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Les enjeux de la Défense méritent mieux que des luttes partisanes

François Hollande à Istres, le 19 février. REUTERS/Guillaume Horcajuelo/Pool.

François Hollande à Istres, le 19 février. REUTERS/Guillaume Horcajuelo/Pool.

Alors que le Conseil de Défense réuni par François Hollande a introduit des révisions à la loi de programmation militaire pour tenir compte du risque terroriste, l’UMP se saisit du dossier dans des polémiques partisanes.

Les enjeux de lutte contre le terrorisme auxquels la Défense est aujourd’hui confrontée mériteraient mieux que les habituelles polémiques partisanes. A peine François Hollande a-t-il annoncé, à l’issue du Conseil de Défense du 29 avril, une augmentation de près de 4 milliards d’euros des fonds alloués à la Défense sur les quatre exercices de 2016 à 2019 et un allègement des réductions d’effectifs dans l’armée, que l’opposition s’emballait.

L’UMP, par la plume de son secrétaire à la Défense Philippe Meunier, député du Rhône, dénonçait des mesures qui ne sont à ses yeux que de «la poudre aux yeux» après la «volonté délibérée» d’ignorer les menaces «en diminuant plus encore les effectifs de nos armées». 

On peut s’étonner de cette critique dans la mesure où, en euros constants, comme le montre Le Monde, la baisse du budget de la Défense opérée entre 1990 et 2002 a repris en 2009 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, alors à l’Elysée. Il est vrai que, sous l’effet de la crise, tous les pays avaient alors resserré leurs crédits militaires. François Hollande au pouvoir a poursuivi dans le même sens pour que la Défense participe à l’effort national de réduction d’un déficit budgétaire hérité de son prédécesseur.

A la décharge de Nicolas Sarkozy, on peut considérer que le danger du terrorisme semblait moins immédiat pendant son quinquennat.  Mais ce danger était déjà présent, comme l’illustrent ses propres déclarations lorsqu’il condamnait les exactions d’extrémistes et que la pression des djihadistes montait au Maghreb et au Moyen-Orient.  Ce qui n’avait pas empêché l’ancien Président de réduire les moyens des armées. «Le devoir de tout dirigeant politique sérieux est d'anticiper et d'adapter les moyens de la puissance publique pour faire face aux menaces», lance aujourd’hui le député du Rhône. De quelle anticipation parlait-on alors?

L’opposition doit débattre, mais peut aussi être constructive

Reproche-t-on à la gauche d’avoir utilisé l’artifice d’une mise en vente par l’armée de fréquences hertziennes pour équilibrer ses comptes? La droite aussi avait eu recours à cette solution plutôt virtuelle. Tout comme la vente d’autres éléments du patrimoine des Armées, notamment dans l’immobilier, projets qui n’ont jamais atteint leurs objectifs.

Critique-t-on l’exécutif d’avoir imaginé des opérations de cavalerie budgétaire en revendant des matériels à des sociétés de leasing auprès desquelles la Défense louerait ensuite ses matériels? Un tour de passe-passe qui aurait coûté plus cher qu’il n’aurait rapporté. Olivier Audibert-Troin, député UMP du Var et membre de la commission Défense à l’Assemblée nationale, revient sur cette hypothèse dans un communiqué. Mais justement, François Hollande n’a pas retenu cette gymnastique financière, suivant en cela son ministre des Finances Michel Sapin, qui s’opposait à son collègue de la Défense, Jean-Yves Le Drian. La critique tombe d’elle-même.

La droite réclamait une plus grande orthodoxie budgétaire: ce sera le cas, notamment pour la rallonge de 3,8 milliards d’euros décidée sur quatre ans, qui sera prise sur le budget de l’Etat. Une annonce qui intervient après la sanctuarisation du budget de la Défense pour 2015, déjà rendue publique en janvier dernier lors de la présentation des vœux aux forces armées sur le porte avions Charles-de-Gaulle.

A cette occasion, le chef de l’Etat avait aussi déclaré que le rythme des réductions d’effectifs serait «adapté»: on a appris mercredi qu’elles ne porteraient, entre 2014 et 2019, «que» sur 15.500 postes au lieu des 34.000 prévus dans la loi de programmation militaire. C’est encore trop, juge le député du Var.

Car plus que d’une «simple actualisation de la loi de programmation militaire», la France aurait besoin selon lui d’une véritable «révision au vu des menaces pesant sur notre pays, de l’engagement de nos soldats pour de longues années encore et du besoin crucial de renouvellement de nos matériels». C’est vrai, le parc des matériels a vieilli et sa maintenance coûte cher. Que n’a-t-il été renouvelé au rythme souhaitable lorsque la droite était aux affaires…

Des critiques partisanes loin des enjeux nationaux

En réalité, au sein de l’UMP, le dossier de la Défense est brandi pour mobiliser les troupes de droite contre la gauche au pouvoir alors que face au problème du terrorisme, les critiques purement partisanes devraient s’effacer pour ne laisser place qu’à des prises de position qui transcendent les partis pour montrer la détermination de la réplique nationale.

Au sein même du parti de droite, certains députés sont d’ailleurs plus nuancés dans leur opposition à François Hollande, bien conscients de l’enjeu pour le pays, comparé aux objectifs des polémiques dont les électeurs sont d’ailleurs fatigués.

C’est le cas de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui prend le parti de temporiser: «La réponse du président de la République relative à l’impasse budgétaire dans laquelle sont placées nos armées est positive. Face aux exigences de notre guerre contre le terrorisme, la décision d’augmenter l’effort budgétaire au profit de la Défense nationale est légitime», commente-t-il à propos des décisions du Conseil de Défense.  

Tout en soulevant, néanmoins, quelques questions; car c’est le rôle d’une opposition. Ce qui n’empêche pas d’aller dans le sens d’une unité nécessaire requise par l’impératif de lutte contre le terrorisme.

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