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Pourquoi Hillary Clinton est indispensable au Parti démocrate

Hillary Rodham Clinton à un meeting à l'Université Georgetown le 22 avril 2015 | REUTERS/Gary Cameron

Hillary Rodham Clinton à un meeting à l'Université Georgetown le 22 avril 2015 | REUTERS/Gary Cameron

La popularité de l'ancienne Secrétaire d’État est vitale pour que les Démocrates conservent la Maison Blanche.

«Les Américains ont besoin d'un champion. Et je veux être ce champion.» C'est avec cette formule, proférée à la fin d'une vidéo de deux minutes révélée dimanche 12 avril 2015, qu'Hillary Clinton a annoncé le lancement de sa seconde campagne présidentielle. L'événement n'a rien d'une surprise. Depuis ces trois dernières années –et d'aucuns diront depuis l'élection présidentielle de 2008–, cette candidature était dans sa ligne de mire.

Aujourd'hui, après avoir gagné l'assentiment des sceptiques et s'être fait de nouveaux alliés, elle représente désormais le choix de consensus du Parti démocrate. Et qu'importent les problèmes qui accompagnent une course à l'investiture gagnée d'avance, telle était sans doute la meilleure issue possible. Le parti n'est ni aussi favori ni aussi uni qu'il y paraît, et malgré ses défauts, c'est avec Clinton qu'il a sa meilleure chance de rester à la Maison Blanche.

Défiance des Américains

Il importe de revenir en arrière et de voir quelle était la situation en 2007, quand les Républicains luttaient pour conserver le Bureau ovale. George W. Bush avait commencé l'année avec des sondages infernaux, le Parti républicain avait perdu les deux chambres du Congrès et l'économie était au plus mal, s'engouffrant lentement dans la récession.

En comparaison, Barack Obama et les Démocrates vont plutôt bien. Certes, ils ont subi deux raclées en quatre ans aux midterms et ont perdu le Sénat – désormais sous contrôle républicain– mais, ce mois-ci, le président est plus populaire qu'il ne l'aura jamais été en un an, avec une moyenne d'opinions favorables de 46%. Et, si son agenda législatif est depuis longtemps au point mort, il aura fait bon usage de son autorité exécutive pour protéger sa réussite la plus essentielle –l'Obamacare– et d'autres terrains prioritaires que sont l'immigration, le changement climatique ou les droits civiques.

Des avancées qui ne seront qu'éphémères si le Parti démocrate ne remporte pas la présidentielle de 2016. Et si Obama et les Démocrates ne sont pas aussi mal partis que l'étaient Bush et les Républicains en 2007, ils ne sont pas pour autant en «pole position». À 32%, selon un sondage de novembre du Pew Research Center, l'identification au Parti démocrate atteint son plus bas depuis 2008 (cf. page 19 du PDF) –l'identification au Parti républicain est à 27%.

De même, une multitude d'Américains ne font pas confiance aux Démocrates dans des domaines essentiels, que ce soit l'économie ou la politique étrangère. Dans un sondage Gallup effectué en novembre 2014, après les élections, 53% des personnes interrogées voulaient que les Républicains aient davantage d'influence qu'Obama. Et en mars 2015, selon un sondage de CNN, 57% désiraient que le prochain président revienne sur la plupart des décisions de l'actuelle administration.

Avantage naturel trompeur

57%

La proportion d'Américains désirant que le prochain président revienne sur la plupart des décisions de l'actuelle administration

Un argument –et pas un petit– veut que le Parti démocrate possède un avantage naturel dans les élections présidentielles. Dès le départ, quand vous faites la somme des grands électeurs des États à tendance républicaine du nord-est, de la Rust Belt et de la côte ouest, les Démocrates partent avec une avance de 37 grands électeurs par rapport aux Républicains, soit 190 contre 153. Si vous incorporez à la sauce les États qui penchent vers les Démocrates, et ceux qui penchent vers les Républicains –des endroits où un des deux partis gagne à peu près toujours avec une avance de 5 à 10 points–, les Démocrates débutent l'élection présidentielle de 2016 avec 257 grands électeurs en poche sur les 270 dont ils ont besoin pour gagner. Mettez la Virginie dans tout ça –majoritairement républicaine dans quatre des cinq dernières élections nationales– et les Démocrates remportent la présidence.

Mais ce modèle est trompeur, car il se fonde sur un contexte stable: une économie en croissance, une paix relative et une alternative entre un sortant démocrate populaire (comme en 2012) ou un président républicain impopulaire (comme en 2008).

