Partager cet article

un jour, un hitler

Slate.fr a compilé les articles les plus étranges publiés sur Hitler depuis un an. Découvrez-les en cliquant sur les images ou sur le bouton "in Godwin trust", puis scrollez vers le bas pour lire notre article sur la façon dont les médias représentent Hitler.

{{item.date | date:'dd-MM'}}

Série interactive par Slate.fr
Tech & design par Greg Giglietta, intégration par François Pottier, texte par Jean-Laurent Cassely, sur une idée de Jean-Marie Pottier
Datas par Grégor Brandy, Myriam Lebret, Pierre Lemerle, Vincent Manilève, Jean-Marie Pottier, Robin Verner

Un jour, un Hitler

A l'occasion du 70ème anniversaire du suicide du dictateur nazi, nous avons cherché un article publié chaque jour sur lui, du 30 avril 2014 au 29 avril 2015, dans la presse du monde entier. Un bon reflet de la fascination ambiguë qu'exerce encore le personnage sur les médias et leurs lecteurs.

Une année dans la vie d’Hitler? En 2015? Non, nous n’avons pas soudainement basculé dans le conspirationnisme et n'allons pas vous révéler qu’Hitler a fui en Amérique du Sud en 1945, où il a coulé des jours tranquilles en Argentine jusqu’à ses 95 ans au bras d’une femme noire, sous le faux nom d’Adolf Leipzig, pour finalement mourir en 1984. Ni qu'il vit paisiblement en ex-RDA et se nourrit de carottes. Et pourtant, toutes ces «informations» saugrenues ont été publiées par la presse au cours de l’année écoulée, de même que les 365 articles, un par jour depuis le 30 avril 2014, consacrés de près ou de loin au Führer. Des articles que nous vous présentons dans l'infographie ci-dessus à l’occasion des 70 ans de son suicide.

Car oui, 70 ans après avoir mis fin à ses jours dans son bunker berlinois le 30 avril 1945, Adolf Hitler reste un sujet médiatique prisé, un marronnier que la presse semble ne pas vouloir lâcher tant que subsistera le moindre recoin inexploré de sa vie, de sa mort et de son héritage historique.

Super-vaches nazies, Hitler méchant bébé: l'histoire avec un petit «h»

L’histoire, justement, avec un plus ou moins grand «H», est logiquement le premier pourvoyeur d’articles sur Hitler. On a découvert tout au long de l'année écoulée qu’Hitler devait près de 2 millions de dollars au fisc allemand, qu’il avait fait condamner une femme pour avoir fait une blague sur lui, qu’il travaillait son langage corporel et que des Espagnols ont combattu à ses côtés dans son bunker de Berlin.

Le nazisme reste dans la conscience populaire associé à l'image de ses savants fous et dénués d'humanité, connus pour leurs expériences monstrueuses: on a appris que le Führer avait parmi ses nombreux plans secrets celui de ressusciter des espèces animales préhistoriques éteintes, un projet conçu par Hermann Goering. C'était même le sujet d'un documentaire diffusé sur la chaîne National Geographic, intitulé Les monstres du jurassique d'Hitler, et de plusieurs articles dont un au titre surréaliste: «Aurochs: comment Hitler et Goering ont ressucité une espèce éteinte pour créer des “supers vaches nazies”». On a lu également cette année qu'un fou génial voulait construire un porte-avion sur un iceberg pour battre les Allemands.

A ces plans diaboliques restés à l'état d'ébauche s’ajoutent les derniers témoignages restés ignorés comme ces «secrets» de la femme de ménage d’Hitler ou ce témoignage de «la petite fille du boucher d’Hitler», le SS Amon Goeth, connu du public grâce à l’apparition de son personnage sadique dans La liste de Schindler. Périodiquement, quelqu’un remet une pièce dans la machine et soulève une question historique que personne ne s’était sérieusement posée, comme celle de savoir si Hitler était… «un méchant bébé».

Hitler, Point Godwin de la vie politique

Mais si nous avons pu retrouver au moins un article publié chaque jour du 30 avril 2014 au 29 avril 2015 mentionnant Adolf Hitler, ce n’est pas uniquement parce que les internautes se passionnent pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Hitler alimente aussi quotidiennement la rubrique politique, catégorie dérapages et sortie de route, comme quand le maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, est condamné pour avoir déclaré qu’il estimait qu’Hitler «n'avait pas tué assez» de gens du voyage, ou quand Marine Le Pen défend le droit de son allié, le nationaliste néerlandais Geert Wilders, de comparer le Coran à Mein Kampf. Symétriquement, la sénatrice EELV Esther Benbassa explique qu'elle a refusé de serrer la main du sénateur FN David Rachline en dressant un parallèle avec Hitler:

«On va pas me dire qu'au nom de la démocratie, je dois lui serrer la main. Alors, j'aurais dû serrer la main d'Hitler aussi.»

Quand Dieudonné organise une conférence sur Gaza dans son théâtre parisien, l'un des intervenants affirme que «même Hitler, il ne bombardait pas des hôpitaux». Des comparaisons qui ne devraient pas surprendre qui connaît la règle du «point Godwin», cette fameuse loi de l’échange d’arguments sur les premiers forums en ligne qui voulait que plus le débat s’éternise, plus on s’approche de la probabilité qu’une comparaison avec Hitler soit brandie par un débatteur.

