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70 ans après, les femmes françaises votent (presque) comme les hommes

Sources: Jeannine Mossuz-Lavau, «Le vote des femmes en France» (1945-1993); Mariette Sineau, «Électrices émancipées recherchent parité politique désespérément: vote et aspirations des Françaises dans l’après-Mitterrandisme» (1998); CSA (2002); Jeannine Mossuz-Lavau, «Les femmes: des intentions de vote évolutives» (2007); Ipsos (2012). Les chiffres sont manquants pour 1956. Pour la présidentielle, nous n'avons retenu que le second tour, sauf pour 1969 et 2002. Pour les années voyant une présidentielle et des législatives, nous n'avons retenu que la première.

Sources: Jeannine Mossuz-Lavau, «Le vote des femmes en France» (1945-1993); Mariette Sineau, «Électrices émancipées recherchent parité politique désespérément: vote et aspirations des Françaises dans l’après-Mitterrandisme» (1998); CSA (2002); Jeannine Mossuz-Lavau, «Les femmes: des intentions de vote évolutives» (2007); Ipsos (2012). Les chiffres sont manquants pour 1956. Pour la présidentielle, nous n'avons retenu que le second tour, sauf pour 1969 et 2002. Pour les années voyant une présidentielle et des législatives, nous n'avons retenu que la première.

Pendant près de quarante ans, les partis de gauche recueillaient des scores inférieurs chez les électrices, phénomène qui a aujourd'hui disparu. En revanche, les électrices votent toujours un peu moins FN que les électeurs.

Le 29 avril 1945, pour la première fois, les femmes sont appelées à voter lors des élections municipales, premier scrutin après la Libération. Une date hautement symbolique qui survient un an après l'attribution du droit de vote aux femmes, le 21 avril 1944, par le gouvernement provisoire d'Alger.

Le vote des femmes est alors très différent de celui des hommes: lors des législatives d'octobre 1945, elles sont 53% à voter pour les différents partis de gauche (communistes, socialistes, radicaux) contre 63% des hommes. Jusqu'au milieu des années 80, elles votent continûment moins à gauche que les hommes. Confirmant une vieille crainte des radicaux de la IIIe République, qui avaient régulièrement mis en échec l'élargissement du droit de vote, les femmes ont alors tendance à voter «comme les curés», selon Jeanine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au CNRS:

«Les femmes étaient plus soumises à la pratique religieuse que les hommes, d'où un vote important pour le MRP [Mouvement républicain populaire, classé comme démocrate-chrétien].»

«Décollage» dans les années 70

Pour elle, cette différence dans le comportement politique s'explique alors par l'investissement moindre des femmes dans la vie active. La sociologue souligne le lien existant entre l'entrée dans la vie professionnelle des femmes et leur engagement à gauche. Dans le milieu des années 1970, le vote des femmes «décolle», écrit-elle dans un texte inédit qu'elle nous a transmis. Les femmes deviennent plus autonomes, elles travaillent plus et font plus d'études supérieures. Leur participation électorale et leur vote à gauche s'alignent sur celui des hommes.

Pour la sociologue, les législatives de 1986 sont une date charnière. Dans l'article évoqué, elle écrit:

«Tout en maintenant leur taux de participation, pour la première fois, les électrices se prononcent pour la gauche autant que les électeurs. Ce trait ne se démentira pas tout au long des décennies suivantes.»

En 1988, elles participent ainsi largement à l'éclatante victoire de François Mitterrand en votant pour lui plus que les hommes (de 2 points) alors qu'elles avaient voté majoritairement contre lui en 1981: Mitterrand recueillait alors 56% des voix des hommes, mais seulement 49% des voix des femmes.

Aux dernières élections départementales, une enquête d'opinion Ipsos estimait ainsi que les femmes avaient voté pour les différents partis de gauche à 38%, contre 35% pour les hommes. A une nuance près, cependant: les femmes votent moins à l'extrême gauche, d'après Jeannine Mossuz-Lavau, les électrices ayant tendance à s'éloigner des partis extrêmes.

«Dissuadées par la pratique politique parfois violente de l'extrême droite»

Est-ce toujours le cas pour le Front national? En 2002, peu après la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de l'élection présidentielle, une enquête Ipsos indiquait que les électrices gardaient leur distance avec le parti d'extrême droite: elles n'avaient placé Jean-Marie Le Pen qu'en troisième position derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin, alors qu'il arrivait premier chez les hommes. Une méfiance pouvant être due à deux facteurs pour Jeanine Mossuz-Lavau:

«Les électrices seraient dissuadées par la pratique politique parfois violente de l'extrême droite et par son programme qui remet en cause des droits acquis au cours des récentes décennies. [...] Cette autonomie politique des femmes est liée à l'indépendance conquise dans leur vie personnelle, leur situation économique et culturelle.»

Là aussi, le vote des femmes a changé. En 2012, un sondage Ifop évaluait à quatre points le différentiel entre le vote FN des électeurs et celui des électrices, un écart persistant mais moindre que celui constaté en 2002 (cet écart était de cinq points aux dernières départementales). Interrogé par Le Monde, Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut, expliquait en 2012 que la présidente du FN tirait avantage de son image:

«Il y a ce qu'elle dit, et il y a ce qu'elle est: une femme jeune, active, divorcée, qui connaît les problèmes des femmes.»

Jeanine Mossuz-Lavau note également que le FN a su s'adresser à un électorat populaire, en difficulté, où l'on retrouve beaucoup de femmes. Selon la sociologue, «Marine Le Pen sait s'adresser aux personnes issues de milieux précaires, notamment aux mères de familles monoparentales».

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