Si les États-Unis continuent sur leur lancée actuelle, ils auront une économie en croissance en 2016. Et, à moins d'une nouvelle guerre, seront en situation de paix relative. Mais ils pourraient aussi avoir un président démocrate impopulaire et une opinion qui –après huit ans– pourrait désirer un changement de rythme. Dans un tel environnement, tout peut arriver. Les Démocrates pourraient remporter la présidence, ou leur force nationale pourrait s'effondrer avec un pays optant pour le Parti républicain.

Parti divisé

Que les Démocrates soient dans un état de confusion modérée n'arrange rien. Malgré les succès politiques d'Obama et son legs historique –il sera le premier Démocrate depuis Franklin Roosevelt à avoir obtenu la majorité dans deux élections consécutives, le premier président noir et son nom restera comme celui de la plus grande réforme sociale que le pays aura connue depuis la Grande Société de Lyndon Johnson–, le président préside sur un parti divisé. Une aile du parti, personnifiée par Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, grogne face à la relation qu'Obama entretient avec Wall Street, son penchant pour les compromis et son goût pour la demi-mesure –le fait qu'il ne prenne que trop rarement position contre ses adversaires idéologiques.

Assez des prosélytes de Wall Street obtenant poste-clé sur poste-clé et du copinage au sein de l’exécutif

Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts

Ils voulaient un président capable d'endosser leurs préoccupations, d'inverser la vapeur des années Bush et d'inaugurer une nouvelle ère progressiste pour le pays. Leur critique de l'action économique et internationale d'Obama aura été acerbe et, s'ils veulent aujourd'hui vitrifier le meilleur de son mandat –tel qu'il est–, ils désirent aussi rompre radicalement avec le style et la conduite de son administration.

«Assez des prosélytes de Wall Street obtenant poste-clé sur poste-clé et du copinage auquel nous avons pu assister au sein de l’exécutif», a ainsi tempêté Elizabeth Warren dans un féroce discours prononcé devant le Sénat en décembre 2014. La sénatrice avait notamment dénoncé les cadeaux accordés en catimini à la finance «que personne n'assume mais que tout le monde viendra à regretter» et joué de l'anaphore «trop, c'est trop!».

Lutte interne

Et il y a le cœur du Parti démocrate. Ici, on considère les progrès de l'administration Obama comme satisfaisants et on cherche davantage à protéger ses victoires d'un Parti républicain radical que d'étendre les possibles d'une politique de gauche. Cet instinct de conservation a pu se manifester après la défaite des midterms chez des ténors du parti en quête de tout ce qui aurait pu sauver leur majorité des Républicains. Ce fut le cas, par exemple, du sénateur de New York, Chuck Schumer, déclarant en novembre devant le National Press Club de Washington:

«Malheureusement, les Démocrates ont perdu l'opportunité que le peuple américain leur avait offerte. Nous avons pris le mandat accordé et nous nous sommes entièrement focalisés sur le mauvais problème –la réforme du système de santé.»

Idéologiquement parlant, cette aile n'a pas essayé de voguer sur les vents changeants de la politique démocrate. Le meilleur exemple est à trouver dans la bataille budgétaire de décembre, quand la Maison Blanche et ses alliés ont sacrifié des éléments de la réforme Dodd-Frank afin de garantir le financement du gouvernement pour la prochaine année fiscale. La logique politique allait de soi: obtenir un accord boiteux entre les Démocrates du Sénat et la Chambre républicaine valait mieux qu'un accord obtenu avec les majorités républicaines dans les deux chambres. Mais l'attaque sur la réforme financière –menée par des Démocrates et des Républicains– a enragé l'aile la plus à gauche du parti, qui, sous l'égide de Warren, a voulu saborder le projet de loi et pousser le gouvernement vers le shutdown. Si la Maison Blanche a finalement prévalu, elle n'a fait qu'énerver un peu plus les Démocrates adversaires de Wall Street.

Tout cela pour dire que, si les primaires présidentielles sont un temps où les partis luttent en interne pour se définir eux-mêmes, les prochaines primaires s'annoncent comme une lutte acharnée qui verra les Démocrates batailler pour définir leur trajectoire des dix prochaines années. Ou, plutôt, elles auraient pu s'annoncer ainsi, s'il n'y avait pas eu Clinton.

