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«Est-ce l'hétéro qui s’ennuie dans son couple et veut tester son pouvoir de séduction sur la lesbienne?»

«Le Sommeil», de Gustave Courbet via Wikimedia Commons CC License by

«Le Sommeil», de Gustave Courbet via Wikimedia Commons CC License by

Cette semaine, Lucile conseille une jeune femme attirée par une autre, en couple avec un homme.

Je suis une jeune femme de 24 ans. En décembre dernier, j'ai mis un terme à ma relation (de trois ans). Mon amie était infidèle (pour la 2e fois). Je n'éprouve absolument plus rien pour elle –à vrai dire, j'envisageais d'arrêter depuis quelques semaines et son erreur a été le catalyseur que j'attendais plus ou moins.

À cette même période (une semaine avant la rupture), j'ai rencontré sur les lieux de mon travail une jeune femme qu'on appellera B.

Le hasard a voulu que nous travaillions en binôme. Dès le départ, nous nous sommes très bien entendues, j'ai beaucoup d'humour et une complicité s'est rapidement installée entre nous. En parlant de nos vies respectives, j'ai appris qu'elle était en couple depuis cinq ans entre autres... Mais j'étais intimidée par son physique (elle est extrêmement jolie) et j'ai dû laisser transparaître quelque chose je pense (je ne pense pas avoir le physique de la lesbienne de base, je passe souvent inaperçue). 

En effet, un peu plus tard, elle me demande si j'ai un chéri, ce à quoi je réponds «non» puis, après quelques secondes d'hésitation, elle ajoute «une chérie?» puis rougit et détourne le regard avant d'ajouter «ça me fait rire de poser ce genre de question» un peu comme si elle n'avait pas assumé sa curiosité.

Quelques jours après, elle me surprend un peu excédée en répondant à mes sms (ceux de mon ex) et nous abordons ouvertement mon homosexualité.

Je fais rarement confiance aussi rapidement et B. est tellement douce, calme, rassurante. Elle a une forme d'intelligence dans le relationnel, elle a su me rassurer. (Aborder son homosexualité sur les lieux de son travail n'est pas toujours aisé, même en 2015!)

À partir de là, elle m'a raconté avoir un jour embrassé une fille, que cela lui avait plu, etc. Tout en me faisant bien comprendre qu'elle était très ouverte d'esprit. Mais mon problème est le suivant: un flirt s'est rapidement mis en place entre nous et a bien duré deux-trois mois, des regards insistants, des sourires, on se taquinait, on devenait de plus en plus tactiles. Pour me dire bonjour, elle a cette manière de me prendre dans ses bras et de poser sa tête sur mon épaule... Par moment, j'aurais pu sauter le pas tellement les signaux étaient évidents, notamment un soir où elle m'invita chez elle. Nous étions seulement toutes les deux, nous avions passé la soirée à nous fixer dans les yeux un peu bébêtes comme deux ados transies mais je n'osais rien faire car elle était en couple.

À chaque sortie entre collègues pour boire un verre et lorsque son copain nous accompagnait, j'ai constaté qu'elle était sur la défensive avec lui, elle marchait en croisant les bras, tournait la tête lorsqu'il voulait l'embrasser puis regardait vers moi comme si elle ne voulait pas que j'assiste à ces démonstrations affectives, elle insistait toujours pour que je m’assoie à côté d'elle.

Elle a toujours été très curieuse sur ma vie sentimentale. En janvier, j'ai eu une brève relation pendant un mois et demi et cela a semblé l'affecter. Au final, j'ai quitté la fille car je ne me sentais pas honnête, je pensais constamment à B.

Un jour, B., au décours d'une conversation sur le besoin de sécurité des filles, m'a expliquée qu'elle faisait partie de celles qui avaient besoin de savoir qu'elles avaient un futur sentimental immédiatement après une rupture.

Je ne travaille plus dans ce service, au départ nous avions bien gardé le contact mais je souffrais trop de cette situation, j'ai décidé de prendre mes distances en espérant que cela me passe mais c'est de pire en pire, je ne dors quasiment plus. 

