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Pourquoi les Vikings sont-ils si populaires?

Série télé, expositions, reconstitutions... L'image des Vikings barbares a été largement dépoussiérée.

Grâce à la fiction et à des découvertes archéologiques, l’image des Vikings barbares a été dépoussiérée. Ces derniers suscitent d’ailleurs un regain d’intérêt, voire une fascination, surtout depuis que la série éponyme, écrite et réalisée par Martin Hirst, les met en scène –la troisième saison est diffusée sur Canal+ ce mois-ci.

En France, du sang de Viking coule dans les veines des Normands. Grâce à cela, la région a même une date de naissance: en 911, un chef de guerre viking a signé un traité et obtenu la Normandie contre la promesse de protéger le royaume des Francs contre les attaques d’autres Vikings.

Certains tirent encore une certaine fierté de ce lignage. «Des Normands s’enorgueillissent véritablement de descendre des Vikings, témoigne Elisabeth Ridel, responsable du pôle Espaces maritimes, sociétés littorales et interfaces portuaire de l’université de Caen. Entre la réunion de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie et la mondialisation, chercher ses racines peut constituer une quête d’identité.»

Dans la plupart des cas, l’attrait est souvent ludique. Les Vikings sont en effet très souvent une source d’inspiration pour des jeux de rôle ou des reconstitutions historiques. Par exemple, l’association normande Vikings 911 tente actuellement de reconstruire un village viking appelé Ornavik. Un projet beaucoup plus neutre que celui de l’organisation islandaise Asatruarfelagid qui entend elle, avec le soutien de ses 2.400 adhérents, construire à Reykjavik un temple dédié à Odin, Thor et Frigg afin de renouer réellement avec la mythologie nordique.

Le grand public n’est pas en reste. En Europe, les expositions sur les Vikings sont souvent réservées plusieurs jours à l’avance. «Dès que nous organisons une exposition sur le sujet au Musée de Normandie, nous sommes assurés du succès», témoigne le directeur de l'institution, Jean-Marie Levesque.

Mais c’est donc surtout la série Vikings qui relève de la lame de fond. La première saison, diffusée en 2013, a été vue par 4,3 millions de personnes lors de sa seule première diffusion aux Etats-Unis. Outre le talent de Michael Hirst pour les séries historiques, déjà avéré avec les Tudors, le succès révèle le potentiel des Vikings dans notre imaginaire collectif.

«Un peu comme les cow-boys du Far-West ou les héros de péplums»

D’où vient alors cet attrait pour ce peuple? Avant tout du fait que les Vikings –présents au Danemark et en Suède initialement– se situent entre la figure historique et le personnage de fiction. «Les Vikings sont un peu comme les cow-boys du Far-West ou les héros de péplums… Des figures tirées de nos manuels scolaires –avec le récit des sièges de Paris du IXe siècle par les hommes du Nord– et qui font écho à nos jeux d’enfants», ajoute Jean-Marie Levesque. En bref, il s’agit d’une icône qui constitue un terrain fertile au récit, notamment dans les jeux de rôle.

À la base de cette fertilité, on trouve une littérature historique. Outre les écrits des moines traumatisés par les raids et les pillages au VIIIe et IXe siècle, les Vikings ont par la suite fait l’objet de véritables sagas retraçant les exploits de certaines familles, dont celle de Ragnar Lothbrok, reprise par la série éponyme produite par History. En Islande, l’une des colonies vikings les plus abouties, un homme politique et poète, Snorri Sturluson, a laissé derrière lui de nombreux textes basés sur des faits historiques et inspirés de la mythologie nordique. Il rédigea notamment au XIIIe siècle l'Edda poétique, recueil en vieux Norrois qui constitue une des sources les plus précieuses sur la vie des hommes du Nord.