Célébrité

Il est pertinent qu'Hillary Clinton soit le successeur naturel d'Obama. Brillante et politiquement ambitieuse, elle a su mettre à profit son passage à la Maison Blanche en tant que Première dame pour gagner un siège au Sénat, mener une campagne présidentielle d'un genre inédit et servir pendant quatre ans la présidence Obama au poste de Secrétaire d’État.

Aujourd'hui, elle est l'une des figures politiques les plus populaires du pays. Selon les sondeurs du HuffPost, elle est créditée d'une moyenne de 48% d'opinions favorables et de 47% d'opinions défavorables. À comparer avec les chiffres suivants: le président Obama en est à 48% d'opinions favorables et 48% d'opinions défavorables; le vice-président Joe Biden est crédité de 41% d'opinions favorables et de 46% d'opinions défavorables; et le chef des Démocrates au Sénat, Harry Reid –certes bien moins connu que le président et le vice-président– obtient 22% d'opinions favorables et 43% d'opinions défavorables. Même Warren –la croisée de la gauche démocrate– n'a que 30% d'opinions favorables (et 33% d'opinions défavorables).

Brillante et politiquement ambitieuse, Hillary Clinton a su mettre à profit son passage à la Maison Blanche

Si Clinton était une inconnue, cela pourrait poser problème. Mais elle fait partie des personnalités politiques les plus célèbres du pays. Pour le dire autrement, qu'elle obtienne quasiment 50% d'opinions favorables est un phénomène pour le moins impressionnant.

Au sein des Démocrates, elle n'a aucune concurrence. Un récent sondage la place à près de 60% des voix aux primaires. Ses deux rivaux les plus immédiats –Warren et Biden– obtiennent 12% chacun. À titre de comparaison, en 2007, elle n'était qu'une modeste favorite pour la nomination.

Travail acharné

Savoir pourquoi Clinton est aussi populaire (du moins, parmi les Démocrates) est facile: non seulement est-elle associée au président le plus apprécié de l'histoire récente –son époux, Bill Clinton–, mais elle conserve aussi une très bonne réputation issue de sa première campagne présidentielle et de son mandat de Secrétaire d’État auprès d'Obama, où elle a su contredire l'idée d'une pure ambition égotiste.

Il est donc erroné de qualifier de «couronnement» son triomphe. Si Clinton peut compter sur le soutien écrasant du réseau démocrate –des donateurs aux personnalités, en passant par les militants et les électeurs lambda–, c'est parce qu'elle l'a mérité et reçoit aujourd'hui la récompense de huit années de travail acharné. De même, Clinton n'est pas la candidate d'un «dynastie»; son passé de First Lady a pu peut-être faire démarrer sa carrière mais, aujourd'hui, sa place au sommet de l'échiquier politique américain n'est pas tombée du ciel.

Et quid de Clinton face aux Républicains? Ni Jeb Bush (33% d'opinions favorables, 49% de défavorables), Scott Walker (27% d'opinions favorables, 28% de défavorables) ou même le sénateur de Floride Marco Rubio (31% d'opinions favorables, 32% de défavorables) ne peuvent se targuer d'un tel assentiment populaire. De fait, personne n'arrive à la cheville de Clinton en termes de visibilité, d'envergure politique et de popularité.

Force unificatrice

Personne ne lui arrive à la cheville en termes de visibilité, d'envergure politique et de popularité

La popularité de Clinton n'a rien de futile, elle est ce qui définit aujourd'hui le Parti démocrate. La force de Clinton –son influence sur tout le spectre démocrate– est une force unificatrice. Les sondages montrent clairement que tous les éléments constituants du parti, de l'aile gauche aux blue dogs en passant par les noirs ou blancs de la classe ouvrière, sont prêts pour sa candidature. Le fossé idéologique de la coalition démocrate –le combat entre les pro-Wall Street du centre et les Démocrates populistes de la gauche– se comble en sa présence, et pas à cause d'une flambée soudaine d'amour ou d'affection, mais parce que les différentes factions démocrates voient dans Clinton une garantie de conserver la Maison Blanche et de sauvegarder les acquis d'Obama face à un Parti républicain d'extrême droite –et qui, en 2016, sera sur les dents.

Rien de surprenant à ce que le gros de la machinerie démocrate se soit rallié à Clinton. Vu les enjeux, personne ne veut de guerre ouverte.

