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Au hockey sur glace, les gardiens de but ont trouvé leur nouveau modèle: Carey Price

Carey Price aux Jeux d'hiver de Sotchi, le 19 février 2014, pendant le quart de finales Canada-Lettonie | REUTERS/Jim Young

Carey Price aux Jeux d'hiver de Sotchi, le 19 février 2014, pendant le quart de finales Canada-Lettonie | REUTERS/Jim Young

Les arrêts du Canadien paraissent faciles car il est toujours en bonne position avec à chaque fois la bonne réaction.

Les championnats du monde de hockey sur glace ont commencé, vendredi 1er mai, en République tchèque, et, comme toujours, il manque nombre des meilleurs joueurs de la planète, même si la star canadienne Sidney Crosby est, elle, bien là. En effet, ces Mondiaux coïncident traditionnellement avec les play-offs de la National Hockey League (NHL) qui consacreront, en juin, la meilleure équipe nord-américaine couronnée par la célèbre Coupe Stanley et ceux dont les clubs sont encore en course n’ont aucune chance de disputer ce Mondial.

Hélas, celui qui est peut-être actuellement le joueur le plus en forme de la ligue, ou au moins le plus en vue, ne sera donc ni à Prague, ni à Ostrava, villes hôtes de ces Championnats du monde auxquels participe l’équipe de France. En effet, Carey Price, gardien des Canadiens de Montréal, est trop occupé ces jours-ci à garder la cage de son équipe lors du deuxième tour des play-offs contre les Lightning de Tampa Bay.

Désigné parmi les trois finalistes en lice pour recevoir le Hart Memorial Trophy, décerné chaque année au joueur le plus utile à son équipe (Most Valuable Player) –récompense qui n’a plus été attribuée à un gardien depuis 2002– Carey Price, âgé de 27 ans, a tenu son équipe à bout de bras tout au long de la saison avec, au 1er mai, un pourcentage d’arrêts de 93,3% pour une moyenne de buts encaissés de 1,96. Sur la durée d’une aussi longue saison, ces statistiques le placent presque à hauteur du Tchèque Dominik Hašek, ancien gardien des Sabres de Buffalo, et récipiendaire à deux reprises du Hart Memorial Trophy, en 1997 et 1998.

Les gardiens «hybrides»

Selon les mots d’Eddy Ferhi, ancien gardien sélectionné de l’équipe de France, Carey Price est le symbole de «la nouvelle génération des gardiens hybrides».

«Il est très réactif dans un cadre technique très précis, détaille-t-il. Il est une bonne synthèse du joueur capable d’absorber des fondamentaux et de les répliquer en match tout en laissant libre cours à son instinct.»

Fabrice Lhenry, autre ancien gardien de l’équipe de France, estime que «Carey Price est l'aboutissement d'une technique spécifique maîtrisée à la perfection alliée à une vitesse d'exécution très rapide et contrôlée avec une excellente prise de décision du geste pour effectuer l'arrêt sans oublier une sérénité à toute épreuve, une grande force mentale et de concentration».

93,3%

Poucentage d'arrêts de Carey Price au 1er mai 2015

Eddy Ferhi et Fabrice Lhenry remarquent tous les deux que les arrêts du Canadien paraissent faciles car il est toujours en bonne position avec à chaque fois la bonne réaction.

Dans l’histoire du hockey sur glace, deux écoles de gardiens se sont plus ou moins affrontées ou complétées à travers le temps.

Il y a les instinctifs au style plus «sauvage» notamment très présents dans les pays du nord de l’Europe à l’image du Finlandais Pekka Rinne, actuel gardien des Predators de Nashville. «Avec ses arrêts sur le dos, la tête à l’envers, on a du mal à comprendre à ce qu’il fait», résume, dans un sourire, Eddy Ferhi.

A l’inverse existent donc des gardiens plus techniques, souvent Nord-américains, pétris de rigueur et souvent inspirés par le célèbre style papillon qui a imprégné la formation de nombreux «goalies». Cette «méthode» été véritablement théorisée par François Allaire, un entraîneur québécois, qui a notamment «fait» en partie Patrick Roy, l’un des plus grands gardiens de l’histoire, vainqueur de quatre Coupes Stanley, deux avec les Canadiens de Montréal en 1986 et 1993 et deux avec les Avalanche du Colorado en 1996 et 2001.

