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Six auteurs anglophones refusent d'assister à une cérémonie car un prix y sera décerné à Charlie Hebdo

Je suis Charlie Valentina Calà via Flickr CC License by

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L'organisation de défense de la liberté d'expression PEN va rendre hommage à la rédaction de l'hebdomadaire. Une décision qui passe mal auprès de certains de ses membres.

Le 5 mai prochain, l’association des auteurs pour la défense de la liberté d’expression, PEN, remettra le prix du courage en faveur de la liberté d’expression à Charlie Hebdo. Six écrivains membres de PEN ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à la cérémonie car ils sont opposés à la ligne éditoriale de l'hebdomadaire satirique décimé lors de l'attentat du 7 janvier, annonce le Guardian.

Les romanciers Peter Carey, Michael Ondaatje (auteur du célèbre roman The English Patient, adapté au cinéma avec Juliette Binoche), Francine Prose, Teju Cole, Rachel Kushner and Taiye Selasi ne seront donc pas présents au Musée américain d’histoire naturelle à Manhattan. Francine Prose explique ainsi que si elle soutient la liberté d’expression inconditionnellement, elle estime que remettre un prix constitue «une marque d’admiration et de respect», sentiments qu’elle ne partage pas concernant Charlie Hebdo. En cause, la supposée islamophobie du journal satirique français. «Je ne peux pas m’imaginer être dans le public au moment de la standing ovation en l’honneur de Charlie Hebdo», ajoute l’écrivaine.

L’auteur Peter Carey est plus véhément encore. Il dénonce dans le New York Times «l’aveuglement de PEN devant l’arrogance culturelle des Français qui ne reconnaissent pas l’obligation morale qu’ils ont à l’égard d’une part conséquente et vulnérable de leur population.»

La direction de PEN ne cache pas ces dissensions mais tente d’apaiser la polémique en expliquant sa position. «Il est indéniable qu’en provoquant les extrémistes, Charlie Hebdo a heurté la sensibilité d’autres musulmans, de la même manière que leurs dessins ont heurté d’autres groupes (…) mais nous croyons aux déclarations de Charlie Hebdo expliquant que l’équipe ne voulait pas ostraciser les musulmans mais rejeter fermement les efforts d’une petite minorité désireuse de réduire la liberté d’expression», développe Andrew Solomon, président du PEN américain, qui organise l’évènement. Il s’étonne également que ces défections interviennent si tardivement, à quelques jours de la cérémonie, alors que la liste des prix est connue depuis le 17 mars.

Andrew Solomon n’est pas le seul à ne pas comprendre le choix de ces six auteurs de se retirer. Salman Rushdie, ancien président de PEN qui fait l’objet d’une fatwa depuis 1989 et la parution de son roman Les versets sataniques, estime que «si PEN, en tant qu’organisation de lutte pour la liberté d’expression, ne peut ni défendre ni célébrer des gens qui ont été assassinés à cause de leurs dessins, alors franchement, l’organisation en question ne mérite pas son nom.» Amer, il s’adresse à Peter Carey, à Michael Ondaatje et aux autres écrivains qui feront faux bond à la soirée du 5 mai: «Je souhaite à Peter, Michael et aux autres que personne ne cherche jamais à les tuer.»

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