Life

Sec d'os?

Kim Gittleson, mis à jour le 20.04.2011 à 12 h 01

Où en sont nos réserves de squelettes de dinosaures?

La BBC vient d'annoncer que des paléontologues ont découvert une nouvelle espèce de dinosaure en Australie, un grand herbivore appartenant à la famille des sauropodes, qu'ils ont surnommé Zac. La nouvelle tombe à peine trois mois après celle de la découverte de trois nouvelles espèces dans la même région du nord de l'Australie. Si vous avez l'impression que les paléontologues passent leur temps à trouver de nouvelles espèces, c'est parce que c'est le cas. Mais cela peut-il durer encore longtemps? Les fossiles de dinosaures viendront-ils un jour à manquer?

Apparemment, ce n'est pas demain la veille. On recense aujourd'hui aux Etats-Unis environ 3000 «vrais» spécimens de dinosaures, c'est-à-dire des squelettes ou simplement des crânes complets ou quasi complet. Les spécialistes estiment qu'il leur reste à découvrir au moins le triple sous la surface du globe. Il est très difficile de déterminer combien de temps prendront les recherches nécessaires à trouver ces fossiles, mais on connaît le rythme moyen de découverte, qui s'élève à 14 par an. A cette allure, nous en avons pour très, très longtemps. Et encore, nous sommes à un pic historique. Entre 1970 et 1990, on ne trouvait que six nouveaux spécimens par an. Quant aux fossiles en tout genre (dents, vertèbres, fémurs, etc.) restant encore à découvrir, ils se comptent très probablement en millions.

Les paléontologues ont par contre une idée assez précise du nombre de genres qu'il reste à découvrir (on ne parle pas d'espèce car les dinosaures sont monospécifiques, ils ne correspondent qu'à une seule espèce, à l'exception du Tyrannosaurus rex, qui appartient au genre Tyrannosaure). Grâce à une technique statistique connue sous le doux nom d'estimateur ACE (Abundance-based Coverage Estimator), les scientifiques ont calculé qu'au cours des 165 millions d'années pendant lesquelles les dinosaures ont régné sur la terre, il existait 1.844 genres différents, du redoutable carnivore comme le Velociraptor, aux grands herbivores comme le Stégosaure. Les humains ayant commencé à chercher des os de dinosaures en 1824, on estime avoir découvert environ 29% des genres ayant existé sur terre, la plupart au cours des vingt dernières années, notamment parce qu'on accorde aujourd'hui beaucoup plus de moyens à ce type de recherches et grâce aux importantes découvertes faites en Chine et en Argentine. Si ce rythme se maintient, nous devrions atteindre le «pic des dinosaures», équivalent du « pic pétrole », vers 2037, quand nous aurons retrouvé la moitié des genres. Nous en aurons identifié 90% entre 100 et 140 ans plus tard.

Mais les restes fossiles ne sont pas tous précieux. Pour les spécialistes, la découverte de nouvelles espèces est la première priorité, suivie de près par les découvertes de squelettes complets ou quasi complets. Au bas de l'échelle se trouvent les fragments de dinosaures communs, qui ne peuvent plus rien apporter à la recherche. Si une paléontologue tombe par exemple sur un tibia de Maiasaura, un Hadrosauridé qui fait partie des dinosaures les plus recensés, il est probable qu'elle ne se baissera même pas pour le ramasser.

Où a-t-on le plus de chances de trouver des os de dinosaures ?

Les Etats-Unis, la Chine et l'Argentine semblent détenir les plus grandes réserves de fossiles, suivis par le Canada, l'Angleterre et la Mongolie. Depuis 1990, la Chine et l'Argentine se sont révélées particulièrement fertiles, avec un nombre de genres découverts en augmentation de 132 et 165% respectivement. L'Australie, l'Europe et l'Afrique sont moins riches en fossiles.

C'est dans ces six pays que l'on a fait 75% des découvertes mondiales parce que, dans le passé, ils étaient très irrigués (facteur essentiel au processus de fossilisation) et parce que leurs sols contiennent encore des roches et des sédiments datant de la période où vivaient les dinosaures, le Mésozoïque (anciennement appelé Ère secondaire). Les régions les plus propices aux découvertes sont les zones désormais arides, comme le désert de Gobi ou les formations rocheuses de l'Alberta, au Canada, car les paléontologues ne sont pas obligés d'abattre des arbres ou de démolir des constructions pour mettre à jour les sites potentiels. Certaines zones recouvertes de végétation regorgent peut-être de fossiles, mais il est très difficile de les localiser. Le dérèglement climatique changera peut-être la donne. Des spécialistes affirment que si l'Angleterre était un désert, elle deviendrait le gisement de fossiles le plus riche au monde.

Kim Gittleson

Traduit de l'anglais par Sylvestre Meininger

Merci à Peter Dodson (University of Pennsylvania), Thomas Lehman (Texas Tech University), et Steve C. Wang (Swarthmore College).

Kim Gittleson
Kim Gittleson (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte