dormir.

Un immense merci à Marc Bornhauser, avocat fiscaliste et administrateur de l'IACF, institut des avocats conseils fiscaux.

Charlotte Pudlowski

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Image de Une: des bureaux de l'UBS à Zurich   Arnd Wiegmann / Reuters

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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