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Comment peut-on dire que Charlie Hebdo est raciste quand on ne parle pas français?

L'Empire State Building aux couleurs de la France | Carlo Allegri/ REUTERS

L'Empire State Building aux couleurs de la France | Carlo Allegri/ REUTERS

L'écrivain nord-irlandais Robert MacLiam Wilson prend la défense du journal satirique devant ses détracteurs anglo-saxons.

«Qui aurait cru qu’un jour je finirais par écrire une sorte de Mein Kampf en bande dessinée?» fait mine de s’interroger l’écrivain nord-irlandais Robert McLiam Wilson, qui vient de rejoindre la rédaction de Charlie Hebdo, dans une tribune publiée par le New Statesman.

Le littérateur, auteur d'Eureka Street (1996), dont l'histoire se déroule à Belfast pendant le conflit entre catholiques et protestants et met en scène la façon dont un attentat à la bombe meurtrier est perçu par la population, rejette ici les accusations portée contre le journal satirique. Les accusations de racisme refleurissent alors qu’une «poignée d’auteurs» a décidé de ne pas assister à une cérémonie honorant la rédaction de Charlie Hebdo.

La défense en règle dressée par Robert McLiam Wilson repose sur un argument très simple: comment juger de la xénophobie d’un titre qu’on ne peut pas lire dans la mesure où on ne parle pas français? 

«Comment pouvez-vous émettre un jugement sur Charlie si vous ne pouvez pas le lire? Ça suffit de regarder les images? On n’avait pas pris l’habitude d’hésiter avant de faire quelque chose d’aussi sereinement stupide avant?»

Et l’écrivain, qui avait signé un hommage au journal décimé dans Libération peu après les attentats, poursuit:

«Si les auteurs qui boycottent Charlie Hebdo à New York ne parlent pas tous français, sérieusement, comment leur opinion pourrait-elle être éclairée? Vous feriez tout aussi bien de demander à votre perruche de donner son avis: Dis-moi, Plume, t’en penses quoi toi?»

Pouvoir lire la légende

Un dessin a beaucoup agité les commentateurs outre-Atlantique. Il montre Christiane Taubira sous les traits d’un singe, signé Charb. Robert McLiam Wilson dénonce la manipulation qui a consisté, à l'étranger comme en France, à reprendre l’image pour faire avaler la pilule du «racisme» de l’hebdomadaire, en coupant la légende, en feignant de ne pas la voir… ou en ne pouvant la lire.

Il est écrit en toutes (et grosses) lettres: «Rassemblement Bleu Raciste» et fait visiblement référence aux sorties de candidats du mouvement de Marine Le Pen concernant la garde des Sceaux. «Le dessin lui-même se moque d’une série de publications et de sites internet de droite pleins à ras-bord de ce genre d’imagerie déplacée autour de la ministre», explique-t-il.

Cette tribune de Robert McLiam Wilson fait écho aux bonnes feuilles du dernier livre de l’ancien directeur de la publication de Charlie Hebdo, parues dans The Independent. Dans Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Charb, abattu le premier le 7 janvier par les frères Kouachi, récuse aussi tout soupçon de racisme:

«Il y aura probablement toujours des racistes. […] La bonne réponse à avoir face à ça, c’est d’empêcher les racistes de formuler les opinions nauséeuses publiquement, de demander le droit d’être raciste, d’exprimer leur haine.»

Il essaye également, une dernière fois, d’être clair sur sa conception de l’idée d’islamophobie. Un terme qui fait perdre de vue la réalité du problème selon lui:

«Si demain les musulmans de France se convertissent au catholicisme, ou bien renoncent à toute religion, ça ne changera rien au discours des racistes: ces étrangers ou ces Français d’origine étrangère seront toujours désignés comme responsables de tous les maux.»

À quand une traduction intégrale du livre de Charb par Robert McLiam Wilson à l’attention des six boycotteurs de la soirée du PEN?

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