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Les morts vivants existent, on les a rencontrés

Cimetière américain des Pays-Bas, le 3 janvier 1997 Reuters/Arnd Wiegmann

Cimetière américain des Pays-Bas, le 3 janvier 1997 Reuters/Arnd Wiegmann

«Je suis allée à Mexico pour rencontrer les vrais morts vivants»: c'est ainsi que commence l'article d'une journaliste sur la plateforme Medium, qui s'est rendue dans un hôpital psychiatrique de la capitale mexicaine pour rencontrer des patients atteints d'un trouble rare: le syndrome de Cotard. 

Si ce syndrome évoque facilement les morts vivants pour les profanes, les médecins se servent aussi de cette analogie: «S'il y a jamais eu un syndrome qui puisse expliquer ce que l'on ressent quand on est un zombie, l'illusion de Cotard est ce syndrome» écrivent ainsi Timothy Verstynen et Bradley Voytek, dans leur ouvrage Do Zombies Dream of Undead Sheep: A Neuroscientific View of the Zombie Brain. (Les zombies rêvent-ils de moutons vivants: une vue neuroscientifique du cerveau zombie).

L'article de Medium précise: 

«Les patients qui en sont atteints ont un coeur qui bat et un pouls, mais ils nient leur propre existence et la fonctionnalité de leur corps, de leurs organes, ou de leur cerveau. Ils pensent que leur moi est détaché»

L'article raconte notamment l'histoire de Rafael, 76 ans et de sa femme Gisela. 

Gisela raconte qu'elle a commencé à sortir avec Rafael il y a bien longtemps: elle avait 15 ans. C'était un homme passionné, qui adorait débattre, qui décrocha plus tard un master d'ingénierie chimique et un doctorat d'économie. Mais il y a 10 ans il s'est mis à perdre son énergie, ses envies. 

«En octobre dernier Rafael s'est mis à parler du fait qu'il ne se sentait pas dans ce monde. Il se plaignait de l'obsolescence de ses reins et de ses organes.

«Est-ce que tu as mal à l'estomac?» demandait alors Gisela.

Il répondait qu'il n'avait pas d'estomac. (...)

Le jour des morts, fête mexicaine qui célèbre les proches décédés, il s'est mis à demander pourquoi sa photo n'était pas sur la table, dans le sanctuaire commémorant les morts. Il pensait qu'il aurait dû recevoir des offrandes de nourriture et de tequila.

Et puis il s'est mis à parler de suicide.»

Aux Etats-Unis, récemment, un cas de syndrome de Cotard a aussi été évoqué dans les médias: celui d'Haley Smith, 17 ans, habitante de l'Alabama qui au moment du divorce de ses parents s'est mise à ressentir des choses bizarres. En plein cours elle rentre chez elle car elle se sent mal:

«En rentrant chez moi, je me suis dit que j'allais visiter le cimetière, pour me rapprocher d'autres personnes mortes elles aussi", raconte-t-elle.

La sensation de mort durera trois ans.

A l'occasion de ce récit dans les médias, en janvier dernier, le psychanalyste German Arce Ross, qui a suivi des patients atteints de ce syndrome, expliquait au Plus: 

Je me souviens d’une patiente qui me disait:

"Je n’ai pas de cerveau ni d’estomac. Appelez-moi ‘Madame Rien’".

Ce vide peut s’expliquer par la trame de vie de chaque individu. La particularité de ce syndrome, c’est qu’il n’est pas déclenché par un traumatisme, mais au contraire, par un non-évènement.

Cette patiente, par exemple, a eu des parents très peu présents. Ils n’étaient pas violents, agressifs ou méchants, mais ils ne s’occupaient simplement pas beaucoup d’elle. 

Même si ce ne sont pas des traumatismes visibles, ces non-évènements peuvent laisser de fortes négativités dans le récit de vie de chacun.

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