Parallèlement, ce n'est pas comme si elle n'était d'aucune obédience. Clinton est solidement ancrée au centre du Parti démocrate. Non seulement a-t-elle été identifiée à la «Troisième voie» des années 1990, favorable à des réformes pro-marché, mais elle fut une sénatrice de New York qui vota pour les guerres en Irak et en Afghanistan. Et, depuis, elle n'a cessé d'affirmer sa proximité avec les faucons (ce qu'elle a révélé dans son livre de 2014, Le temps des décisions) et la finance. En un sens, sa force montre la faiblesse des Démocrates anti-Wall Street et prouve qu'ils ne peuvent revendiquer le leadership du parti.

Warren en croisade

Bien évidemment, il y a d'autres façons de diriger.

Pendant plus d'un an, les journalistes de Washington n'ont eu qu'une seule question pour Elizabeth Warren: serez-vous candidate à la présidence? En décembre 2013, après l'article de Noam Scheiber dans la New Republic laissant entrevoir cette possibilité, elle a nié y penser:

«Je ne suis pas candidate à la présidentielle, a démenti Warren. Je travaille aussi durement que je peux pour être la meilleure sénatrice possible et me battre pour obtenir ce que j'ai promis pendant ma campagne.»

Elizabeth Warren tance les rapports copain-copain du gouvernement avec la finance, au Sénat le 12 décembre 2014

Pendant la tournée promotionnelle de son livre, A Fighting Chance, on lui a encore posé la question et elle y a répondu. «Je ne suis pas candidate à la présidence», a-t-elle déclaré devant un parterre d'enthousiastes partisans. Et après sa récente croisade contre le projet de loi affaiblissant Dodd-Frank –et son discours devenu viral où elle tançait le «copinage» de l'«exécutif»–, Warren a déclaré au présentateur de NPR, Steve Inskeep, qu'elle n'était pas candidate à la présidentielle. Quatre fois de suite.

Malgré le soutien que Warren a pu accorder à Clinton –elle a signé en 2013 une lettre de ralliement à Hillary– et son empressement à lui pardonner sa défense de législations pro-Wall Street, l'hypothèse générale de l'année écoulée aura été que Warren a sans doute une idée derrière la tête. Après tout, les sénateurs américains les plus volubiles –Rubio, Rand Paul du Kentucky et Ted Cruz du Texas– sont dans la course à la nomination et Warren –avec son gauchisme sans vergogne et ses critiques acerbes contre ses adversaires– a plus de points communs avec eux qu'avec des sénateurs plus calmes et moins médiatiques.

Poussée à gauche

Mais il y a une autre possibilité: Elizabeth Warren ne veut pas être candidate à la présidence, mais cherche à conforter son influence. Pour emprunter un argument de Dana Milbank, du Washington Post, Elizabeth Warren est aux Démocrates ce que Jim DeMint, idéologue du Tea Party, est aux Républicains. Warren, souligne Milbank, s'est ralliée à l'aile gauche pour s'opposer aux accords obtenus par la Maison Blanche et à ses nominations, comme celle du banquier d'investissement Antonio Weiss, choisi par Obama pour devenir numéro 3 du département du Trésor. DeMint «se soucie de politique et en a une vision à long-terme» et Warren semble endosser une même stratégie.

Ce qu'elle veut, c'est définir le programme du parti et du candidat, afin de s'assurer que le Démocrate qui se présentera à la présidentielle s'engagera aussi sur un ensemble de questions essentielles. Ce qui signifie que Warren ne veut pas battre Clinton autant qu'elle souhaite la pousser vers la gauche. Si elle se présente, elle n'y arrivera pas –Clinton est tout simplement trop forte. Mais en tant que partenaire se réclamant d'autres factions et susceptible de peser dans la balance, elle pourrait être couronnée de succès.

En pratique, comment cela pourrait se goupiller? Cela pourrait donner une Clinton moins soucieuse de Wall Street, moins intéressée par de petites solutions incrémentielles et peu angoissée à l'idée de subir les attaques des conservateurs sur des sujets progressistes essentiels. Une Clinton favorable à des propositions audacieuses pour étendre la sécurité sociale et les prérogatives de l'Obamacare, notamment.

Le pari est risqué, mais c'est potentiellement la seule chance qu'a l'aile gauche des Démocrates de réorienter la trajectoire de leur parti pour les dix prochaines années. Si Clinton est trop forte pour être battue directement, alors la meilleure option restante consiste à la faire pencher le plus possible à gauche.