À l’instar de l’Iliade et l’Odyssée, le mythe et l’histoire se mêlent alors. Et cette aventure homérique inspire ensuite les auteurs contemporains, poursuivant l’entrelacement du fantasme et de la réalité… jusqu’au monument littéraire qu’est le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Les noms de ses personnages –Durin, Thorin, Dain, Ori, Gandalf…– sont même tirés de l’Edda poétique, notamment du fragment Völuspà. Les nains et les Elfes sont aussi inspirés de la mythologie nordique. «Il le disait lui-même, il s’est beaucoup inspiré de la culture viking pour Le Seigneur des Anneaux, souligne Anne Nissen, professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a même réalisé un voyage d’étude en Scandinavie afin de s’inspirer des constructions de bois de l’époque.» 

Plus récemment, c’est également la série –elle aussi une suite de livres portée à l’écran– Game of Thrones qui a remis au goût du jour «les hommes du Nord». «Par exemple, la sépulture se déroulant avec un corps sur un bateau, ensuite enflammé, est une référence directe à la culture Viking, telle qu’elle est décrite dans le poème épique anglo-saxon Beowulf», ajoute Anne Nissen. Leur code de l’honneur et leur aptitude à affronter l’adversité –avec la célèbre devise «Winter is coming»– sont aussi mis en scène. 

Puissance militaire et commerciale

Cet imaginaire autour de la culture Viking s’est également fortement enrichi grâce à de véritables découvertes en Europe dans les années 1990. Le résultat de recherches archéologiques a ainsi permis de dépoussiérer l’image d’Épinal du Viking sanguinaire, barbare, arborant un casque à corne. «La croyance du casque à corne a fait long feu, s’amuse Anne Nissen. Nous savons depuis des décennies que celui-ci était réservé à des danses et n’avait pas du tout sa place sur le champ de bataille.»

Surtout, les archéologues ont découvert que les Vikings possédaient de grandes exploitations agricoles, modernes pour l’époque tant par leurs technologies que leur organisation. Enfin, vers Roskilde en Islande, une sépulture d’un personnage en arme a été trouvée, avec un mort d’accompagnement. Le corps doté d’une épée était celui d’une femme, étayant le rôle probable de guerrières dans les raids. «Même si des femmes guerrières restaient des exceptions, le langage scandinave distingue tout de même  la lignée féminine, ce qui est rarissime», précise Anne Nissen. Selon toute vraisemblance, les femmes de l’aristocratie pouvaient transmettre une partie de leurs richesses, divorcer, voire diriger un clan. Ce respect des femmes n’efface cependant pas le fait que la société viking était aussi fortement patriarcale et que la polygamie y avait court.

Les Vikings ressemblaient ainsi fortement à leurs voisins européens, les élites se fréquentant avant mêmes les premiers raids. Ce peuple a en effet établi ses premiers liens en Europe en commerçant. «Dans un premier temps, ils venaient vendre leurs produits, ce qui leur a incidemment permis de faire des repérages tant géographiques que géopolitiques», explique Jean-Marie Levesque.

Les Vikings jouaient alors allégrement avec les querelles de pouvoir intestines, quand ils décidaient ensuite d’attaquer. «Ils jouaient beaucoup sur l’intimidation, avec des raids très violents dès le premier assaut, jouant sur l’aspect psychologique, analyse-t-il. Cela permettait parfois de se retirer contre une rançon, obtenant ainsi un butin conséquent sans risquer plus encore la vie de leurs hommes.» Cette pratique était tellement répandue qu’un impôt avait même été créé à cet effet en Angleterre, appelé le «Dangeld».

Souvent, le guerrier et le commerçant sont un seul et même homme, au gré des opportunités. Seul les guide l’appât du gain, selon une logique de rentabilité qui n’a rien à envier au commerce actuel. À tel point que certains spécialistes français des Vikings se sont vus proposer d’animer des conférences… dans des écoles de commerce françaises! Si ce sont surtout des parts de marché que veulent conquérir les étudiants de ces écoles, l’inspiration est bien là. Les Vikings sont stratèges, entreprenants et dynamiques. «Incidemment, les Vikings nous rappellent aussi qu’hier comme aujourd’hui, la puissance militaire et celle commerciale sont intimement liées», conclut Anne Nissen.

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