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Les futurs «Républicains» de Sarkozy ne ressemblent pas aux Républicains américains

Elephant / guido da rozze via Flickr CC Licence By et Kokaralur / OliBac via Flickr CC Licence By. Montage Slate

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Quelles sont les personnalités politiques françaises les plus proches des Républicains?

Dans un entretien au Figaro, Nathalie Kosciusko-Morizet a défendu, le 28 avril, le nouveau nom que devrait prendre son parti le 30 mai lors de son congrès refondateur, «Les Républicains»

«Ce mot est ancré dans notre histoire. Les noms des partis gaullistes ont à chaque fois fait référence à la République. [...] Ce n'est pas un hasard. Réaffirmer notre attachement à la République, c'est dire la priorité que nous nous donnons à défendre.»

En lisant ce nouveau nom, impossible de ne pas penser à un autre parti, américain celui-là. Existe-t-il des parallèles entre les Républicains américains et les futurs Républicains français? Et, si ce n’est pas le cas, qui sont les personnalités politiques françaises dont les valeurs se rapprochent le plus de celles du G.O.P (Grand Old Party), à savoir conservatisme moral et libéralisme économique?

Deux systèmes difficilement comparables

«Il est difficile de comparer la France et les Etats-Unis. On le fait par souci de simplification, mais ce n’est pas vraiment comparable», explique François Durpaire, historien des Etats-Unis et spécialiste des questions d'éducation et de diversité culturelle dans nos deux pays. Il précise:

«Aux Etats-Unis, les deux principaux partis sont des plateformes qui réunissent des idées diverses et dont le but est de gagner les élections. Il n’y a pas de corps de doctrine cohérent comme dans les partis français.»

François Durpaire explique également que la droitisation du parti Républicain est récente et date des années 50. Quant aux démocrates, ils sont devenus plus à gauche dans les années 30, avec Franklin D. Roosevelt. «Le parti traditionnellement hostile à l’esclavage était celui d’Abraham Lincoln, donc le parti républicain», rappelle-t-il.

Sur certaines questions, les débats se déploient très différemment dans les pays, par exemple sur la question de l'Etat fédéral. «Les Démocrates sont plutôt pour un Etat fédéral fort, alors que les Républicains sont pour un Etat fédéral moins présent et pour un droit des Etats. En France, la décentralisation est plus une idée de gauche», explique François Durpaire.

Un attrait pour la décentralisation que l’on peut néanmoins retrouver, sous une autre forme, dans des mouvements régionalistes français, selon Pierre Toullec, membre du parti Breton et président de Mitt Romney France, que nous avions interviewé en 2012. Ce dernier rappelle que la notion même de République diffère entre les deux pays. Pour lui, la République française a été constituée par Robespierre comme une entité unique, une et indivisible, dans laquelle l’Etat doit gérer la vie des citoyens, alors que, aux Etats-Unis, la République, «c’est "chacun fait ce qu’il veut"» et l’Etat n’a pas à intervenir.

Républicains contre Républicains

Malgré ces différences entre les systèmes américain et français, existe-t-il des parallèles entre les Républicains (G.O.P.) et les futurs Républicains (UMP)?

«Il est délicat d'établir un rapport entre l’UMP et le parti républicain», estime l’ex-UMP Charles Beigbeder, candidat aux municipales 2014 dans la capitale à la tête des listes divers droite «Paris libéré»:

«À l’UMP, les membres ont des valeurs très éloignées les unes des autres. Quel est le rapport entre un Laurent Wauquiez et une Nathalie Kosciuscko-Morizet? Que ce soit l’identité, l’immigration ou l’écologie, tout les oppose. Autant le premier pourrait être invité à un meeting du parti républicain, autant l’autre pourrait plutôt être invitée chez les Démocrates».