Ce genre de point Godwin peut d'ailleurs être utilisé à toutes les sauces: le chanteur portoricain Daddy Yankee peut ainsi critiquer la musique classique parce que... Hitler l'appréciait.

Hitler, icône de pop culture et mème d’Internet

Au cours de l'année écoulée, Hitler était omniprésent au point d'être banalisé, devenu icône de la pop culture: un clip de la chanteuse Nicki Minaj croisant l’imagerie du Troisième Reich et celle du black power, un best-seller allemand, Il est de retour, qui met en scène un Hitler ressuscité qui découvre la société allemand contemporaine... En 2014, Hitler avait même son profil sur Tinder.

L'ascension du chancelier s'emparant par la suite des pleins pouvoirs aurait d'ailleurs inspiré la plus grande saga du cinéma populaire, Star Wars, et l'évolution du personnage de l'Empereur Palpatine. On se rappellera au passage du pire argument de promo de l'histoire du cinéma brandi par l'acteur Jamie Dornan, comparant l'attrait massif du public pour Fifty Shades of Gray à... la fascination pour Hitler.

Les uchronies hitlériennes sont légions: dans le jeu vidéo Wolfenstein: The New Order, les Beatles sont «forcés de chanter en allemand pour Hitler». Après l’improbable et délirant Iron Sky, un film de science-fiction dans lequel des nazis ayant fui l’Allemagne se sont réfugiés sur la face cachée de la Lune, la bande-annonce du deuxième épisode de la saga grotesque dévoile un Hitler «planqué au centre de la Terre, avec une armée de dinosaures. Et un T-Rex.» Peut-être parce qu'elle avait regardé trop distraitement ce trailer, la chanteuse Cher a écrit sur Twitter qu'elle pensait qu'Hitler vivait sur... iCloud en compagnie de Goebbels, Goering, Himmler et Hess. Citons enfin David Hasselhoff qui, pour son come-back dans un film financé sur internet, interprètera un combattant de kung-fu confronté à un maître de cet art martial, «Adolf Hitler, a.k.a Kung Führer».

Une sitcom britannique des années 1990 mettait même en scène Hitler et sa maîtresse Eva Braun dans des scènes de ménage, produisant ce que le magazine Complex qualifie de «chapitre le plus bizarre et le plus oublié de l’histoire de la télévision».

Parodies, détournements: un monstre enfin «digéré»?

De nos jours, le doute n’est plus permis: Hitler a été récupéré par la pop culture, qui en a fait un thème récurrent de moquerie mais aussi d’obsession parfois ambiguë, en tout cas provoquant systématiquement des controverses.

Les innombrables détournements de la crise de colère d’Hitler tel que l'interprète Bruno Ganz dans le film La Chute ont fait du personnage un des mèmes d’Internet les plus connus au monde. Et, au passage, contribué un peu plus à pop-culturiser et à domestiquer le terrifiant dictateur, même si, de Charlie Chaplin à Mel Brooks, nombre de cinéastes et humoristes avaient depuis longtemps capté le potentiel comique du personnage…

Le journaliste et collaborateur de Slate.com Ron Rosenbaum écrit dans la postface inédite de la nouvelle version de son ouvrage Explaining Hitler: The Search for the Origins of His Evil que cette vivacité des parodies et détournements d’Hitler est «peut-être moins un exemple de la façon dont notre culture peut "digérer" Adolf Hitler que de la façon dont elle ne le peut pas».

Et même si on rit de plus en plus d'Hitler, il ne s'agirait pas non plus de se croire tout permis. Hitler et le nazisme restent des sujets sensibles pour tous. Une marque de lessive a appris en Allemagne ce qu'il en coûtait d'insérer, involontairement, une inscription pouvant être perçue comme une référence à Hitler sur son logo. Provoquant un tollé dans les médias, des lycéens tunisiens ont eu l'idée saugrenue de déployer une immense banderole à l'effigie d'Hitler aux côtés de signes évoquant l'Etat islamique.

Quand des vandales dessinent une moustache d'Hitler sur le portrait d'une sainte dans une église anglaise du comté de Cornwall, plus personne ne rit. Et quand Bernard Montiel compare la chanteuse Shy'm à Hitler dans l'émission Touche pas à mon poste, la twittosphère s'indigne.

Hitler + chaton, Hitler + requin: les combinaisons parfaites

Vous trouverez enfin dans notre très riche musée de l’article sur Hitler des croisements entre plusieurs passions d’internet: par exemple l'histoire d'un adorable chaton qui, à cause d’une tache noire sous son museau qui le faisait ressembler au dictateur, a été battu, éborgné et laissé pour mort. Ou celle d'un requin inlassablement pourchassé au large de la Baie de Tampa par un pêcheur, connu pour être le plus gros requin de la baie et surnommé «Old Hitler». Dans un article rétrospectif publié en septembre 2014, un journaliste qui avait écrit un papier sur le sujet en 1977 s’amuse de cette combinaison inespérée, capturant magnifiquement en une phrase l’essence du journalisme web plus que ne le feraient plusieurs manuels:

«C’est ce que j’appelle une histoire qu’on ne peut pas rater. Vous avez un requin. Vous avez Hitler. Tout ce dont j’avais besoin, c’était d’un retraité et d’un chien et ça aurait été l’article parfait.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte