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Le «combat du siècle» Mayweather-Pacquiao peut-il ressusciter la boxe en France?

REUTERS/Las Vegas Sun/Steve Marcus.

REUTERS/Las Vegas Sun/Steve Marcus.

La lumière autour du duel de Las Vegas constitue une éclaircie médiatique pour un sport en difficulté dans l'Hexagone depuis une décennie.

La formule est devenue un cliché à force de servir, mais le «combat du siècle» qui opposera, samedi 2 mai, à Las Vegas, l’Américain Floyd Mayweather, 38 ans, et le Philippin Manny Pacquiao, 36 ans, ne dénote pas, c’est vrai, dans le paysage souvent outrancier et pittoresque de la boxe. Ce Championnat du monde unifié des welters a été suffisamment anticipé pour susciter un engouement considérable à travers le monde, même si de nombreux spécialistes estiment que c’est un combat qui interviendrait avec environ cinq années de retard.

Mais qu’importe pourvu qu’on ait déjà l’ivresse des chiffres puisque Mayweather et Pacquiao pourraient se partager en un soir la bagatelle de 300 millions de dollars dont 60% pour l’Américain que le magazine Forbes a désigné comme le sportif le mieux payé du monde en 2014 avec des revenus calculés à 105 millions de dollars. Pas mal pour une discipline qui, dit-on, n’aurait plus son lustre d’antan, traverserait même une crise et serait notamment souvent reléguée sur des chaînes en paiement à la séance aux audiences plus limitées.

Il y a un an, sur son compte officiel Twitter, après un succès de Mayweather, Muhammad Ali et son entourage avaient lâché un message sans ambiguïté sur l’espoir investi dans la boxe mondiale dans ce combat tant attendu.

«Félicitations @FloydMayweather. Peut-être qu'une fois que vous serez reposé on pourra vous voir combattre @MannyPacquiao! #AliTweet»

Entre Floyd Mayweather, 47 combats pour autant de victoires (26 par K.O.) et Manny Pacquiao, 64 combats dont 57 victoires (38 par K.O.), cinq défaites et deux matches nuls, il devrait y avoir d’autant plus d’étincelles que ce «match» oppose deux boxeurs opposés dans leurs personnalités et leurs styles. L’exubérant Mayweather, dans sa richesse ostentatoire presque vulgaire, face au plus humble Pacquiao, devenu un élu du peuple philippin. Le très habile et très tactique Mayweather contre le très technique et très rapide Pacquiao. «Mais pas de regrets d’avoir attendu aussi longtemps un tel affrontement, sourit Mehdi Lafifi, organisateur de combats à travers sa société Kwan Sports. En France, il n’a jamais été possible d’opposer Fabrice Tiozzo et Jean-Marc Mormeck, alors ne nous plaignons pas car nous avons là une grande occasion à saisir pour la boxe, à commencer pour la boxe française.»

«Très compliqué de mettre des galas sur pied»

En effet, pour la boxe hexagonale, ce combat est une aubaine à l’heure où ce sport se cherche une nouvelle identité ou au moins un nouveau modèle économique. La lumière autour de Mayweather-Pacquiao est une éclaircie médiatique dont elle saura peut-être profiter pour se refaire à terme une plus grande place au soleil en dépit de la nouvelle concurrence du MMA. Car elle est loin la période, située entre la fin des années 80 et l’orée des années 2000, où il était relativement facile d’organiser des réunions de boxe de niveau international en France, particulièrement grâce à la manne apportée par Canal+, chaîne qui s’était éprise de ce sport par l’entremise de Charles Biétry, passionné du noble art et patron à l’époque du service des sports du réseau crypté.

Depuis, Canal+, comme TF1 et France 2 un temps intéressées, a tourné le dos à la boxe et c’est toute l’économie de la discipline qui s’est retrouvée transformée et envoyée au tapis. «C’est devenu très compliqué de mettre des galas sur pied, confirme Abdelilah Rahilou, qui organise deux à trois réunions par an en France en plus d’autres manifestations au Maroc. Il arrive que l’on perde de l’argent alors que les salles sont pleines.»

De fait, la France serait tristement devenue une nation secondaire de la boxe européenne derrière la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et les pays nordiques. «Je reviens d’Helsinki où Yvan Mendy, cinq fois champion de France, a été battu lors d’un championnat d’Europe face au Finlandais Edis Tatli, raconte Mehdi Lafifi, sous le coup de la déception. Pourquoi le combat a-t-il été organisé en Finlande? Tout simplement parce qu’il n’y avait pas de moyens suffisants en France pour l’accueillir. Or, la boxe est un sport de jugement où le fait d’évoluer à domicile peut avoir une influence non négligeable sur ceux qui rendent la décision.»

Un univers financier à reconstruire

C’est un univers financier à reconstruire ou à reconsolider car le jet de l’éponge de Canal+, échaudé notamment par son procès avec Brahim Asloum et son entourage, a coûté très cher à travers les droits versés à la boxe, mais les dégâts ont été également collatéraux, humains. Grâce à un travail éditorial approfondi de Canal+, qui imaginait un véritable storytelling autour des jeunes boxeurs en les accompagnant tout au long de leur ascension et trajectoire professionnelles,la chaîne, non seulement les soutenait avec de l’argent, mais tissait des liens entre eux et un public à travers un sport ayant toujours eu la particularité de réunir dans ses travées les moins nantis et les plus riches. Des «personnages» étaient ainsi créés

Avec des moyens moins considérables, Ma Chaîne Sport tente de relever le gant en diffusant le choc de Las Vegas Mayweather-Pacquiao, après avoir tout de même dû signer un chèque imposant afin d’en acquérir les droits pour plusieurs centaines de milliers d’euros sans plus de précision. Jean-Philippe Lustyk, journaliste qui porte la boxe depuis de nombreuses années dans plusieurs médias, sera le «maître de cérémonie» de cette nuit spéciale et tente aussi de croire à un nouveau souffle de la boxe en France. «C’est le paradoxe de ce sport chez nous, souligne l’auteur de Bienvenue chez les Jacob, livre qui retrace, depuis la fin des années 80, la saga des champions boxeurs du célèbre clan calaisien. La France aime la boxe non seulement à travers son histoire et ce qu’elle lui rappelle, mais aussi par le biais de sa pratique puisqu’il n’y a jamais eu autant de licenciés à la fédération et de personnes qui la pratiquent dans des salles en guise de coaching et notamment des femmes. Mais c’est un sport rendu illisible par les nombreuses fédérations existantes et fragilisé dans nos frontières par le fait que rien n’a été véritablement construit pour enraciner le sport quand il profitait de l’argent des télévisions.» Jean-Philippe Lustik ajoute qu’il y a en France 400 professionnels de la boxe, mais qu’une dizaine seulement peut vivre de son sport. «Et encore s’agit-il de salaires souvent très modestes», précise-t-il.

Il y a quelques jours, L’Equipe 21 a diffusé le combat entre Wladimir Klitschko et Bryant Jennings en direct entre 5h et 6h matin, en clair. Ils étaient environ 50.000 mordus devant leur poste avec des rediffusions oscillant ensuite entre 150.000 et 200.000 personnes. Peu de Français verront le choc Mayweather-Pacquiao, mais à l’évidence, ils seront très nombreux à en avoir entendu parler ou à en avoir aperçu quelques images.

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