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Je co-worke, tu co-voitures, elle co-robe: la journée-type d’un nouveau consommateur

LOPPEMARKED COWORK KLITMØLLER 2014. / Cowork Klitmøller via Flickr CC License By

LOPPEMARKED COWORK KLITMØLLER 2014. / Cowork Klitmøller via Flickr CC License By

Les modèles coopératifs gagnent du terrain. Si l’économie du partage était une journée, ce serait celle-là. Guide pratique d’inspiration libre.

Du matin au soir, il est possible de manger, travailler, consommer autrement. Mario pourrait être votre voisin. A longueur de temps, il troquerait, il donnerait, il partagerait. Mario ne fait rien comme tout le monde. Sa vie est rythmée par des anglicismes et des néologismes, mais vous les domestiquerez vite. Le colunch et l’open source ne sont pas moins accessibles que le covoiturage ou l’autopartage. Ceux-ci se sont largement banalisés ses dernières années jusqu’à entrer dans le langage courant. Les autres pratiques de Mario correspondent à des nouveaux modèles de consommation qui s’inventent  et se développent. Mario est hautement fictif. Sa journée-type est réaliste, il suffit de le vouloir.

7h00Café équitable

Le réveil sonne, c’est l’heure de prendre un café. Issu du commerce équitable, forcément. Mario a 43 ans, il habite avec femme et enfants dans un T2 en périphérie d’Urville, ville moyenne qui ne manque pas de parcs.

8h05A l'école en pédibus

Petit-déjeuner pris, Léa et Matthieu, les enfants de Mario, partent prendre le pédibus en marche. «Pédi» comme pied, et bus comme le transport collectif. Cette solution a été imaginée pour accompagner les élèves jusqu’à leur école, en groupe, à pied. Les parents se relayent pour entraîner la joyeuse troupe en classe. En sécurité, sans polluer et en jubilant quand la file des marmots croise un embouteillage. Le mercredi c’est Harlem, un autre papa qui habite rue François-Mauriac, qui convoie les milles pattes du quartier.

8h30

Au boulot à bicyclette

Pendant que les petiots s’installent en classe, Mario enfourche sa bicyclette pour aller travailler. Il n’a pas de voiture. C’est trop cher et pas vraiment nécessaire. Il ne prend le volant que le mercredi. C’est le jour où une AMAP livre les paniers de fruits et légumes dans un local près de son bureau. Bio, locaux, venant directement de chez le producteur: tout pour lui plaire. Alors le mercredi, pour pouvoir ramener les provisions, Mario loue la voiture d’une dame qui ne s’en sert pas beaucoup. L’Autolib parisienne n’a pas le monopole de l’autopartage. En l’occurence, le deal se fait via Internet.

8h57

Au travail en bureau partagé

Mario arrive vaguement essoufflé, rue de Lille, où il travaille dans des bureaux partagés avec d’autres professionnels. Il salue ses collègues qui ne le sont pas vraiment. Mario bosse en indépendant, mais à son étage, de l’autre côté d’un couloir dessiné par de large baies vitrées, il y a une boite de design et une ONG d’insertion. Le coworking, heureux mélange d’espaces privés et d’espaces communs, c’est stimulant, dit-il, ça permet de voir de nouvelles têtes et ça favorise l’effervescence. Quelques idées se faufilent entre les cloisons. 

Notre zig est informaticien, branché logiciel libre et open sources, ces démarches collaboratives sur Internet qui permettent d’améliorer des outils numériques mis en commun. En ce moment, il planche sur la conception d’une messagerie d’entreprise. Pouvoir s’appuyer sur des modèles préexistants pour ne pas avoir à «réinventer la roue» lui donne un vrai coup de pouce.

11h05

Un smartphone éthique

Le temps d’un break, Camille, la voisine de bureau, s’interroge sur le téléphone de Mario. Elle ne reconnaît pas le modèle. Et pour cause, c’est un Fairphone. Un smartphone éthique fabriqué par une coopérative néerlandaise qui s’engage à limiter la pollution et à ne pas avoir recours à une main d’oeuvre sous-payée ni infantile. Ces soupçons pèsent sur les grandes marques et Mario a horreur du doute. Il l’a acheté 310 euros, plus les frais de port. Il n'est pas peu fier de sa batterie durable, promise sans obsolescence programmée.

12h00

Déjeuner en colunch et troc de fringues

Le Fairphone vibre, justement. A cette heure, c’est souvent un rappel pour son colunch. Mario retrouve parfois des gens qu’il ne connait pas à l’heure du déjeuner. Il ne les choisit pas au hasard, ce sont des rendez-vous pris avec d’autres gourmets via des réseaux sociaux culinaires pour partager des bonnes adresses. Non, ce n’est pas un rencard.

