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Tidal de Jay Z est un échec, c'est la preuve que tout le monde se fiche des artistes, surtout s'ils sont riches

YouTube / Tidal

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Souvenez-vous. Le 30 mars, la star du hip-hop, entouré de ses riches amis stars, lançait un service de streaming payant dont le principe est de mieux rémunérer les artistes.

Tidal, le nouveau service de musique en streaming lancé par Jay Z, a déjà l'air bien lessivé. Moins d'un mois après son lancement, il est dans les limbes du classement de l'App Store américain où il occupe la 664e place.

Flop

En comparaison, Spotify, le leader du streaming à la demande est la 17e application la plus téléchargée aux Etats-Unis. Beats Music, qui est au milieu d'une très grande rénovation menée par son nouveau propriétaire, Apple, est à la 58e place. «N'importe quelle nouvelle application va observer une grosse chute au niveau des téléchargements après que la hype autour de son lancement retombe. Mais il semble que Tidal n'a jamais vraiment connu le succès», remarquait Jay Hathaway de Gawker, le 22 avril. 

«L'application a brièvement pointé à la 19e place avant de quitter le top 200 moins de deux semaines plus tard.»

Il est dur de choisir une raison pour expliquer l'échec de Tidal.

On peut commencer avec son message marketing insouciant. Le service promettait de rémunérer les musiciens de façon plus juste que ses concurrents, à savoir Spotify, qui est connu pour payer quelques centimes par stream. Mais lors de cette cérémonie d'inauguration clinquante, l'entreprise n'a donné que peu de détails sur comment elle allait faire cela. Pendant ce temps, Jay Z était rejoint sur scène par quelques-uns de ses copains stars incroyablement riches, parmi lesquels on trouvait Madonna, Jack White, Kanye West, Daft Punk, Rihanna, et Nicki Minaj, dans une manifestation de solidarité entre artistes superstars (qui avaient tous une part dans le projet). Comme l'a dit Ben Gibbard, le chanteur de Death Cab for Cutie: 

«Je pense qu'ils se sont complètement plantés en ramenant sur scène une bande de millionnaires et de milliardaires qui se sont ensuite plaints de ne pas être payés.»

Rien ne prouve que les fans se préoccupent des artistes, en tant que catégorie professionnelle

 

Mais les problèmes sont plus profonds. Tidal est un service payant –il coûte 9,99 dollars (9,19 euros) pour un package de base, et 19,99 dollars (18,4 euros) pour un son de très haute qualité (ce dont tout le monde se moque à part quelques fanatiques). Contrairement à Spotify, il n'y a pas de version gratuite, basée sur la publicité pour attirer les utilisateurs. Donc Tidal doit offrir un service vraiment supérieur, ou insister sur l'aspect moral et sur le fait que Spotify est en train de niquer l'industrie.

Le problème est qu'il n'y a aucune preuve que les fans se préoccupent des artistes, tout du moins en tant que catégorie professionnelle.

Bien sûr, Nielsen a publié plusieurs sondages qui indiquent que les auditeurs sont prêts à payer pour du contenu exclusif –ce que Tidal propose. Mais les quinze dernières années nous ont appris que la plupart des gens veulent juste un accès à la musique qui soit aussi bon marché que possible. C'est pour cela que le piratage est devenu un problème. C'est pour cela que Spotify a conquis tellement de monde, malgré les gémissements de chanteurs et de compositeurs à propos de leurs tout petits chèques. Comme le spécialiste de l'industrie musicale Bob Lesfetz l'avait écrit il y a quelques temps déjà, les gens «aiment plus leur argent que leurs artistes préférés. Ne l'oubliez jamais».

Des groupes spécifiques

Les choses sont un peu différentes quand on parle de la relation entre les fans et les artistes. Amanda Palmer a réussi à lever de l'argent sur Kickstarter, grâce à ses fans inconditionnels. Patreon, un service qui laisse les fans promettre un certain montant pour chaque nouvelle production de leur artiste préféré semble prometteur.

Mais c'est là le cœur du problème: nous parlons de groupes et de musiciens spécifiques. C'est un peu comme pour les médias. Un peu de la même façon que les lecteurs semblent plus concernés par l'histoire d'une petite fille pauvre en Inde que par une statistique sur la situation des personnes pauvres, les gens font plus attention à leur groupe adoré qu'à une catégorie de musiciens qui galèrent.

De la même façon, comme tous ceux qui s'occupent d'œuvres de charité vous le diront, les gens donnent plus facilement s'ils savent à quoi va servir leur argent. Et, pour beaucoup de monde, payer pour de la musique peut s'assimiler à de la philanthropie.

Le fait que Tidal soit prêt à être plus généreux avec les artistes n'aide donc pas au final.

Alors que Spotify reverse 70% de ses revenus aux artistes et à ceux qui détiennent les droits, le Los Angeles Times indique que Tidal en reverse 75%. Si vous pensez que le streaming la fait à l'envers à votre groupe préféré, Tidal va juste le baiser un tout petit peu moins. Et nous ne sommes pas beaucoup à en avoir quelque chose à faire.

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