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Il y a vingt ans mourait Brahim Bouarram, poussé à la Seine en marge du défilé du 1er mai du FN

Brahim Bouarram. REUTERS/Ho New.

Brahim Bouarram. REUTERS/Ho New.

Il y a vingt ans, le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, un jeune Marocain de 29 ans, mourait noyé dans la Seine en crue après y avoir été poussé depuis le pont du Carrousel (Ier arrondissement) par des skinheads champenois échappés du traditionnel défilé du FN. Plusieurs hommages à sa mémoire étaient prévus ce 1er mai 2015.


A l'issue de ce que Libération avait qualifié de «procès sur le fil du rasoir, oscillant sans cesse entre la responsabilité pénale des accusés et celle, morale, du Front national», l'accusé principal, qui affirmait avoir donné une gifle à Brahim Bouarram, qui serait tombé accidentellement à l'eau (fait démenti par des témoins), avait écopé de huit ans de prison devant la cour d'assises de Paris en 1998. Deux de ses trois coaccusés, jugés pour non-assistance à personne en péril, avaient écopé de cinq années de prison dont quatre avec sursis, et le dernier accusé de un an ferme.

«Le message que renvoie ce parti, ces jeunes gens le prennent au pied de la haine, au pied de la lettre, puis le renvoient à leur tour, brut et violent», avait jugé l'avocat général, Philippe Bilger. Plusieurs des accusés avaient collaboré au service d'ordre du FN (qui avait fourni des informations à la police au vu des images vidéo de la queue de cortège) ou étaient sympathisants de l'organisation d'extrême droite l'Œuvre française. Comme le rappelle le site Yagg, les accusés avaient aussi tenu des propos homophobes peu avant les évènements, lançant des cris comme «Menaces sidaïques» à proximité de «cette partie des quais de la Seine» connue comme «un grand lieu de drague homo».

12.000 personnes avaient manifesté deux jours plus tard à Paris et François Mitterrand, encore président de la République pour quelques jours, avait jeté une gerbe à l'eau près du lieu du crime. «Je regrette qu'un malheureux se soit noyé, mais dans une agglomération de 10 millions d'habitants, ce genre de fait divers peut toujours se produire, ou même être créé à volonté», avait déclaré immédiatement après les faits Jean-Marie Le Pen, qui venait de recueillir 15% des suffrages au premier tour de la présidentielle et n'a eu de cesse de voir dans cet «accident» une provocation ou une manipulation dirigée contre son parti. En 2011, avant de laisser la présidence du FN à sa fille, il avait lancé lors d'un discours: «Aujourd’hui, une plaque commémore cet événement. Nous aimerions qu’il en soit ainsi pour chaque Français assassiné!»

L'affaire Brahim Bouarram était survenue deux mois après la mort d'Ibrahim Ali, un jeune homme de 17 ans abattu dans le dos à Marseille par des colleurs d'affiche du FN. En février ernier, M le magazine du Monde avait consacré une grande enquête à la lutte contre l'oubli de ses proches, dans cette ville où le FN a remporté une mairie d'arrondissement en mars 2014.

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