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Les criminels nazis étaient-ils fous? Pas selon le test de Rorschach

Repéré par Pierre Lemerle, mis à jour le 27.04.2015 à 16 h 09

Repéré sur Discover, Le JDD

Des psychanalystes ont tenté de savoir avec des taches d'encre si les nazis étaient des malades mentaux.

Une des taches d'encre du test de Rorschach représentée sur un mur  | Harold Hollingsworth via Flickr CC Licence by

Une des taches d'encre du test de Rorschach représentée sur un mur | Harold Hollingsworth via Flickr CC Licence by

Connaissez-vous le test de Rorschach? Élaborée par le psychiatre suisse du même nom, cette technique permet de déterminer si un individu souffre de maladie mentale. Pour cela, des psychanalistes demandent à un individu de dire ce qu'il voit dans plusieurs taches d'encre. Ce test a été utilisé en 1945, lors des procès de Nuremberg, sur des criminels de guerre nazis.

Publié le 11 avril 2015 dans le Journal of Psychosomatic Research, un article de Joel E. Dimsdale, membre de l'université californienne de San Diego, raconte cet épisode étonnant. Repris par le site Discover, le professeur émérite raconte la fascination des chercheurs de l'époque face à l'horreur nazie:

«Le tribunal [de Nuremberg] ne posait pas la question “Qui a fait ça?” mais Pourquoi ont-ils fait ça?

En quête d'une réponse à cette question, le colonel Douglas McGlashan Kelley –le psychiatre de Nuremberg– a conduit ces tests sur les différents criminels nazis.

Taches d'encre

Qu'est-ce que les prisonniers ont vu dans ces taches d'encre? Des choses bien différentes, si l'on en croit l'article de Joel E. Dimsdale. Celui-ci reprend une étude publiée en 1975, où Florence Miale et Michael Seltzer utilisent les résultats obtenus lors du procès de Nuremberg.

Face à l'une des taches d'encre, Hermann Göring, commandant en chef d'Hitler, a indiqué voir deux hommes danser. Cette interprétation prouverait, d'après Florence Miale et Michael Seltzer, que Göring était atteint psychiquement d'hypomanie, un trouble pouvant entraîner des sautes d'humeur mais qui n'est pas associé à des troubles psychotiques.

Sur la même figure, Rudolf Hess, représentant officiel du parti nazi, a vu totalement autre chose:

«La découpe microscopique des parties d'un insecte avec des taches de sang... La patte d'une mouche avec des taches de sang rouge; un espace au milieu de la moelle... Un masque. Le masque de la savage island [une île située dans le pacifique aussi appelée Niue]... L'ouverture représente la bouche... Il est diabolique, c'est pourquoi les yeux et la barbe sont rouges.»

Pour cette interprétation, l'analyse faite par Florence Miale et Michael Seltzer, reprise par Joel E. Dimsdale, se fait plus catégorique sur l'état de santé du proche d'Hitler: celui-ci a contenu en lui «les vestiges d'une émotivité violente, excitante, non raisonnée, toujours intense mais détachée de quoi que ce soit de réel».

Crimes diaboliques

Ceci prouve-t-il que les criminels nazis étaient atteints de désordre mental? Pas vraiment, si l'on en croit Joel E. Dismale. Il s'appuie sur le travail effectué par Molly Harrower, l'auteure de The Quest for the Nazi Personality. Reprenant les résultats du procès de Nuremberg, celle-ci n'a pas vu de différences entre les résultats des criminels nazis et ceux d'individus tirés au hasard dans la population. La psychologue n'est pas parvenue à établir un état psychologique commun aux nazis qui aurait pu expliquer leurs actes.

Dans un entretien en 2013, Joel E. Dismale reprend ce résultat pour conclure qu'il n'existe pas de preuves d'une quelconque folie chez ces criminels:

«Alors que beaucoup d'entre nous trouveront réconfortant que nous soyons capables de conclure, définitivement, que les nazis étaient juste des monstres différents de vous et moi, rien dans le test ne permet de prouver ceci.

 

Les résultats suggèrent plutôt que la plupart des personnes sont capables de commettre des crimes diaboliques et des actes violents sous certaines conditions.»

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