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La fracture Nord-Sud est aussi sismique, et le Népal en est la preuve

A Bhaktapur, le 27 avril 2015. REUTERS/Adnan Abidi.

A Bhaktapur, le 27 avril 2015. REUTERS/Adnan Abidi.

Pendant que les pays riches sont de mieux en mieux préparés à faire face à de telles catastrophes, les pays en développement restent à la traîne.

Le désastre qui vient de se produire au Népal, l'un des vingt tremblements de terre les plus meurtriers des quarante dernières années, est terriblement proche du pire scénario imaginable dans n'importe quelle région du monde vulnérable aux tremblements de terre –il s'agit de la «chronique d'un cauchemar annoncé», selon les mots d'un sismologue.

Cette tragédie n'est que plus déchirante quand on examine combien le pays était mal préparé à un tel événement, un fait tristement répandu parmi les pays en développement situés dans des zones sismiques. Dans un monde qui prévoit de mieux en mieux les désastres, le Népal et les autres pays pauvres continuent de plier sous le poids des tragédies.

En même temps que l'aide internationale, commencent à émerger les premières estimations de l'impact final qu'aura le séisme sur le pays. Le modèle PAGER de l'U.S. Geological Survey estime à 52% la probabilité que le bilan dépasse les 10.000 morts et projette également des pertes économiques totales «qui pourraient excéder le PIB du Népal». L'économie du pays est fortement dépendante du tourisme, et l'anéantissement de ses infrastructures pourrait la déprimer pendant plusieurs années.

Notons aussi qu'il s'agit quasiment du plus fort séisme que les scientifiques estimaient possible dans la région de l'Himalaya et qu'il l'a frappée autour du pire moment de l'année, juste avant le début de la saison de la mousson. Selon les Nations unies, les hôpitaux locaux sont débordés et «les maladies consécutives au séisme constituent une préoccupation», notamment car des milliers de survivants vont désormais être exposés à la rigueur des éléments. Le site io9 explique que, de bien des façons, ce tremblement de terre s'annonce comme un désastre durable et que les glissements de terrain seront plus courants cette année au fur et à mesure que la surface se remet lentement en place.

Magnitude

Les pays en développement sont particulièrement vulnérables au genre de situation tragique que traverse le Népal. Dans son ensemble, le monde ne cesse de progresser quand il s'agit d'empêcher des tremblements de terre importants de causer un grand nombre de morts, mais les pays les plus pauvres sont laissés à la traîne. L'ONG GeoHazards International affirme que, durant les dernières décennies, les pays riches ont réduit la mortalité attribuée aux tremblements de terre dix fois plus vite que les pays pauvres.


Une comparaison du nombre de victimes causé par les grands tremblements de terre dans les pays riches et les pays pauvres, selon les données de l'U.S. Geological Survey.

Si l'on regarde juste les tremblements de terre les plus importants, les pays dont le PIB par tête est supérieur à 10.000 dollars ont quasiment divisé par quatre la fréquence des séismes les plus meurtriers (plus de 1.000 morts) depuis 2001, en comparaison avec la période 1976-2000. Si la situation des pays les plus pauvres s'est également améliorée, ils n'ont diminué leur propre risque que de moins de 40%.

Selon ma propre analyse des données de l'U.S. Geological Survey, depuis 1976, on a assisté à 99 tremblements de terre d'une magnitude de 7,0 ou plus qui ont ébranlé de manière significative la surface terrestre (les autres sont survenus en mer ou dans les couches profondes). Vingt-six d'entre eux ont causé plus de 1.000 morts, y compris celui de samedi au Népal. Mais seulement cinq se sont produits dans des pays à revenus moyens ou élevés –y compris celui, d'une magnitude de 9,0, survenu en 2011 au Japon. En fait, le Japon, les États-Unis et le Chili combinés –toutes des nations relativement riches– représentent un quart de ces 99 tremblements de terre, celui du Sendai étant la seule tragédie d'ampleur.

Réduction du risque

Les «performances» des pays pauvres sont bien différentes. Un peu plus d'un tiers des tremblements de terre sévères des quatre dernières décennies (21 sur 57) y ont résulté en un bilan humain de plus de 1.000 morts. L'écart avec les pays riches s'est creusé depuis 2001: alors que seulement 19% des tremblements de terre dans le monde ont provoqué plus de 1.000 morts, 90% de ces derniers ont touché des pays pauvres.

90%

C'est la proportion de tremblements de terre ayant provoqué plus de 1.000 morts qui ont touché des pays pauvres

Qu'est-ce qui rend des pays comme le Népal et Haïti si vulnérables aux tremblements de terre? La pauvreté est un facteur important, mais la politique aussi. On sait que le fait de se préparer à de tels événements permet d'économiser cinq dollars pour un dollar dépensé. Mais les gouvernements qui ne disposent que de maigres ressources éprouvent des difficultés à justifier des dépenses supplémentaires pour atténuer les effets des désastres, même probables. Le Népal est à la fois un des pays les plus pauvres du monde et un des plus mal classés en matière de réduction du risque sismique. Il faut dire que, même aux États-Unis, les dépenses de secours après les désastres sont encore au moins dix fois supérieures à celles de prévention desdits désastres...

En mars 2015, des représentants des gouvernements du monde entier se sont mis d'accord sur un plan à quinze ans pour réduire de manière globale les risques liés aux désastres naturels, particulièrement dans les pays les plus pauvres. Le précédent accord, le premier du genre, avait été conclu en 2005, dans la foulée du tsunami en Asie du Sud-Est. À l'époque, les experts s'alarmaient du fait que ces nouveaux objectifs ne s'accompagnent que de peu de financements additionnels de la part des pays riches (seul le Japon s'était engagé de manière significative). S'il ne consacre pas davantage de fonds à la préparation aux désastres, le monde verra sa capacité à prévenir des tragédies comme celle du Népal sévèrement limitée.

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