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Correspondants à l'étranger: «Nous sommes journalistes, mais nous sommes fatigués»

Temps de lecture : 2 min

Dans la banlieue Sud de Beyrouth après une explosion, le 23 juin 2014. REUTERS/Mohamed Azakir
Dans la banlieue Sud de Beyrouth après une explosion, le 23 juin 2014. REUTERS/Mohamed Azakir

Anais Renevier, journaliste basée à Beyrouth, qui a notamment travaillé pour TV5 Monde, a publié sur son blog une note expliquant pourquoi elle s'apprête à quitter le Liban. Et dans cette note, elle résume les difficultés auxquelles sont souvent confrontés les correspondants à l'étranger en général, et au Liban en particulier.

La journaliste a gagné en moyenne 800€ par mois pendant trois ans, dans un contexte où les loyers ont triplé entre 2012 et 2015 en raison de l’afflux de réfugiés syriens; elle explique avoir été «joignable 24h/24, 7 jours sur 7: l’info n’attend pas», avoir été «prise dans des tirs croisés de snipers et une fois pourchassée par un hélicoptère du régime syrien». Et poursuit:

«Nous sommes journalistes, mais nous sommes fatigués. Je ne compte plus les soirées autour d’une bouteille de vin où l’on s’est dit que l’on allait arrêter, ou au moins faire les choses différemment. Je ne compte plus ces anecdotes partagées avec résignation… Tel rédacteur en chef a refusé un sujet sur les réfugiés syriens parce que «ça n’intéresse plus». Tel autre, qui se souvient que tu existes environ deux fois par an et t’appelle de bon matin pour te demander si tu es «disponible pour un direct». Oui oui, dis-tu à moitié endormie en t’attendant à avoir au moins une demie heure devant toi pour préparer ton sujet. «Alors tu es à l’antenne dans 3 minutes» te répond-on en te transférant immédiatement en régie. Tel secrétaire de rédaction aura pour sa part changé le titre de ton article, sans se rendre compte qu’il peut te mettre en danger. A un mot près, tu peux devenir «anti-ci» ou «pro-ça». Un terme mal utilisé, et c’est un contact précieux qui te claque la porte au nez, ou un responsable de la sûreté générale qui y regardera à deux fois avant de renouveler ton visa.

Ce genre de coups de gueule de reporters de guerre se multiplient ces dernières années. En juillet 2013, une reporter de guerre italienne, Francesca Borri, rapportait par exemple ses conditions de travail en Syrie dans un article de la même tonalité:

«Que vous écriviez depuis Alep, depuis Gaza ou depuis Rome, les rédacteurs en chef ne font pas la différence. Vous êtes payé le même prix: 70 dollars l'article. (...) [Or]

dormir dans une base rebelle, sous les tirs de mortier, sur un matelas ou par terre, avec une eau jaune qui m'a donné le typhus, coûte 50 dollars la nuit; une voiture coûte 250 dollars la journée. Donc vous finissez par maximiser plutôt que minimiser les risques.»

Comme le résumait Grégoire Fleurot dans le titre d'un des ses articles sur Slate, à la mort de James Foley, en août 2014: «être reporter de guerre, c'est risquer sa vie pour des gens qui n'en ont rien à faire (ou ne vous croient pas)».

Il citait alors Tom A. Peter, journaliste freelance, qui avait passé sept ans à couvrir des conflits au Moyen-Orient et en Afghanistan, brièvement enlevé à Alep en novembre 2012, et qui avait décidé de raccrocher:

«Même si vous aimez le métier, il est difficile de ne pas être rongé par un boulot qui nécessite parfois que vous risquiez votre vie pour des lecteurs qui se demandent si vous ne supportez pas tous ces désavantages et ces risques simplement pour promouvoir vos idées cachées».

Une première version évoquait par erreur les «reporters de guerre» au lieu des correspondants à l'étranger.

Slate.fr

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