Pierre Toullec aussi pense que le parallèle serait difficile. Pour lui, la droite française est bien plus à gauche que ne le sont les Républicains:

«La droite française est socialiste, c’est une exception. Le PS fait une politique keynésienne de la demande, l’UMP une politique de l’offre. Ce sont deux politiques collectivistes utilisées par la gauche européenne et par les démocrates, mais pas par la droite européenne, américaine ou d’Amérique du sud.»

La droite française soutient d’ailleurs majoritairement le parti démocrate, comme la plupart des Français. En octobre 2008, Le Monde publiait les résultats d’un sondage CSA/Euro RSCG selon lequel 93% des Français auraient voté pour Barack Obama s’ils avaient été citoyens américains. «Obama? C'est mon copain», affirmait de son côté à la même époque Nicolas Sarkozy, président depuis un an.

Conservateurs ou libertariens?

On pourrait alors penser que les Républicains ont plus d’affinités avec le FN, puisqu’il s’agit d’un parti d’extrême droite. Erreur, selon François Durpaire:

«On le voit avec l’échec du voyage de Marine Le Pen aux Etats-Unis pour rencontrer le Tea Party, qui fait partie du mouvement républicain. Alors qu’avec Vladimir Poutine, les choses se profilent de manière beaucoup plus forte.»

Si les personnalités politiques dont les valeurs se rapprochent le plus de celles d’un Mitt Romney ou d’un Rand Paul ne sont pas à chercher du côté de l’UMP ou du FN, la réponse se situe peut-être du côté des libéraux, une mouvance minoritaire en France. Le dernier candidat à s’être explicitement présenté à une présidentielle sous l'étiquette libérale est en effet Alain Madelin, qui avait rassemblé 3,9% des voix en 2002.

Schéma d'explication entre les libéraux libertariens et les conservateurs. Acebal via Flickr

Pierre Toullec, le président de Mitt Romney France, estime que, outre Alain Madelin, Charles Beigbeder est l’une des personnalités politiques qui représente le mieux les Républicains. Alors qu’il était encore à l’UMP, ce dernier avait d’ailleurs soutenu Mitt Romney en 2012 dans une tribune de Libération, aux côtés du président du Parti libéral démocrate, Aurélien Véron.

«J’étais malheureux à l’UMP, je ne savais jamais sur quel pied danser sur des sujets comme l’immigration, l’identité, ou les sujets économiques», raconte Charles Beigbeder. L’homme politique et entrepreneur estime que porter l’étiquette «libéral» est difficile en France à cause de la confusion possible entre les libéraux conservateurs et les libertariens. De plus, être «libéral» ne veut pas dire la même chose en France et aux Etats-Unis. L'équivalent du terme en anglais n'est pas «liberal» mais plutôt «libertarian». «Je préfère utiliser le terme de liberté, souligne-t-il. Liberté d’expression, liberté d’entreprendre et libertés sociétales, auxquelles je suis personnellement opposé». Comme personnalités publiques porteuses de ces valeurs, il cite Luc Châtel, Jean-Pierre Raffarin, Hervé Mariton, Gaspard Koenig, ou encore Aurélien Véron.

Charles Beigbeder rappelle par ailleurs que les Républicains se divisent entre plusieurs tendances, notamment libéraux conservateurs et libéraux «libertariens»:

«Par exemple, Ryan est un libéral conservateur. Il soutient souvent des thèses proches de l’Église catholique mais prône un fort libéralisme économique. Rand, lui, est un libéral libertaire, il est contre l’intervention de l’Etat dans tous les domaines».

C’est également ce que souligne Pierre Toullec, dont les valeurs sont en réalité plus proches du courant libertaire incarné par Rand Paul que du courant plus conservateur incarné en 2012 par Mitt Romney, qu’il soutenait alors.

 Le président du parti libéral démocrate, Aurélien Véron, résume:

«Le député Hervé Mariton ou le conseiller d’arrondissement Charles Beigbeder sont proches de la fraction la plus conservatrice des Républicains aux Etats-Unis. Le Parti libéral démocrate et moi-même serions plus proches du courant libéral au sens européen (libertarian en américain) incarné par Rand Paul, le fils de Ron Paul.»

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