Paradoxalement, elle me plaît davantage pour la fidélité dont elle fait preuve envers son copain. 

Je ne sais pas quoi faire... Tirer un trait et la fuir comme je le fais maintenant en me disant que cinq ans de relation c'est trop solide pour que je m'y attaque ou exprimer franchement mes sentiments pour lui donner cette sécurité qui lui manque peut-être pour se lancer dans l'inconnu (et quel inconnu!) ou encore l'oublier parce que peut-être que tout cela n'était qu'un jeu (l'hétéro qui s’ennuie dans son couple et qui veut tester son pouvoir de séduction sur la lesbienne de service en voyant si elle va se lancer/se ramasser).

M.

Chère M,

Dans la vie, je trouve toujours triste les non-dits. Leur existence laisse la voie à un monde d’actes manqués, de relations qui ne verront jamais le jour, d’espoirs déçus et de communications interrompues.

Vous nourrissez une attirance pour cette femme qui rend pour l’instant impossible un éventuel engagement dans une autre relation.

Je crois que vous devriez être honnête avec elle comme vous semblez l’avoir toujours été. Par respect pour elle, pour la relation amicale que vous avez partagée jusqu’alors et pour la relation que vous espérez.

Puisque vous semblez être prête à l’éventualité de l’oublier, que vous envisagez différentes possibilités, je crois que vous pourriez respecter son avis et son choix en lui laissant voix au chapitre. Parce que c’est comme ça qu’une relation, amicale ou amoureuse, fonctionne. Vous n’êtes pas seule décisionnaire.

Je voudrais revenir sur la notion de jeu de séduction des femmes hétérosexuelles sur les femmes lesbiennes. En tant que bisexuelle, c’est quelque chose dont j’ai souvent entendu parler. Mais plus de la part de lesbiennes en mal de confiance que d’hétérosexuelles en mal de frissons. En fait, dans mon expérience, quand une femme est engagée depuis des années dans une relation avec un homme, s’engager avec une femme relève de l’épreuve. Les codes changent, on a peur de mal faire, de ne pas savoir faire, d’être jugée. Et puis, il y a aussi la peur de ne pas être légitime (ne me demandez pas d’où ça vient).

C’est pourquoi ça me paraît difficile, peut-être hors de la soirée avinée où on «joue» parfois à s’embrasser entre copines, de faire de cette problématique un jeu de séduction malsain. C’est tout de suite trop grave, trop sérieux, trop important et trop précieux. Ce n’est jamais quelque chose dans lequel on s’engage à la légère, je peux vous l’assurer. Et je crois qu’au fond de vous vous le savez.

Si vous êtes attirée par cette femme, que vous l'appréciez, n'est-ce pas un peu insultant de penser que celle pour laquelle vous avez commencé à avoir des sentiments puisse être une hétérosexuelle démoniaque et manipulatrice? Je trouve même que c'est globalement insultant pour toutes les hétérosexuelles.

Une femme qui se découvre, après des années, attirée par une autre femme, peut être fragile et douter. Imaginez que cette attirance aille de pair avec une rupture et, si vous avez un petit peu d’empathie, vous comprendrez comme sa situation peut être délicate et mérite d’être traitée comme telle.

Rien ne vous empêche de vous protéger, ou de ne pas vouloir lui servir de «guide» dans cette relation qui serait d'un genre nouveau pour elle; rien ne vous empêche de craindre, si elle a eu des relations hétéros jusqu'à présent, qu'elle veuille plus tard retrouver un homme. Mais cela ne doit pas pour autant vous conduire à douter de sa sincérité. 

Vous êtes célibataire, vous savez ce que vous voulez. Si vous le voulez vraiment, je vous conseille de prendre votre courage à deux mains et de tenter votre chance. Avec de la patience et de la sensibilité, c’est peut-être le début d’une belle histoire. En tout cas, je vous le souhaite à toutes les deux. 

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