Manque de nouveaux talents

Pour mettre en évidence les obstacles que les Démocrates doivent surmonter, faisons une expérience de pensée et imaginons que Clinton ne se présente pas à la présidentielle.

Là, les Démocrates auraient un gros problème. Et même deux, en réalité. Premièrement, comme précisé plus haut, la division idéologique du parti serait étalée au grand jour. L'unité permise par Clinton s'effondrerait avec des Démocrates centristes cherchant à conserver leur influence et des Démocrates gauchistes cherchant à la leur rogner. Dans un tel monde, Warren pourrait se présenter, idem pour une poignée d'ambitieux.

Si Clinton ne se présente pas, les Démocrates auront à choisir dans un groupe de personnalités inconnues

Ce pourrait être le cas de l'ancien gouverneur du Maryland, Martin O’Malley, et de l'ancien Sénateur de Virginie Jim Webb –deux politiciens qui, depuis très longtemps, n'ont pas caché qu'ils voulaient être candidats–, idem pour le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, un «socialiste indépendant», et même la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar.

Autant de noms obscurs, comme vous avez pu le remarquer. L'un des véritables problèmes du Parti démocrate, que ce soit pour 2016 ou après, est là: il est en déficit de leaders viables sur un plan national. Si Clinton ne se présente pas, les Démocrates n'auront pas seulement à choisir dans un groupe de personnalités inconnues, ils verront que –dans tous le pays et à toutes les fonctions– le parti manque cruellement de nouveaux talents.

Leaders républicains motivés

«Aujourd'hui, écrivait Amy Walter dans le Cook Political Report après les élections de 2014, à peu près 55% des mandats législatifs du pays sont aux mains de Républicains. C'est la plus grosse proportion de législateurs de droite depuis les années 1920.»

Qui plus est «seuls 11 États ont un appareil législatif entièrement contrôlé par les Démocrates» et seuls 7 États ont les deux chambres législatives et le gouvernorat contrôlés par les Démocrates. Face à cela, «les Républicains ont une majorité législative dans 30 États, notamment dans les swing states de Floride, de l'Ohio, de la Pennsylvanie et de la Caroline du Nord» et ont un contrôle total d'une grande partie du sud.

Non seulement les Républicains s'apprêtent à sortir vainqueurs du redécoupage en 2020 –et de solidifier leur majorité à la Chambre des Représentants–, mais ils peuvent aussi compter sur une belle brassée de nouveaux candidats. À l'heure actuelle, deux des stars de la cuvée 2014 –les sénateurs Joni Ernst, de l'Iowa, et Thom Tillis, de Caroline du Nord– sont issues de la Chambre.

Les Démocrates sont moins vernis. Leurs pertes signifient qu'il y a peu de place pour faire pousser de nouvelles idées progressistes, de nouvelles stratégies et de nouveaux candidats. De fait, les équivalents démocrates des gouverneurs républicains que sont Scott Walker, Chris Christie, du New Jersey, Mike Pence, de l'Indiana, et John Kasich, de l'Ohio, des leaders idéologiquement motivés et d'une envergure nationale, n'existent tout simplement pas.

Parti sortant épuisé

Pour résumer, même si tout se passe bien pour les Démocrates en 2016, même s'ils gardent la présidence et récupèrent le Sénat, leurs perspectives à long terme sont désastreuses. Après huit ans à la Maison Blanche, le parti s'est atrophié et, compte-tenu des tendances démographiques et partisanes qui agitent la politique américaine actuelle –notamment le contraste démographique entre les midterms et la présidentielle–, on ne sait pas vraiment ce que pourraient faire les Démocrates pour résoudre le problème.

Voilà où nous en sommes: bien plus que son adversaire, le Parti démocrate est à la croisée des chemins. Aujourd'hui, il tient grâce au président et à son éventuel successeur, Hillary Clinton. Mais cela cache un redoutable conflit interne et la nécessité impérieuse de se reconstruire pour les années 2020 et 2030.

Ce qui, bien évidemment, est tout à fait normal. Après huit ans à la Maison Blanche, le parti sortant est souvent épuisé. Mais avec les départs qui s'annoncent à la Cour Suprême, idéologiquement divisée –sans rien dire des programmes de l'administration Obama–, les enjeux de la prochaine élection sont extrêmement élevés. Remporter la Maison Blanche est absolument vital pour les Démocrates, et si Hillary Clinton est un bel atout, elle est –potentiellement– le seul dont ils disposent.

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