Le constat de François Allaire avait alors été le suivant. Les gardiens étaient très éloignés de leur centre de gravité dans leurs interventions. Plutôt que de déplacer leur corps face au palet, ils avaient plutôt tendance à opposer un gant, un patin ou une crosse. En termes de couverture d’espace, ils n’étaient pas très bons.


 

A partir de là, le gardien est un devenu un mur mouvant –alors qu’il était jusque-là ancré dans le sol en se contentant de ses outils (crosse, mitaine, patin) pour contrer le palet– avec cette particularité qu’il devait désormais jouer au maximum à genoux, les jambières sur la glace en évitant les gestes superflus et en prenant le plus de place possible dans les buts comme un bloc.

Selon les statistiques de l’époque, environ 70% des buts étaient, il est vrai, marqués à ras de la glace. Dans le jargon du hockey, le «butterfly» a remplacé le «stand-up» (position debout). «Mais, hélas, le jeu, à la longue, s’est stéréotypé, presque robotisé avec ce style que Patrick Roy a littéralement diffusé, malgré lui, à travers la jeunesse canadienne même s’il y avait des détracteurs à ce style», reconnaît Eddy Ferhi, lui-même «disciple» de François Allaire. En passant une bonne partie de son temps les genoux au niveau de la glace, il y avait, après tout, de la place pour les tirs en hauteur.

Une agilité de chat

Aujourd’hui, les gardiens de but sont devenus plus complets parce que les tireurs ont su, avec le temps, trouver les lucarnes plus souvent. L’évolution du matériel, et des crosses notamment, a favorisé cette évolution du jeu (aujourd’hui, 62% des buts sont marqués avec des tirs au ras de la glace et 38% dans le haut du filet), les joueurs continuant à s’adapter en permanence.

«Tous les gardiens sont maintenant capables d'effectuer des glissades en position papillon, ce qui leur permet, après un arrêt en papillon, auquel il laisse un rebond, de se déplacer à genoux et d'être encore en face du lancer suivant pour effectuer un arrêt, complète Fabrice Lhenry. Ils sont capables également de se relever en exerçant une poussée verticale simultanée des deux jambes pour se retrouver directement en position de base.»

C'est fini le temps du «petit gros» qui servait de gardien

Fabrice Lhenry

La souplesse soutient tout cet équilibre car les gardiens, qui mesurent en majorité autour de 1,90m, font preuve aujourd’hui d’une agilité de chat en dépit de leur haute stature. «Leur grande taille leur permet désormais de défendre le haut du filet en position à genoux, ajoute Fabrice Lhenry. C'est fini le temps du “petit gros” qui servait de gardien.» «Les gardiens sont devenus des experts jongleurs», juge Eddy Ferhi.

Martin Brodeur, autre grand gardien qui a succédé à Patrick Roy dans le cœur des Canadiens avec trois Coupes Stanley à son palmarès pour les Devils du New Jersey, a fait partie des gardiens qui ont su à l’intersection du nouveau siècle user de leur propre approche, alors qu'il cherchait à rester debout, tout en utilisant le papillon dans les moments propices.

En essayant de se renouveler en permanence, il a réussi à durer jusqu’à l’âge de 42 ans (sa retraite a été annoncée en janvier) en se remettant en cause en permanence comme a su se réinventer le Français Cristobal Huet qui, à presque 40 ans, reste très compétitif. L’ancien gardien des Canadiens de Montréal, qui était alors en concurrence avec un certain Carey Price, et des Blackhawks de Chicago, avec qui il remporta la Coupe Stanley en 2010, joue encore à Lausanne, en Suisse, et fait partie de l’équipe de France à l’occasion des Mondiaux tchèques qui sont les treizièmes de sa carrière. Fabrice Lhenry, qui vient de s’arrêter aussi à 42 ans, admet que le joueur qu’il était hier n’avait plus rien à voir avec ce qu’il était devenu jusqu’à récemment. «C’est un poste de passion où il faut rebattre les cartes en permanence», conclut-il.

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