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Journaliste, à quel prix!

Devant RFI, en novembre 2013, après la mort de Claude Verlon et Ghislaine Dupont.

Devant RFI, en novembre 2013, après la mort de Claude Verlon et Ghislaine Dupont.

La multiplication des conflits place de plus en plus les journalistes en position de cibles, mais l’enjeu de la protection de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ne se limite pas à ces zones de tension. Par Annick Girardin, secrétaire d'État chargée du Développement et de la Francophonie.

En 2014, pas moins de 66 journalistes ont été tués, 853 arrêtés et 119 enlevés, selon l’ONG Reporter Sans Frontières. Sans compter les milliers de journalistes agressés, menacés ou contraints de fuir leur pays pour leur sécurité.

Le 3 mai, Journée mondiale pour la liberté de la presse, a été l’occasion de rappeler que les libertés d’expression et d’information, la liberté des médias, constituent un fondement essentiel de toute société démocratique, «la base de toutes les autres libertés» selon Voltaire.

Si la défense de la liberté de la presse est un combat permanent, cette journée est aussi, tristement, l’occasion de rendre hommage aux journalistes détenus, victimes de violences ou tués dans l’exercice de leur profession. Depuis 2008, 665 journalistes ont été assassinés et des centaines d’autres emprisonnés, parfois torturés.

L’actualité récente n’a cessé de rappeler que journaliste est un métier à haut risque. La rédaction décimée de Charlie Hebdo, en janvier dernier, nous l’a cruellement rappelé. Mais combien d’autres sont tombés avant eux? Gilles Jacquier, Rémi Ochlik, Olivier Voisin en Syrie, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes de RFI assassinés au Mali en 2013, Camille Lepage en Centrafrique. Comment ne pas évoquer également les disparitions de James Foley et Steven Sotloff, assassinés par Daech, ou encore de Sardar Ahmad, tué en Afghanistan? Comment ne pas évoquer aussi le sort de ces «fixeurs» qui aident les journalistes sur le terrain et payent parfois de leur vie leur engagement en faveur de la liberté de la presse?

Les conditions d’exercice de la liberté de la presse ont considérablement changé ces dernières années. Avec la multiplication des crises, les journalistes sont de plus en plus des cibles. Mais l’enjeu de la protection de la liberté d’expression et de la liberté de la presse n’est pas limité aux situations de conflit. La menace a aussi pris d’autres visages, ceux du terrorisme, comme l’a encore mis en lumière en France la cyber-attaque dont a été victime TV5. La menace vient aussi aujourd’hui de l’accroissement des mesures venant restreindre le champ de la liberté d’expression.

Au cœur de l'action diplomatique française

Dans ce contexte, la protection des journalistes et de la liberté d’expression et de la presse sont des enjeux majeurs que la France a placés au cœur de son action diplomatique.

La France défend la liberté de la presse à l’Onu, à l’Unesco, au Conseil de l’Europe, à l’OSCE. Elle appuie des résolutions qui protègent les journalistes et s’attaquent à l’impunité des crimes dont ils sont victimes. Faut-il le rappeler, 90% des crimes commis dans le monde contre les journalistes demeurent impunis. Pour sensibiliser les opinions publiques sur ce sujet, la France a obtenu à l’Assemblée générale des Nations unies la création d’une journée internationale pour «la lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes». Elle est célébrée chaque 2 novembre en mémoire de l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

Notre action pour défendre la liberté d’expression et d’opinion a des traductions concrètes dans notre politique de développement. Dans près d’une quarantaine de pays, la France travaille étroitement avec les ONG et la société civile, en appui direct aux journalistes en situation de risques, par le bais de nos actions de coopération menées avec Reporters sans frontières et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme.

C’est également dans cette même perspective que la France soutient la pluralité médiatique à travers l’action de l’agence française de coopération médias, CFI, qui accompagne les nouvelles générations de journalistes à travers le monde et contribue au soutien et au développement d’une presse professionnelle, plurielle et libre, indissociable des processus de démocratisation qui émergent.

Menaces nouvelles sur les cyber-journalistes

Aujourd’hui, les territoires nouveaux de l’espace numérique affolent les régimes les plus répressifs. Rendus plus vulnérables par des réseaux sous haute surveillance, les cyber-journalistes qui y opèrent font face à des menaces nouvelles. En Russie, en Biélorussie, en Chine, en Turquie, au Vietnam, en Erythrée… les blogueurs sont les premières victimes de la censure, du harcèlement, de l’enfermement, des persécutions judiciaires, jusqu'à parfois l’inadmissible peine capitale. A l’ère de l’information numérique, RSF relevait qu’en 2014, près de 40 net-citoyens et citoyens-journalistes ont été tués et quelque 130 blogueurs et net-citoyens ont fait l’objet d’une arrestation. Les droits et libertés fondamentales doivent être les mêmes dans le monde réel et dans l’espace virtuel. C’est pourquoi nous devons tout faire pour que la liberté d’expression soit reconnue et effective également sur internet.

Nous avons fait le choix, cette année, de placer cette journée mondiale pour la liberté de la presse sous le signe de la liberté d’expression sur internet dans le cadre d’une conférence-débat organisée au Quai d’Orsay le 5 mai en partenariat avec les professionnels du secteur, notamment Slate.fr, RFI, France 24, MCD-France Médias Monde, France Culture, TV5Monde et CFI et les ONG partenaires particulièrement actives comme RSF.

Après le formidable élan de solidarité internationale dont notre pays a bénéficié à la suite des attentats de janvier dernier, «nous devons nous tourner vers le monde qui s’est tourné vers nous et nous a tendu la main». Plus que jamais, la France a une responsabilité et un devoir de solidarité.

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