Mais aujourd’hui Mario a un autre plan, il rejoint sa soeur dans une boutique de location de vêtement. La frangine, Louise, veut son avis pour la robe qu’elle va porter au mariage de leur cousine Anna. Il va falloir être chic, mais acheter une tenue qu’elle ne remettra jamais, non merci. Quelques essayages plus tard, ils optent pour un modèle bleu ciel à dentelles. Côté chaussures, c’est bon, Louise les a déjà repérées sur un site de troc de fringues. La jeune femme ne jure que par ce concept. Récemment elle a échangé une veste en cuir rouge contre un pantalon devenu trop petit pour elle. Ce qui peut se pratiquer entre amis est désormais élargi à tous les internautes. Peu s’en faut qu’elle n’organise bientôt sa propre troc party, ouverte à tous les participants qui voudront bien venir au rendez-vous avec 3 ou 4 articles à céder.

14h00

Réparer sa voiture dans un garage associatif

Louise n’a pas que les dentelles en tête: sa voiture est tombée en rade. Elle la répare elle-même, dans un garage associatif  qui met à disposition du matériel et quelques conseils pour les novices. Elle a de la chance d’en compter un à proximité car il n’en existe que trois dans sa région. Et encore, d’autres coins de France ne sont pas aussi bien lotis. La mécano en herbe consacre son après-midi à ce self bricolage accompagné comme il en existe pour les vélos et pour à peu près tout.

Mario pousse la logique encore plus loin que sa soeur: ne rien jeter c’est bien, créer c’est encore mieux. Il fait partie d’un Fab Lab, un atelier de fabrication coopératif où les savoir-faire circulent: ateliers tricot, confection de reluire en cuir ou de microscope en papier. C’est là que Mario a appris à se servir d’une imprimante 3D. En contrepartie, il indique régulièrement comment bidouiller des composants de vieux ordinateurs. Ce week-end encore, il ira y faire un tour.

18h00

Des services payés en chèques-temps

Il est temps de décrocher de son écran et de rentrer en vitesse. Ce soir, Mario reçoit. D’abord Aurélie qui donne un cours de guitare au cadet. Mario l’a rencontrée via l’Accorderie, une association qui organise des échanges de services monnayés en chèques-temps. Depuis qu’elle est à la retraite, Aurélie est une accordeuse active. Mario, lui, a accumulé un petit pécule-temps en aidant un étudiant à déménager et en proposant des initiations au tarot.

19h30

Accueil d'un «couchsurfer» pour une nuit

Aurélie est à peine partie qu’arrive un couchsurfer, Juan, qui va passer la nuit sur le canapé. Il est comme ça Mario, il héberge des inconnus, gratos, à tour de bras. Du coup quand il part en voyage, il utilise les points qu’il a accumulés sur Trampolinn et c’est à son tour d’être accueilli à l’oeil. Prochaine étape: la Bretagne. Charlotte, sa femme, est sur la piste du covoiturage qui pourra conduire toute la famille à bon port. Il est permis d’espérer: le site européen Blablacar a dépassé les 10 millions d’inscrits en octobre. Cela fait un paquet de gens qui proposent une place dans leur voiture.

22h45

Echanger des objets entre voisins

Juan est un type sympa mais il est endormi depuis un bon moment. Mario en profite pour retourner sur son ordinateur. Il reste quelques trucs à faire. Déjà, poster une annonce sur Freecycle où il donne les choses dont il n’a plus usage pour qu’elles continuent à servir. Là, il a un sommier et une lampe sur les bras. Parfois, il est celui qui récupère. Il est aussi membre de Share Voisins, un site qui stimule la solidarité de proximité en listant les objets que les gens du quartier veulent bien mettre à disposition. Dans son périmètre, on sait qu’on peut lui emprunter son gaufrier si besoin. Il ne lui manque plus, pour compléter son réseau, que l’annonce qu’il attend désespérément sur Plantez chez nous. Celle d’un propriétaire près de chez lui qui proposerait, à qui veut, de venir cultiver son jardin inexploité.

 

Bien sûr, sa récolte sera partagée. Car le cycle de pratiques dans lesquelles il a mis le doigt est potentiellement infini. Ces comportements créatifs ont été étudiés par le collectif Ouishare et la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) portés sur l’économie coopérative. Leurs recherches montrent que si 75% des utilisateurs de ces modèles citent des motifs économiques, ils sont aussi 74% à indiquer «la recherche de sens» comme motivation. L’enquête s’intitule ShaREvolution. Le mot est lâché. Dans son traintrain quotidien, Mario a fait dix fois la révolution. Demain il recommencera.

 

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