Histoire / Allemagne

L'exécution de Mussolini a-t-elle influencé la décision de Hitler de se suicider?

Temps de lecture : 3 min

La veille de sa mort, le Führer avait appris, depuis son bunker, la nouvelle de la mort publique et humiliante du dictateur italien.

Les cadavres de Benito Mussolini et Claretta Petacci, Piazzale Loreto à Milan, le 29 avril 1945. Renzo Pistone via Wikimedia Commons.
Les cadavres de Benito Mussolini et Claretta Petacci, Piazzale Loreto à Milan, le 29 avril 1945. Renzo Pistone via Wikimedia Commons.

Il y a soixante-dix ans, le 28 avril 1945, des résistants du Nord de l'Italie exécutaient de manière sommaire Benito Mussolini après avoir déjoué la tentative d'évasion du dictateur à travers la frontière suisse. «On peut imaginer leur choc quand ils l'ont trouvé. Il n'avaient aucune idée de quoi faire de lui», a déclaré le chercheur David Kertzer, dont le livre The Pope and Mussolini vient de remporter un prix Pulitzer.

Les partisans se sont accordés pour fusiller Mussolini aux côtés de sa jeune maîtresse, Claretta Petacci, et ont laissé leurs corps à la foule en colère qui les a amochés, avant de les pendre la tête en bas à une poutre sur la Piazzale Loreto à Milan, pour qu'ils soient montrés en public et préservés. Les cadavres de Mussolini et Petacci attendaient les autorités militaires américaines quand elles sont arrivées dans cette ville où le Duce avait régné en dictateur d'opérette sur son royaume en plein rétrécissement, jusqu'à sa fin sanglante. Quelques mois plus tôt, des corps de résistants occupaient la même place.

Le règne de Mussolini sur l'Italie depuis 1922, avec l'instauration d'une dictature fasciste à partir de 1925, était fondé sur un culte propagandiste qui se concentrait souvent sur son corps, dont les représentations dominaient la culture visuelle du pays. Sa mort a été marquée par la même emphase. «Son omniprésence signifiait qu'il a été reconnu au lendemain de sa mort quand son corps pendait la tête en bas, malgré la façon dont il a été violenté», a dit Kertzer.

Certains historiens estiment désormais que la mort de Mussolini a aussi influencé la décision d'Adolf Hitler de se suicider et de faire brûler son corps dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, même si l'historien Hugh Trevor-Roper affirme dans son ouvrage essentiel The Last Days of Hitler qu'il est peu probable que ce qu'il décrit comme «une décision déjà ferme» ait eu besoin d'être renforcée par les informations en provenance de Milan.

La nouvelle de la mort publique et humiliante de Mussolini est arrivée à Hitler par la radio le lendemain, le 29 avril 1945, dans son «Führerbunker» sous Berlin, où il était retranché depuis deux semaines alors que les forces soviétiques approchaient de la capitale allemande. «Cela ne m'arrivera jamais», déclare-t-il alors, selon le témoignage effectué au procès de Nuremberg par Hermann Goering en 1946. Le même jour, Hitler rédige son testament. «Je ne souhaite pas tomber dans les mains d'un ennemi qui a besoin d'un nouveau spectacle, présenté par les Juifs, pour le divertissement des masses hystériques», écrit-il.

Le 30 avril, Hitler fait ses adieux à son premier cercle, dont les hauts dirigeants Martin Bormann et Joseph Goebbels, son ministre de la propagande. Alors que les Russes sont pratiquement à sa porte, il se suicide en compagnie de sa compagne Eva Braun, qu'il vient juste d'épouser. Leurs corps sont brûlés. Le 1er mai, veille de la prise du bunker par les Soviétiques, Goebbels et sa femme tuent leurs six enfants avant de se suicider.

En s'assurant que son corps soit détruit, Hitler a d'une certaine façon aidé les Alliés dans leur effort pour éviter qu'une trace matérielle du Führer ne devienne un objet de culte ou de pélerinage pour les fascistes à venir. L'histoire a tourné différemment dans le cas de Mussolini: il a été enterré dans une tombe anonyme, mais des fascistes parmi les plus radicaux ont plus tard exhumé son corps et l'ont caché dans plusieurs endroits, avant que le gouvernement italien n'autorise son inhumation dans la crypte familiale.

En 1945, la mort de Mussolini a été largement célébrée par les Alliés comme preuve de l'imminente conclusion de la guerre sur le front européen, atteinte le 8 mai, moins de deux semaines plus tard. «La mort pitoyable de Benito Mussolini constitue la conclusion appropriée d'une vie pitoyable», se réjouit alors le New York Times. «Fusillé par un peloton d'exécution en compagnie de sa maîtresse et d'une poignée de dirigeants fascistes, le premier des dictateurs fascistes, l'homme qui s'est un jour vanté qu'il allait restaurer la grandeur de la Rome antique, n'est plus qu'un cadavre sur une place milanaise, où une foule hurlante frappe son corps, le maudit, lui crache dessus.»

Le New York Times n'a jamais eu le plaisir d'écrire la même chose d'Hitler.

Benjamin Soloway

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